Les vignes oubliées des Nivelles à Meaux (Seine-et-Marne)

Le domaine viticole de Meaux au début du XVIIe siècle, vue cavalière de Joachim Duviert. Les vignes des Nivelles se trouvent en arrière-plan, à gauche du gibet « P ».  © Médiathèque de Meaux À Meaux (Seine-et-Marne), le diagnostic archéologique réalisé en 2006 avant la construction d’un lotissement au nord-est de la ville, au lieu-dit « les Nivelles », a mis en évidence sur un rebord de plateau, une série de creusements linéaires très rapprochés. Au total, 94 éléments ont été repérées. Ce chiffre constitue un minimum dans la mesure où les vestiges, qui apparaissent directement sous la terre végétale, sont peu profondément marqués dans le terrain naturel marneux. 

La majorité des segments est orientée nord-sud ; quelques-uns le sont est-ouest. Leur largeur varie entre 0,4 m et 0,6 m, et leur écartement entre 0,4 m et 0,8 m. Certains creusements présentent une largeur plus importante, illustrant de possibles recoupements. Homogène d’une structure à l’autre, le remplissage est constitué de limon argileux de couleur beige. En l’absence de mobilier datant, les données archéologiques auraient pu se limiter à ce simple constat, si une étude documentaire n’avait été menée. 

L’étude des archives a permis de recaler le plan de diagnostic sur le fond parcellaire des années 1820. Il montre que les segments de creusement

Les vignes des Nivelles représentées sur un mesurage figuré de 1742.  © Arch. Dép. Seine-et-Marne, 20Hdt B4

s linéaires s’inscrivent parfaitement dans les limites d’un parcellaire en forme de lanières dévolu en partie, à cette époque, à la viticulture.

 Les sources écrites indiquent son exploitation au moins à partir du XVIIIe siècle. Ainsi les traces linéaires repérées sont-elles interprétées comme des vestiges de plantation de vigne. Elles s’inscrivent sur une pente de 2,5 %, avec une exposition nord-ouest/sud-est. 

Certains textes du XIIIe siècle décrivent le secteur comme étant environné de terres labourables, avec des vignes au sud, sur les coteaux abrupts de la vallée de la Marne. Progressivement, le vig

Plan des creusements linéaires des Nivelles reportés sur la trame parcellaire de 1820. © O. Bauchet, D. Couturier, N. Gomes, Inrap

noble s’étend sur les rebords du plateau : par exemple à la fin du XVe siècle, la maladrerie Saint-Lazare rachète 2,5 ha de terre à un particulier pour la décomposer en plusieurs parcelles avant de les confier à des vignerons. La période révolutionnaire amorce le déclin de la culture : plusieurs propriétaires décident d’arracher leurs vignes sur des terrains qualifiés d’impropres à la viticulture. Toutefois le processus est lent et, en 1850 encore, plusieurs vignes, nouvellement plantées, côtoient les champs de céréales. Comme pour beaucoup de régions, l’épidémie de phylloxera a mis un terme définitif à ce type d’exploitation dans le dernier tiers du XIXe siècle.

Olivier Bauchet et David Couturier (Inrap)

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