Le miel au Moyen âge

Le Miel est présent sur la Terre bien avant l'homme car les abeilles qui le fabriquent y sont apparues il y a des dizaines de millions d'années.

Apis mellifera signifie « abeille porteuse de miel ».Son nom vient de ce que les hommes crurent d'abord que les abeilles portaient vers la ruche le miel qu'elles trouvaient sur les plantes.

Au moyen âge, nous le savons cire et miel correspondent à des ressources naturelles de grandes valeurs. La première, L’Eglise s’y intéressait fortement pour la cire qui servait à confectionner les cierges et la seconde en raison du fait que le miel constitue pratiquement le seul édulcorant connu, et de plus, qu’il constitue la matière première indispensable à la fabrication des hydromels et bochets, breuvages forts appréciés…

Le miel, des Germains au Moyen âge

Les Germains admiraient le miel comme nourriture divine, auquel le père des dieux Odin devait son immortalité, sa force et sa sagesse. Les serfs devaient payer une partie de leurs remboursements en miel. Les nobles offraient le miel comme cadeau pour leur suite. 

L’art de la récolte du miel trouve son origine dans la chasse aux abeilles dans les bois. Les ruches naturelles, des souches et des troncs évidés étaient pillés et dévastés. Au cours du temps, on apprit à les traiter avec plus de soin, et une apiculture contrôlée commença à se développer. Les « Zeidler » (tailleur de miel) formaient une association avec des droits et des devoirs, comparables aux gildes plus tardives. Elle avait même une autorité légale. Par contre, les connaissances théoriques sur les abeilles et la formation du miel étaient très fragmentaires et partiellement inexactes. Ainsi on croyait que la reine était le seul animal mâle de la colonie. 

L’apiculture connut une grande renaissance sous Charles-Quint; il ordonna que chaque domaine ait un apiculteur et un responsable de l’hydromel (L’hydromel, boisson fermentée à base d’eau et de miel, est l’une des premières boissons alcoolisées que l’homme ait bu. Les premières traces de production d’hydromel remontent à l’âge de bronze au Danemark !). Puis, il institua des lois de protection de l’apiculture. L’Eglise également s’y intéressait fortement pour la cire qui servait à confectionner les cierges. 

Le Mi-Kong, « pain de miel » était un pain de froment au miel, connu dès le Xe siècle en Chine. Les européens d’Occident le découvrent au Moyen Age pendant les croisades auprès des populations arabes. Il n’est autre que notre pain d’épices actuel !

Le sucre que nous connaissons aujourd'hui n'est utilisé que depuis quelques siècles seulement : c'est le miel qui était utilisé pour édulcorer les mets, jusqu'à très tard même pour de nombreux paysans modestes.

L’apiculture au Moyen âge

L’apiculture telle qu’elle est pratiquée à cette époque est des plus rudimentaires. On se contente de surveiller les essaims sauvages, de débiter les troncs dans lesquels ceux-ci ont trouvé refuge et au moment de la récolte d’en piller le butin de cire et de miel par étouffage. L’essaim est alors condamné. Une pratique qui nous apparaît aujourd’hui criminelle, mais, dont les contemporains du Moyen Age n’avaient cure tant les nombreuses forêts abondaient d’abeilles sauvages.

A partir du XII° siècle, dans les chartes latines et françaises, on retrouve donc désignés sous le nom de « bigres », ces gardes chargés de la surveillance des abeilles sauvages (les « bigreries ») et de la récolte des miels et cires issus de ces mêmes essaims. Mais leur fonction la plus importante consiste en la récupération des essaims sauvages susceptibles de coloniser à nouveau les ruches troncs.

A cette fin, les bigres détenaient donc le droit de couper et d’abattre les arbres dans lesquels les essaims se trouvaient. Un droit dont ils firent un usage abusif car les ressources forestières de l’époque étant fortement sollicitées, ils s’abrogèrent le droit de s’attribuer tout le bois de chauffage nécessaire à leurs besoins personnels et même au-delà…

Des abus de pouvoir sûrement à l’origine de l’extension du mot bigre pour désigner « un homme rusé, subtil, adroit et méchant, qui sait se retirer des affaires les plus embrouillées… »

Récolte du miel. « Aux XIV° et XV° siècles, existaient en France des forestiers spéciaux, les bigres, plus anciennement appelés apicularii ou bigri, que le pouvoir royal, les seigneurs laïcs et ecclésiastiques entretenaient pour recueillir les essaims sauvages et les élever dans des ruchers modèles installés soit dans le voisinage, soit au milieu même des bois ; c'étaient les « bigreries » ou « hostels aux mouches».

