Les grès

N.D.L.R. — La connaissance géologique apporte de riches renseignements à l'étude des monuments anciens. L'origine des matériaux de construction, leur gisement, leur exploitation sont autant de problèmes qu'il est difficile de résoudre sans des connaissances de base. Aussi, dans cette rubrique, qui a sa place pour la première fois dans la revue, vous trouverez de précieux éléments concernant les grès dans la région de Guise qui déterminèrent un des aspects si particuliers de ce monument.

GÉNÉRALITÉS SUR LES GRÈS

Les grès, d'après leurs origines, sont des roches sédimentaires détritiques se composant essentiellement de débris et de fragments de roches, soit intacts, soit plus ou moins modifiés chimiquement.

Le poids spécifique des grès, assez variable, oscille entre 2,3 et 2,9 ou même davantage. Comme les pores de la roche occupent un espace considérable (6 à 20%), le poids d'un mètre cube de roche est relativement faible, parfois inférieur à 2.000 kilogrammes.

La composition chimique des grès varie beaucoup suivant la nature du ciment liant les grains en remplissage. Nous ne citerons pas les analyses très différentes du remplissage, mais examinerons en général les différentes familles de grès ainsi que ceux existants sur la région de Guise (Aisne) et les zones limitrophes.

DIFFÉRENTES FAMILLES DE GRÈS

Les grès se composent de grains de quartz enrobés dans un ciment. Au quartz s'associent des paillettes de mica (grès micacés ou PSAMMITES), ou encore des fragments de feldspath (grès feldspathiques, par exemple, la SPARAGMITE des géologues Scandinaves).

Le ciment peut être siliceux (quartz, calcédoine, opale commune), argileux, calcaire, dolomitique, marneux, ferrugineux (hématite ou limonite), glauconieux. On trouve tous les éléments du passage d'une nature à une autre.

En raison de la nature variable du ciment, on distingue les grès siliceux, argileux, calcaires, marneux, glauconieux, et d'après la proportion entre celle-ci et les grains de quartz, suivant aussi le degré de soudure de ces derniers entre eux, il résulte une grande variété de grès et des façons très diverses de se comporter au point de vue technique. Par exemple : les grès bigarrés du trias à ciment gypseux tombent rapidement en poussière à la surface du sol par dissolution de leur ciment (Rheinhausen près Göttingen).

Les grès bitumeux et pétroliers de Pechelbronn (67), Madagascar d'imprégnation secondaire.

Les grès agglomérés par un ciment siliceux dans lequel chaque grain de quartz baigne dans le ciment sans qu'aucun des grains se touchent mutuellement, flottantcliquart, a subi une recristallisation complète (impropre au pavage parce qu'elle se polit facilement). On rencontre dans certains grès des éléments microscopiques, le zircon et le rutile sont répandus, le grenat et la tourmaline apparaissent fréquemment aussi. pour ainsi dire dans le remplissage. Les grès siliceux proviennent de grès à ciment calcaire, dans lesquels celui-ci a été remplacé par de la silice. Lorsque les grains de quartz s'effacent vis-à-vis du ciment, les grès siliceux passent à des quartzites ou grès cristallins. C'est le cas de beaucoup de grès tertiaires du bassin de Paris ; par contre, la variété lustrée du grès de Fontainebleau, dite

On trouve parfois dans les grès des accumulations d'argile (nodules argileux, anciens galets d'argile), des concrétions de calcédoine, d'oxyde de fer, de phosphate de chaux (coquins, des grès de l'Ardenne), de gypse, plus rarement de galène ou de cuivre.

Très importants et nuisibles pour la construction sont les grosses concrétions, aussi bien que les masses disséminées, de pyrite (FeS2) à l'état de marcassite. Sous l'influence des agents atmosphériques, elles donnent lieu à de vilaines taches en bandes de limonite (rouille) avec formation de sulfate de fer et d'acide sulfurique qui ont une action destructrice sur les grès calcaires et dolomitiques employés comme matériaux de construction.

