Le mortier dans la construction médiévale

Le mortier dans la construction médiévale

6Ces deux années ont permis d’élargir le corpus des mortiers médiévaux dans la lignée de ce qui avait été déjà entrepris – établissement de typochronologies de sites selon des critères pétrographiques, étude de la fonction architecturale. Le développement de ce corpus avait pour objectif d’améliorer les connaissances actuelles sur la fabrication et l’emploi de ce matériau au Moyen Âge : choix techniques, évolutions techniques, influences environnementales. Plusieurs édifices ont ainsi fait l’objet de telles analyses : la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre et l’abbaye de Pontigny (Yonne), le donjon de la Marche (Nièvre), l’église de Saint-Aubin (Côte-d’Or), l’abbaye de Cluny (Saône-et-Loire), l’église de Brienne-la-Vieille (Aube), l’église Notre-Dame-du-Port à Clermont (Puy-de-Dôme), Notre-Dame-sous-Terre au Mont-Saint-Michel (Manche), l’église de Saint-André-des-Eaux (Côtes-d’Armor), l’église de Saint-Lupicin (Jura), la crypte de Saint-Quentin (Aisne), et le baptistère de Byllis (Albanie). Enfin, à l’instar des études menées sur les mortiers et les enduits de la grange cistercienne de Semmadon (Haute-Saône), des investigations ont aussi été entreprises sur tout un ensemble de granges appartenant à l’abbaye de Pontigny. Cette approche a permis de montrer certains traitements spécifiques propres aux maçonneries de ces bâtiments médiévaux à vocation agricole.

7L’ensemble de ces investigations viendra pour partie alimenter un ouvrage sur les liants de maçonnerie, qui reste actuellement en préparation.

8À ce titre, dans le cadre du PCR Matériaux, techniques de construction et datation entre Loire et Saône autour de l’an Mil, un axe de recherche spécifique a été développé sur l’usage des mortiers contenant du tuileau au Moyen Âge, qu’il s’agisse de liant de maçonnerie ou de préparation de sol – en chape ou liant des tesselles de mosaïque. Si l’utilisation du mortier de tuileau dans ces fonctions semble être effectivement continu de l’Antiquité au XIIe siècle, il semble connaître une inflexion de l’Antiquité tardive à l’époque carolingienne, avec, par la suite, un usage quasi systématique dans les structures de fondation de certains édifices romans du centre de la France – Saint-Aignan d’Orléans, abbaye de Marmoutier à Tours, cryptes des cathédrales Saint-Étienne d’Auxerre et Notre-Dame de Chartres, etc. Ces investigations montrent que ce mortier de tuileau est sans doute un des éléments clefs pouvant alimenter la réflexion sur la continuité des savoir-faire techniques à la transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge ; cette réflexion sera prochainement présentée lors du colloque international Décors et espace architectural en Gaule entre l’Antiquité et le haut Moyen Âge .

9Toujours en lien avec cette problématique, la participation au GDRE Terres cuites architecturales et nouvelles méthodes de datation  a permis également d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion quant à la datation de ces mortiers. Ainsi, en collaboration avec le CRPAA de Bordeaux, des datations par thermoluminescence des tuileaux contenus dans les mortiers ont été envisagées à moyen terme. Cette démarche devrait permettre de vérifier s’il y a perdurance des préceptes énoncés par Vitruve, qui conseille d’utiliser des fragments de tuiles anciennes pour la préparation de ces mortiers hydrauliques . De même, plusieurs méthodes de datation sur les structures maçonnées d’un même édifice ayant pu être produites dans le cadre de ce groupe de recherche – Notre-Dame-sous-Terre du Mont-Saint-Michel en particulier –, il est également apparu que les datations radiocarbones obtenues sur les charbons de bois contenus dans les mortiers sont possiblement plus anciennes que celles réalisées par thermoluminescence sur les terres cuites de ces mêmes édifices – entre 100 à 200 ans de décalage . Ceci ouvre toute une réflexion sur ce phénomène « vieux bois », montrant qu’il faut alors éventuellement pondérer les datations radiocarbones sur les charbons de bois récoltés dans les mortiers.

Stéphane Büttner, « Matériaux et constructions. Sciences et techniques des matériaux, de la carrière à la mise en œuvre : bilan et perspectives », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre [En ligne], 12 | 2008, mis en ligne le 27 août 2009, Consulté le 04 décembre 2009. URL : http://cem.revues.org/index6722.html

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