Le vignoble une seule fois mis en culture de Negabous (Pyrénées-Orientales)

Vue aérienne de la plantation de Negabous après son décapage.  © Air Images Services En 2008, la fouille archéologique préalable à l’aménagement d’une route située au nord-ouest de Perpignan a permis, pour la première fois en Roussillon, d’étudier une parcelle entière de vigne exploitée à la fin de l’époque médiévale. Le décapage archéologique sur 2 000 m2 a dégagé près de 350 petites fosses de plantation, qui contenaient chacune un pied de vigne dont aucune racine ne subsistait. À l’origine, cette vigne était délimitée au nord par un canal d’irrigation et au sud par un sentier, tous deux encore inscrits dans le paysage actuel. 

L’interprétation de « vignoble médiéval » résulte d’un ensemble d’observations archéologiques mises en perspective avec les plus anciennes mentions des cultures pratiquées au lieu-dit Negabous. Celui-ci apparaît en 1458 dans les sources écrites. Son nom indique soit de manière métaphorique, soit par allusion à un événement ancien ou légendaire, le caractère inondable des lieux qui rendait possible l’idée que les bœufs s’y noient ou s’y soient noyés. L

Original d’un inventaire de droits de la communauté des prêtres de Saint-Mathieu (Perpignan), daté du 10 avril 1445, qui a permis l’identification de la parcelle. On lit : « Item super quinque ayminatis terre alodialibus ex illis sex ayminatis terre prati quod antiquitus fuerunt vinea in terminis predictis de Verneto loco vocato Negabous site… », ce qui signifie « sur cinq ayminates alliodales de terre faisant partie de six ayminates de terre de pré qui autrefois étaient des vignes sur le territoire de Vernet, au lieu dit Negabous » © ADPO, G581, fol. 32 v°

es cultures pratiquées à Negabous sont connues depuis le XVe siècle : des vignes, des champs, des prés, au XVIe siècle des oliviers, plus tard des jardins. En réalité il est illusoire d’espérer reconnaître les parcelles concernées par la fouille dans les actes du Moyen Âge ou de l’époque moderne. Toutefois, si l’on considère que la fouille se situe sur une des parcelles entre l’ancien chemin de Saint-Estève à Perpignan, au sud, et le ruisseau du Vernet, au nord, un document de 1445, qui correspond assez bien à cette localisation, évoque « six ayminates [soit à peu près à 3,84 hectares] de terre de prés qui autrefois étaient des vignes » : ceci pourrait s’appliquer aux vestiges de plantation retrouvés en fouille. 

À l’image des vignobles actuels, celui découvert à Negabous présente une trame rigoureuse de petites fosses stéréotypées (plan rectangulaire aux extrémités arrondies mesurant 60 cm x 20 cm) organisées en rangées. Soixante-deux rangées au moins ont été identifiées, strictement parallèles et orientées nord-sud, avec un intervalle moyen de 1,65 m. En l’état de conservation actuel de cette plantation, les fosses d’une même rangée sont quant à elles espacées, de bord à bord, par 1,60 m. 

L’intérêt de l’occupation de Negabous est d’avoir conservé une seule campagne de mise en culture. Dans bien des cas, les vignobles sont plusieurs fois replantés (technique du marcottage), les parcelles sont remembrées puis re-cultivées, parfois jusqu’à l’époque contemporaine, ce qui rend la lecture des pratiques agricoles strictement médiévales assez difficiles à percevoir. Negabous confirme donc à la fois l’usage de la bêche pourvue d’une large lame de 20 cm (outil employé durant tout le Moyen Âge) pour creuser le trou de plantation, ainsi que la pratique de l’amendement qui, de façon indirecte, Extrait d’une carte manuscrite de 1699 représentant l’environnement du site. © SHD MR - 40/1083- A (3e soin) f – 243 nous donne une datation fiable sur la mise en place de ce vignoble. En effet, imaginons que le paysan jette quelques poignées de compost pour enrichir le sol au moment de la mise en culture des jeunes pieds de vigne ; à la matière organique en décomposition, ce compost mêle différents rejets domestiques tel que des fragments d’os, de poteries… Ces éléments « durs » seront conservés dans les fosses de plantation alors que tous les éléments organiques (racines notamment) auront disparu. 

Les quelque soixante-neuf fragments de poterie découverts dans les fosses de plantation de Negabous proviennent de vases en céramique commune cuite en atmosphère réductrice qui font leur apparition entre le milieu du Xe siècle et le XIe siècle ; mais ils sont associés à des morceaux de tuiles courbes et un fond de céramique à glaçure monochrome plombifère de couleur jaune/vert, qui sont des productions plus tardives. Grâce au document de 1445, on sait d’autre part que la pratique de la viticulture sur le terroir du lieu-dit est antérieure au XVe siècle. Ainsi, en croisant toutes ces informations, on peut émettre la supposition que la vigne a dû être exploitée sur le site entre la seconde moitié du XIIIe siècle et le XIVe siècle, durant une ou deux générations. Concernant la densité de plantation, la seule donnée chiffrée que l’on peut déduire des traces archéologiques est une moyenne de 3 600 pieds à l’hectare, chiffre qui concorde avec la plupart des sites de même époque.

Cécile Dominguez (Inrap), Aymat Catafau (Université de Perpignan).

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