Outre les variétés mentionnées précédemment, caractérisées par la nature de leurs constituants et de leur ciment, il faut citer celles ayant reçu des noms spéciaux :

  • — la molasse : grès grossier blanc, verdâtre (glauconie), ou rouge assez tendre (fréquent dans le bassin du Rhône et en Suisse),
  • — le flysch : sédiment gréseux portant des empreintes d'algues,
  • — le macigno : grès argilo-oalcarifère souvent micacé,
  • — l'alios : brun verdâtre dont le ciment est formé d'oxyde de fer et de matières organiques (minerai de fer des Landes d'autrefois).

La couleur des grès, très importante ad point de vue de leur emploi, dépend essentiellement du ciment et de sa nature, puisque les grains du grès sont de quartz transparent ou blanchâtre.

Ainsi, la silice (quartz, calcédoine, opale), à l'état de ciment, est ordinairement blanchâtre (grès de Fontainebleau), de même que le kaolin, la calcite, la dolomie ; l'hématite est rouge (grès vosgien, grès bigarré), la limonite est jaune ou brune ; la glauconie est verte (grès verts).

L'oxyde de manganèse les colore parfois en noirâtre, cet oxyde forme des dendrites à la surface des grès. Les substances organiques peuvent colorer les grès en gris ou en noirâtre (grès lignifères), certains grès marqués de taches ou flammes sont nommés grès tigrés (mouchetures de fer ou de manganèse).

EMPLOI DES GRÈS EN PAVAGE ET CONSTRUCTION

La résistance à l'écrasement des grès et des quartzites est extrêmement variable ; elle oscille de 180 (parfois seulement 80) à 1.800 kilogrammes par centimètre carré.

Il existe de nombreuses et d'importantes carrières de grès. On peut citer, avec Fontainebleau, toute la région au sud-est de Paris. Le grès des Ardennes, les grès rouges des Vosges dont on a fait les cathédrales de Strasbourg, Bâle, etc., se prêtent bien à la sculpture. Les grès de la région parisienne ont servi à confectionner des pavés ainsi que toutes les anciennes bornes royales de l'Île-de-France. Les grès armoricains (siluriens) ont été également très employés comme pavés.

Ce qui subsiste du donjon de Guise (Aisne) est, de même que l'embase de l'ancienne tour, en grès local.

Nous allons maintenant examiner les types de grès rencontrés autour de Guise.

Les cartes géologiques N° 13 au 1/80.000e et N° 14 Cambrai et Rocroi peuvent être consultées pour les dénominations locales de lieux ayant donné leurs noms aux grès comme par exemple les grès d'Anor (coblencien inférieur) et les grès et schistes de Vireux (coblencien supérieur) à l'est de Guise.

GISEMENTS DES GRÈS. — GÉNÉRALITÉS

Ils se rencontrent depuis le cambrien jusqu'à l'époque actuelle sous forme de bancs, de dalles, de couches, ou sans stratification apparente. Les grès schisteux se fendent en plaques, souvent grâce à l'accumulation de lamelles de mica suivant certains plans (psammites). On observe souvent, entre les couches de grès, des lits d'argile ou de marne. Il est fréquent que les grès montrent la stratification entrecroisée ou oblique sur le banc franc d'exploitation.

Par la réunion de la structure en bancs horizontaux avec un système de crevasses verticales, que la décomposition suit facilement, naît une disjonction de la masse en parallélépipèdes, d'où le nom de quadersandstein appliqué à certains grès crétacés de Saxe.

Par décomposition, les grès donnent souvent des formes arrondies et des amoncellements de blocs du plus pittoresque effet (Forêt de Fontainebleau). Ces résiduelles d'érosion ont largement été employées comme embase de monuments pour donner une grande solidité à de nombreuses églises du bassin de Paris et du Nord de la France.

