La médecine vétérinaire au Moyen âge

LA MEDECINE VETERINAIRE AU MOYEN AGE

La médecine vétérinaire marque un recul certain durant la période médiévale du V e au XVe siècle, sous l’influence de l’Eglise qui la considère comme suspecte. Une médecine mystique va se substituer à celle héritée de l’Antiquité, que seul l’Islam va conserver. L’animal, qui ne mérite aucune considération aux yeux du Christianisme, aura néanmoins ses protecteurs et ses guérisseurs.

Trois influences importantes se sont exercées sur la médecine vétérinaire au Moyen Âge : la tradition théurgique des « Barbares », l’autorité théocratique du Christianisme et l’apport des Arabes.

 

La tradition théurgique des peuples dits Barbares

 

Le terme de « Barbares » s’applique aux peuples de la périphérie de l’Empire Romain.

 

Les Celtes sont dirigés par les druides qui constituent un collège religieux et un sénat intellectuel. Certains druides, appelés eubages, sont des prêtres-guérisseurs qui assurent des soins aux humains et aux animaux. Leur médecine, surnaturelle et empirique, utilise des onguents (graisse, essences végétales), des amulettes et des formules cabalistiques.

 

Les Gaulois développent une agriculture prospère aux mains des barons (propriétaires chevaliers laïques). Ils pratiquent surtout l’élevage du cheval, mais aussi celui des petits ruminants, du porc (le jambon fumé des Séquanes est renommé) et des oies. Les écuyers (« eporidix ») sous les ordres des « mareschaux » (de marc’h = cheval et

skalk = serviteurs) assurent l’entretien des chevaux dans les haras. Des chiens de guerre sont importés de Grande-Bretagne et détenus en meutes.

 

Les Francs adoptent une médecine plus religieuse, de par leur conversion précoce au Christianisme.

 

Les Romains n’exercent que peu d’influence sur ces peuples dits Barbares. Le « veterinarius » antique a disparu et le dogmatisme philosophique s’avère inefficace contre les diverses épidémies de clavelée, de peste ou de variole.

 

Chez les Mérovingiens, les soins aux animaux sont dévolus aux « comes stabulum », connétables qui dirigent les mareschaux.

Au milieu du IX e siècle, la ferrure à clous introduite par les Croisés, marque l’apparition des maréchaux ferrant et de la maréchalerie.

La médecine animale ne fait l’objet d’aucune publication entre le X e et le XII e siècle. Traditionnelle et impuissante, elle recule sous l’influence de l’Eglise, qui va la considérer comme suspecte.

 

Essor et autorité théocratique du Christianisme

 

Le Christianisme a-t-il contribué à l’effondrement de la médecine antique ? Il semble plus judicieux de considérer qu’un monde nouveau est né, à partir de plusieurs composantes :

 

Apparition d’une médecine théocratique

 

Les animaux, nous l’avons dit, ne méritent aucune considération de la part du Christianisme, et ils sont frappés d’ostracisme. « L’Eglise a pour les bêtes le mépris de Platon » (Emmanuel Leclainche) et la médecine vétérinaire est ignorée dans les monastères et les couvents. Cependant des saints guérisseurs et protecteurs sont souvent évoqués dans le traitement des maladies humaines et animales. Plus d’une centaine de saints ont été ainsi répertoriés.

 

 

Les invocations des saints guérisseurs ont lieu dans des sanctuaires qui leur sont consacrés, soit en particulier, soit à l’occasion de leur fête patronale. Elles revêtent un caractère collectif : les animaux sont conduits en procession et rassemblés pour recevoir la bénédiction. Les ecclésiastiques officiant prononcent des prières, proposent des offrandes, adoptent des attitudes rituelles. Les formules incantatoires sont archaïques et naïves, plutôt païennes. Lorsque les résultats sont jugés insuffisants ou inexistants, on a recours à la sorcellerie, quoique celle-ci soit réprimée par l’Eglise. Divers objets et matériaux sont utilisés. L’abbesse Hildegarde de Bingen, par exemple, a recours à la mandragore, au bois de cyprès ou aux pierres précieuses pour protéger les animaux et stimuler la production de lait.

 

Apparition d’une médecine laïque

 

Une Ecole de médecine laïque est créée à Salerne, en Italie. Compilation des médecines antiques de Galien et d’Hippocrate, elle se caractérise par un libéralisme hippocratique et elle fournit une oeuvre abondante et variée, mais sans apport à la médecine vétérinaire.

 

Concentration de la médecine vétérinaire entre les mains des mareschaux

 

Les mareschaux évoquent les hippiatres de la Grèce Antique et la Chevalerie prend une place prééminente. Ils pratiquent des interventions manuelles sur le cheval et le bétail, administrent des médicaments et pratiquent une chirurgie de base. Quelques livres sont écrits durant cette période : le Leech Book anglais ou le Physica d’Hildegarde de Bingen.

 

L’influence arabe

 

Les invasions arabes en Europe ccidentale

 

Elles vont se traduire par une restitution de la pensée hippocratique. Le bouleversement de nos connaissances médicales qui en découlent sera dû à un double apport :

- apport de la médecine antique, perse et indienne. Le centre d’enseignement des Nestouriens est créé en Perse en 435. La dynastie des Ommeyades rassemble les manuscrits de l’Antiquité et crée, à la fin du X e siècle, la bibliothèque de Cordoue (400 000 volumes).

- apport des connaissances médicales islamiques. Cet apport permet une synthèse des acquis relatifs aux maladies, nombreuses à cette époque, à la chimie et à la pharmacopée. Le cheval a une place privilégiée dans ces connaissances et il est étudié sous ses différents aspects : hygiène, utilisation, extérieur, blessures, maladies….

 

Les ouvrages d’hippologie

 

De nombreux ouvrages d’hippologie sont publiés, mais peu de véritables livres de médecine vétérinaire.

Le Livre de Kabous (XI e siècle), traduit en français par Querry en 1886. Le chapitre XXV, qui reproduit des textes grecs anciens, est consacré au cheval.

Le Kirab al Felahah de Abou Zacarta (paru au XIIe siècle), traduit en 1864. Il s’agit d’un traité d’agriculture de 34 chapitres. Le chapitre 4 traite des maladies du cheval, de l’âne, du mulet, du boeuf, du mouton, de la chèvre et du chameau. Condensé remarquable des connaissances grecques, persanes et hindoues, il est déjà très actuel : la contagiosité de la dourine, de la morve et du charbon sont reconnues.

El Naceri de Abou Bekr (XIIIe siècle), traduit en 1852 par Perron, et plus récemment par notre confrère Mohamed Mehdi Hakimi .

La médecine vétérinaire est dispensée par les albeytares, équivalents des mareschaux.

 

Commentaires (1)

1. lechiffonier 01/12/2010

Intéressant, comme pour les fêtes demande à être approfondit et agrémenter de gravures.

Merci pour ce travail.

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