La vigne roussillonnaise au Moyen âge

Les découvertes de plantations de vignes médiévales abondent aux alentours de Perpignan. Elles ne suffisent pas toutefois à prouver que la viticulture y était plus concentrée qu’ailleurs ; il faut plutôt considérer qu’elle constituait une composante importante du paysage des plaines méditerranéennes médiévales, bien plus marquée que ce qu’en révèle l’archéologie. Si les sources écrites de l’époque livrent de nombreuses informations, elles n’évoquent que partiellement diverses questions comme les pratiques agricoles, l’organisation spatiale de la plantation ou encore le paysage viticole, lesquelles sont en revanche bien documentées par les découvertes archéologiques. 

La viticulture médiévale appréhendée par l’archéologie 

Dans la région de Perpignan, la mise au jour de traces d’activités viticoles résulte de l’actuel essor de la ville, qui nécessite une multiplication des fouilles préventives sur des terrains propices à leur identification. Ainsi, les vestiges s’observent le plus souvent dans des terrains limoneux, sur les rives d’anciens étangs, comme sur le chantier de la RD 22 C, ou dans le lit d’anciens cours d’eau, comme à Orle. La vision de la viticulture médiévale au travers de l’archéologie est donc partielle et dépendante de la nature des terrains. Les anciens étangs constituent un point fort du paysage roussillonnais médiéval. Présents sur presque tous les finages (territoires villageois) de plaine, ils sont en cours d’assèchement à la fin du Moyen Âge, alors que la viticulture se développe. L’extension du domaine viticole dans cette région correspond à un basculement de l’exploitation des terroirs et à une conquête des zones basses par l’agriculture. 

La datation des fosses de plantation demande des précautions particulières. Situées à distance des zones de vie, les structures agraires contiennent en effet peu d’éléments de datation strictement archéologiques comme la céramique. Le calage chronologique ne peut donc pas s’établir par la seule analyse du matériel contenu dans le comblement des fosses, il faut aussi prendre en considération le niveau dans lequel elles ont été creusées et celui qui les recouvre. Ces trois unités permettent de définir une fourchette chronologique, qui peut ensuite être affinée par une analyse des vestiges présents en surface : dans le cas d’amendements agricoles, le paysan a enrichi ses terres avec un engrais composé de fumier et de déchets ménagers, parmi lesquels on retrouve encore de nos jours des fragments de céramiques. Si les fosses, elles, n’en contiennent pas, cela signifie que l’amendement est postérieur à leur creusement. 

Dans l’ensemble des sites étudiés, les plantations viticoles sont composées de fosses de même module (0,20 m x 0,50 m). Ces dimensions dépendent bien sûr de l’état de conservation des vestiges : plus ils sont arasés, plus les fosses sont réduites. Les vignes s’organisent en rangs réguliers, avec toutefois des anomalies. Il arrive qu’une fosse couvre deux emplacements ou qu’elle soit perpendiculaire à l’axe. Elle est alors interprétée comme une trace de provignage : pour remplacer un plant mort, on plante un sarment issu d’un pied voisin, sans le dissocier de la souche ; une fois qu’il a pris racine, il est coupé du plant originel. D’autre part, la présence de fosses arboricoles, réparties avec régularité dans la parcelle viticole, confirme que les vignes étaient « complantées ». Les sources écrites mentionnent largement cet usage. Le paysage viticole apparaît donc plus arboré qu’à notre époque, avec des fruitiers, des oliviers surtout, dispersés au milieu des vignes. Ceux-ci permettent une meilleure rentabilité de la parcelle. 

La viticulture médiévale vue à travers les archives 

La viticulture tient une place particulière dans la documentation écrite. Elle n’est pas seulement une composante de l’agriculture vivrière roussillonnaise, mais elle constitue aussi un véritable marqueur social. En Roussillon, comme en Languedoc d’ailleurs, elle participe nettement au phénomène du regroupement villageois. Dans le Moyen Âge central, elle prend la forme de vastes vignobles qui portent l’appellation de vineario, placés sous l’autorité de puissants seigneurs. Par la suite, la viticulture est plus éclatée, même si les vignes ont tendance à être regroupées sur les terroirs les moins propices à la culture des céréales. L’intégration du Roussillon à l’éphémère petit royaume de Majorque (1276-1344) semble donner une nouvelle impulsion à la viticulture régionale à partir de l’extrême fin du XIIIe siècle. 

Sur la fabrication du vin, les sources écrites fournissent peu d’information. Elles n’évoquent que ce qui est lié à la perception des redevances : le transport de la récolte à dos de mulet, le retrait de la part seigneuriale, son dépôt dans la tina (cuve) du seigneur. Bien que le vin soit aussi un produit commercial, vendu sur les marchés roussillonnais et exporté notamment depuis le port de Collioure, les archives en parlent fort peu. Tout juste sait-on qu’il s’agit surtout de vin rouge, que l’on coupe avec de l’eau.

Carole Puig (Framespa, CNRS)

 

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