TYPES DE GISEMENTS DE GRÈS ET ANCIENNES EXPLOITATIONS DES GRÈS VISIBLES AUTOUR DE GUISE : CARRIÈRES DE SABLES ET D'ARGILES ASSOCIÉS AUX GRÈS

Les grès lutétiens sont connus dans tout le massif de l'Arrouaise sous le nom de Gris ou de pierre du Thiolet du nom d'un hameau de Grougis dans l'Aisne. A 1 km. au sud du lieudit Blocus-d'en-Haut dans la partie haute de la forêt d'Audigny où les sables de Grandéglise sont nombreux, on trouve à profusion des blocs de toutes dimensions de grès lutétiens. Ces grès dérivent de grès calcaires ou de calcaires grossiers plus ou moins quartzifères, qui ont subi une silification secondaire ; sur certains échantillons (rares), la silification secondaire est limitée à de nombreux fossiles du type Nummulites Laevigatus. A la lisière orientale de la forêt d'Audigny et à Aisonville, au sud du Massif de l'Arrouaise les grès contiennent des Orbitolites complanatus. Ces grès sont très nombreux à la sablière à l'ouest de la route de Hannappes à Wassigny à hauteur de la maison forestière de la Petite Arrouaise jusqu'à Etreux. Ces grès diffèrent de la plupart des grès lutétiens par leur forme plus régulière en plaquettes. Des blocs de grès du Landénien continental se rencontrent à La Neuville-lès-Dorengt bien conservés sous le limon humide.

On peut observer le grès dans les alluvions anciennes sous formes de terrasses, sur les deux rives du Noirieux. Elles s'étendent fort loin sur la rive gauche : on les observe, en effet, sur la rive droite de l'Iron à plus de 3 km. du confluent de cette rivière avec le Noirieux. Ces alluvions contiennent :

  • 1° des roches d'origine ardennaise : des quartzites gris clair, traversés par un réseau de filon de quartz où l'on reconnaît les quartzites de Revin ; des grès quartzites micacés.
  • 2° des blocs de grès lutétiens à nummulites.
  • 3° des blocs de grès blancs du landénien continental.
  • 4° des lentilles de sable grossier alternées avec des cailloutis.

Toutes ces alluvions ont été activement exploitées en aval de Vénérolles dans le ravin du Trou-aux-Loups et dans la ballastière située à hauteur du village d'Hannappes à 8 km. au nord de Guise. Elles se trouvent en ces points à la cote 125-130 à environ 25 km. au-dessus de la plaine alluviale de Noirieux (le Trou-aux-Loups est une bétoire, dans laquelle disparaît le ruisseau qui prend naissance à la suite de pluies abondantes ou à la fonte des neiges). Dans le prolongement de la Thiérache, à l'est de la Selle, on rencontre à nouveau géologiquement, le landénien continental comprenant deux groupes de formations différentes par leur composition lithologique et leur allure.

A) Le premier groupe est formé d'argiles grises, noires, comme à Englefontaine. Elles furent activement exploitées depuis la fin du Moyen-Age jusqu'à ces dernières années pour tuiles, briques, poteries, etc., dans une série de carrières sur la rive droite du ruisseau Saint-Georges, entre Englefontaine et Poix-du-Nord.

B) Le second groupe est représenté par les sables du Quesnoy à Salesches, à Vengerie-au-Bois, à la Chapelle-des-Six-Chemins près de Neuville et Romeries (30 km. au nord de Guise). Les sables du Quesnoy débordent sur le plateau où ils sont recouverts par des limons épais.

Les grès blancs, in situ dans les sables ou dégagés et isolés dans les limons y furent exploités, concurremment avec les sables blancs en de nombreux points : sur la rive gauche du ruisseau des Harpies, à Beaurain, à Ovillers, à Croix-Caluyau, près de Preux-aux-Bois, à la lisière de la forêt de Mormal, et surtout à Bousies, principalement entre le village et le bois l'Evêque.

Toutes ces carrières sont abandonnées et remblayées. Leur exploitation poursuivie pendant des siècles, fut arrêtée pendant la guerre 1914-18 et ne fut pas reprise. Son importance est révélée par le fréquent emploi de grès blancs comme pierre d'appareil dans les anciennes constructions de la région.

Coupe d'une carrière de grès à Bousies (levé en 1890).