Dans un aveu de la seigneurie de Neauphle, présenté en 1479 au comte de Breteuil se trouve mentionné : « et dus dit fief d'Aubergny dépend un hostel appelé la Bigrerie, ou l'hostel aux Mouches».

Mais toutes les régions ne recourent pas à ces bigres, ancêtres de nos agents forestiers.

Certaines régions ont recours à des « briseurs » ou « brixeurs dans les régions ou il n'existe pas de « bigreries » la garde des abeilles est confiée à des paysans qualifiés de « brixeurs » ou encore briseurs ». 

Anecdotes historiques

  • 10 févr. 1189. On crut que du miel était tombé du ciel, en 9. Ceux qui ont vérifié la pluie de pierre, en Normandie, en l8o3, ne trouveront point extraordinaire que nos ancêtres aient ajouté foi à une pluie de miel ; l'une était plus agréable et moins dangereuse que l'autre: mais la lune descendue en terre et remontant au ciel, le 10 février 1189, voilà pour le coup, le plus étrange des phénomènes, cité par Rigord, témoin oculaire à Argenteuil, avec plusieurs religieux, aussi crédules et aussi imbéciles que lui.
  • En 1198, une religieuse ayant été maltraitée, enduite de miel, roulée dans des plumes, et promenée à rebours sur un cheval, Philippe Auguste fit noyer dans une cuve d'eau bouillante les individus coupables de cette mauvaise plaisanterie dont on trouve de nombreux exemples.
  • En 1220, un apothicaire de la bonne ville de Verdun eut l'idée - pour conserver les amandes et les transporter - de les enrober dans ce fameux sucre allié avec du miel, puis de les faire durcir, créant ainsi un bonbon qui purifie l'haleine & facilite la digestion... les fameuses "Epices de Chambres" étaient nées, vendues essentiellement aux femmes enceintes.
  • À Marseille, en 1431, « trois barils destinés au miel » sont qualifiés d’IIIbaryllas. mellieras. Cette création d'un qualificatif traduit la fréquence d'usage des barils pour contenir le miel.
  • La plus célèbre rapporte l'histoire d'un jeune aristocrate (du nom de Toni) épris de la fille d'un pâtissier de Milan en 1490. Ce jeune homme, pour impressionner le père de sa dulcinée, se fit passer pour un apprenti pâtissier et inventa un pain adouci de miel, d'une grande finesse, en forme de dôme. Il ajouta des fruits confits et connut un énorme succès avec un grand nombre de clients venus acheter le magnifique « Pan de Toni » qui se transforma en « panettone ».
  • En Allemagne le miel était incomparablement précieux: Anna M. fut brûlée sur un bûcher mais pas comme sorcière: elle mourut pour avoir pillé une ruche. C’était la punition normale pour l’époque. Abattre des arbres abritant des ruches vous coûtait la main droite ou la totalité de votre patrimoine. Selon un règlement de l’exploitation des forêts de 1490, celui qui était surpris à piller le miel dans les arbres était immédiatement pendu à l’arbre suivant. 

Quelques recettes médiévales

Glossaire

  • Droit d’abeillage : droit établi dans plusieurs Coutumes, en vertu duquel le seigneur à droit de prendre une certaine quantité d'abeilles, cire ou miel, sur les ruches de ses sujets. Le droit d'abeillage peut également être appliqué sur les abeilles épaves et/ou essaims non poursuivis Miels et cire constituent au Moyen Age des ressources de grandes valeurs. Pour veiller sur ces ressources naturelles, les bigres se voient confié la surveillance et le suivi des abeilles sauvages.
  • Bigre : le terme bigre (du mot latin bigrus) trouve ses origines dans le latin « apiger » « qui gouverne les mouches » à miel ou encore « apicurus » « qui a soin des abeilles ». 

Sources

  • Journal des pharmacies et des sciences accessoires – rédigé par MM Bouillon-Lagrange, Planche, Boullay, Boudet, Virey, Pelletier, Bussy, Soubeiran, Henry -Tome XII – Chez Louis Colas Fils – Paris – 1826
  • Miel.be
  • Du Miel Et Des Abeilles
Commentaires (1)

1. patrick 03/04/2011

superbe article, comme à chaque fois, le plaisir et l'instruction. Merci Claude

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