Les anciennes vignes de Cabestany

En 1998, un diagnostic archéologique a été entrepris par l’Afan à Cabestany sur un futur tronçon de la rocade RD22C, qui fait le tour de l’agglomération de Perpignan. Il avait notamment pour but de caractériser les cultures anciennes pratiquées. Les tranchées réparties le long de l’emprise ont révélé l’existence de plusieurs plantations, probablement médiévales, ce qui a conduit en 1999 à la réalisation d’une fouille préventive. La prospection pédestre de ce terroir avait déjà permis de mettre en évidence une pratique intense de l’amendement agraire médiéval, détectable par de nombreux tessons de céramiques épandus à la surface du sol. Il importait dès lors de confronter ces résultats avec une étude des vestiges enfouis. 

Sur la moitié nord du tracé du tronçon de rocade, plusieurs systèmes de plantation ont été mis au jour, tous composés de fosses oblongues aux extrémités arrondies, de 0,50 m x 0,20 m en moyenne : des fosses de plantation de vigne. La datation a été réalisée à partir de fragments de céramiques datés de l’époque romaine à la seconde moitié du XIIIe, voire la première moitié du XIVe siècle, et découverts dans le comblement des fosses. Il semblerait qu’il faille caler les plantations entre le milieu du XIIIe siècle et le début de l’époque moderne. 

Les fosses sont ici disposées en rangs réguliers. L’écartement entre les plants est de 1,70 m en moyenne. Il pourrait correspondre à une mesure médiévale, la « palme ». D’après Miquel Agustì, auteur roussillonnais d’un ouvrage d’économie domestique au début du XVIIe siècle, cette mesure était reportée six fois entre chaque cep au moment de la plantation. Certaines fosses, observées au hasard de la parcelle, sont beaucoup plus longues que la moyenne. Ces anomalies ont été interprétées comme des traces de provignage, pratique qui consiste à remplacer un plant mort par un sarment d’un pied voisin et qui laisse une trace longiligne, ici dans le sens du rang. 

Les limites parcellaires sont difficiles à appréhender, toutefois la plantation semble délimitée au sud par un fossé au-delà duquel il n’y a plus de fosses. Les sources écrites révèlent d’autres limites qui n’ont pas encore été mises en évidence par l’archéologie, comme des chemins ou des haies. Cette vaste plantation médiévale pourrait s’inscrire dans le cadre d’un développement de la viticulture à la fin du XIIIe siècle, notamment en périphérie de zones basses.

Carole Puig (Framespa, CNRS), Jérôme Kotarba et Hervé Petitot (Inrap)

 

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