  • G : limon fendillé.
  • F : limon panaché.
  • E : glaise verte à poterie.
  • D : limon argileux avec lit de concrétions ferrugineuses : d, et blocs de grès blancs landéniens : b.
  • C : limon sableux avec blocs de grès blancs landéniens : b.
  • B : bancs de grès blancs. Ces bancs sont épais de 5 mètres et comprennent 7 bancs (sur la coupe, 4 sont représentés), latéralement, les grès passent au sable blanc A, jauni par les infiltrations d'eau. De petites lentilles de sable originel : a, subsistent entre les bancs

GÉNÉRALITÉS SUR LE CHOIX D'UNE CARRIÈRE DE GRÈS ET SON EXTRACTION POUR EXPLOITATION

Un bon grès doit aussi avoir une grande résistance à l'écrasement, le minimum étant fixé par le mode d'emploi.

Les grès siliceux et les quartzites fournissent les chiffres les plus élevés à condition que le ciment ne soit pas en trop faible quantité et soit également réparti.

Quand les grès sont exposés aux intempéries en construction, il faut naturellement qu'ils puissent y résister ; aussi ne doivent-ils pas être gélifs. Les grès trop argileux ou marneux absorbent de l'eau, s'amollissement, gèlent facilement et se transforment en sable. Les grès calcaires souffrent des gaz de combustion contenant SO2 abondant dans les villes. Au contraire, les grès siliceux et quartzites sont réfractaires et servent à la construction des cheminées. Les grès pyriteux se décomposent rapidement avec formation de limonite, sulfate de fer, acide sulfurique et à l'occasion le ciment calcaire se transforme en gypse. Sur les grès rugueux, surtout les grès marneux, les végétaux inférieurs s'y installent facilement et les détruisent. Les grès colorés en gris ou en gris noirâtre par des composés organiques, blanchissent à l'air par oxydation des substances carbonées.

Avant d'ouvrir une carrière dans les grès, il ne faut jamais négliger d'en faire une étude géologique et de vérifier la continuité de la roche qu'on désire exploiter, sans quoi on pourrait faire une expérience pénible sur la variation du grain ou la nature du ciment ; il faut s'assurer que la puissance des bancs est suffisante pour le but recherché, vérifier que ceux-ci ne sont pas fissurés et examiner la nature des couches intercalées qui peuvent avoir une influence pour l'exploitation.

Le travail des grès siliceux est difficile, celui des grès calcaires moins. Quand on scie et taille des grès, les grains de quartz ne sont pas coupés, mais arrachés du ciment. Les grès argileux et marneux sont faciles à travailler quand ils ont encore leur humidité de carrière, beaucoup moins, quand ils sont secs parce que le ciment s'est durci.

Les grès sont aussi reproduits artificiellement pour les constructions. L'industrie des grès silico-calcaires fabrique un mélange de sable et de chaux éteinte dans une chaudière sous une pression de 8 atmosphères. Il se produit un hydrosilicate de calcium qui cimente fortement les grains de quartz subsistants.

EXPLOITATION DE LA PIERRE À BÂTIR

Dans les carrières de pierre à bâtir, une difficulté spéciale motive la méthode d'abattage des blocs en vue de leur utilisation.

La pierre doit être débitée dans le massif même en blocs parallèlépipédiques ayant les dimensions recherchées.

Par exemple, pour le calcaire des environs de Paris ou du bassin parisien, le principal banc exploité, dit banc royal, appartient au calcaire grossier moyen ; sa puissance est d'environ 4 m. On l'abat en deux gradins droits d'environ 2 m. de haut sur 3 mètres de profondeur.

  • P pierre à bâtir.
  • M tas de moellons.
  • t triollons.
  • E étais verticaux.

Le carrier pratique dans la roche à mi-hauteur du front de taille (fig. a') un souchet, havage horizontal de 3 m. de profondeur, et environ 10 cm. d'ouverture. Il se sert à cet effet d'une aiguille, longue barre d'acier à extrémité tranchante, qu'il manoeuvre à bras. On y introduit des rouleaux de fer de 7 à 8 cm. de diamètre et 80 cm. de longueur appelés triollons disposés parallèlement au front de taille. Deux rouillures verticales dégagent les parois latérales des blocs, qui ne tiennent plus au massif du banc de taille que par la face horizontale supérieure et la face verticale postérieure. On les décolle du toit à l'aide de la barre suivant un lit de stratification de moindre cohésion ; leur poids suffit à provoquer la rupture de l'attache verticale postérieure, et ils tombent sur les triollons. On les tire alors par des cordes ou des chaînes au moyen d'un treuil amarré à quelques mètres du front de taille.

