Vignes médiévales et/ou modernes à Arçonnay (Sarthe)

Vignes de Morogues, dans le vignoble de Menetou-Salon (Cher). © DR Les vestiges de plantations médiévales ou modernes d’Arçonnay (à 3 km au sud d’Alençon) se concentrent à une soixantaine de mètres au nord d’un petit habitat du XIIe siècle fouillé en 2002, au pied d’un vallon tributaire de la vallée de la Sarthe. Ils correspondent pour la plupart à une nébuleuse de petits creusements ovales, mesurant de 20 à 50 cm de long pour 15 à 25 cm de large et une dizaine de centimètres au maximum de profondeur dans le substrat. Ceux-ci évoquent d’emblée des fosses de plantations, en particulier de vigne, telles qu’on en connaît aujourd’hui un grand nombre dès l’époque romaine dans les régions du nord et de l’est de la France et jusqu’en Grande-Bretagne. Un unique petit Plan général des vestiges médiévaux (XIe-XIIe siècles) et/ou modernes mis au jour en  2002 au lieu-dit « Parc Saint-Gilles » à Arçonnay (Sarthe).  © V. Carpentier et D. Giazzon, Inrap édifice a été reconnu, situé vers le haut du troisième rang en partant de l’ouest ; de telles constructions sont extrêmement courantes dans les contextes de plantations (cabanes de vignerons, remises…). 

Aux modestes creusements sont associées plusieurs fosses plus imposantes, parmi lesquelles ont été identifiés des chablis de taille variable. La quasi-totalité des creusements se situe entre deux fossés grossièrement parallèles : celui du nord décrit un arc de cercle vers le nord-ouest, doublé par un court segment de fossé, tandis que celui du sud est rectiligne. Des dispositifs de clôture ont été implantés, soit dans le tracé
même du fossé nord, soit vraisemblablement à l’intérieur de l’espace qu’il délimite. Ces structures n’ont livré ni mobilier, ni charbon de bois, ni aucun matériau susceptible de produire une quelconque datation. L’attribution chronologique de cet ensemble ne repose donc, en l’absence d’autre donnée, que sur l’observation des fossés, lesquels recoupent le parcellaire gallo-romain, sans pour autant reprendre son orientation, et sont à leur tour recoupés par le parcellaire « napoléonien ». 

On observe que les vestiges se répartissent en quatre ou cinq rangées dont l’orientation coïncide avec celle de la clôture centrale, perpendiculaire aux fossés de limite. Tous les indices laissent penser que les rangs de plantations 

Plan interprétatif des plantations médiévales et/ou modernes reconnues en  2002 au lieu-dit « Parc Saint-Gilles » à Arçonnay (Sarthe).  © V. Carpentier et D. Giazzon, Inrap

ont été formés dans le sens de la pente afin d’assurer un drainage optimal, selon un dispositif que l’on rencontre encore de nos jours pour la vigne. Ces rangs mesurent approximativement 5 à 10 m de large au maximum pour une longueur inférieure à 40 m, c’est-à-dire l’intervalle entre les fossés de limite identifiés de part et d’autre au nord et au sud. Aucune extension n’ayant été observée vers l’ouest ou l’est, il semble donc s’agir d’un ensemble homogène et intégralement compris dans le décapage, dont la surface totale couvre environ 250 m2 (50 m x 50 m), séparés approximativement en deux moitiés par la clôture centrale. 

Des ensembles très comparables ont été identifiés dans les départements de l’Orne et du Calvados au cours de diagnostics récents. De plus, l’hypothèse de plantations de vigne médiévale et/ou moderne fait écho à de nombreuses attestations écrites disponibles notamment dès avant l’An mil, dans le cadre d’un essor de la viticulture en Normandie, dont la paternité peut, dans une large mesure, être attribuée aux monastères et prieurés bénédictins. L’association probable entre chablis et fosses de vigne évoque un système de « complant », dont on trouve l’illustration, 

à partir du XIIe siècle dans certains « pays » bas-normands comme le Pays d’Auge, où les cultures de pommiers, pour la production de cidre, et de la vigne sont mises en œuvre conjointement. Ce système perdurera jusqu’au XVIIIe siècle en Basse-Normandie, donnant naissance à un type de paysage agraire spécifique – des clos complantés d’arbres –, motif classique des traités d’arboriculture des XVe-XVIe siècles.

Vincent Carpentier (Inrap)

 

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