A mesure de l'avance du bloc, on le soutient par des bois verticaux entre lesquels on empile des moellons. Enfin, une dernière traction fait sortir la pierre de son logement. En même temps, on abat les bois verticaux autour desquels on a entouré une chaîne. Le bloc s'abat sur le tas de moellons ; ceux-ci s'écrasent et se tassent par le poids du bloc, formant un sommier élastique suffisant pour empêcher la rupture du bloc.

ABATTAGE ET EXTRACTION À L'OUTIL ET À LA MAIN

Dans les carrières de grès, presque toujours à ciel ouvert, le procédé est le même, le travail à la main étant réalisé à la scie (genre passant : d, dont les dents fragmentent les grains et le ciment (fig. a), ou à la pointerolle (fig. b).

La pointerolle est une sorte de ciseau muni d'un manche. On l'ajuste d'une main sur le point précis que l'on veut détacher, et de l'autre, on frappe sur la tête avec une massette métallique (fig. c). Le ciseau de la pointerolle s'émoussant très vite, le carrier d'autrefois en possédait un assortiment enfilées dans une chaînette pour les emmancher les unes après les autres (fig. e).

Si la roche est plus tendre on utilise pour sa séparation le pic au rocher (fig. f) et le coin de fer pour faire éclater la masse attaquée (fig. g). Le coin de fer était enfoncé également à la massette.

Les grès de grande dureté étaient autrefois détachés du banc franc en suivant les strates naturelles du banc par éclatement au coin de bois enfoncé sec dans des trous (préalablement forés à l'archet (fig. h), puis mouillés ; ou par éclatement au coin de fer en aiguille-coin introduite dans les trous forés à grands coups de masse.

Il s'agissait d'abord de forer des trous dits de mine par des tarières en forets de métal mus par la seule force de l'homme à l'aide d'un vilebrequin ou d'un archet (fig. i, fig. h).

La mèche, arrosée d'eau, attaquait mécaniquement la pierre. Une suite de trous faits en ligne et assez rapprochés forment une zone d'affaiblissement dans laquelle on enfonçait des tampons de chêne sec que l'on noyait ensuite d'eau. L'augmentation de volume que prend le bois déterminait le détachement du bloc (fig. j).

Ce procédé, employé par les Egyptiens, a été encore utilisé à La Ferté-sous-Jouarre au siècle dernier, ainsi qu'à Diano-Mariana en Ligurie.

Dans le cas des aiguilles-coins, on utilisait deux coins demi-ronds en acier introduits dans le trou de mine rond. Entre ces deux coins, on engageait un ou plusieurs plats-coins que l'on chassait à grands coups de masse (fig. k).

Ces coins de fer, en dehors du travail d'écartement qu'ils déterminaient, ne rencontraient, comme obstacle à la pénétration, que le frottement acier sur acier. Leur puissance étant d'autant plus grande que les faces opposées des plats-coins formaient un angle plus aigu. On avait soin de pratiquer, au préalable, une sous-cave de manière à éclater plus facilement l'abattage sur ce vide.

ABATTAGE EN SURFACE À L'AIR LIBRE PAR L'ACTION PHYSIQUE DE L'EAU

On fait intervenir l'influence de la congélation de l'eau qui dilate le volume de cette eau avec une puissance considérable : de l'ordre de 433 à 574 atmosphères par centimètre carré. La température de congélation s'abaissant quand la pression augmente (environ 1 degré centigrade pour 130 atmosphères).

A cet effet, on commence par limiter le contour de la pièce de roche à débiter avec une série de trous au fleuret (archet ou vilebrequin). On remplit ces trous dans la roche en place avec de l'eau et l'on obture le haut du trou par un tampon de bois enfoncé à force. Cette opération est faite le soir. Le froid de la nuit détermine l'expansion de la glace et l'éclatement de la roche. Ce procédé a été employé encore au siècle dernier en Russie pour les marbres statuaires et au Massachusetts pour le granit. Naturellement, ce mode d'exploitation est lié au climat et n'est utilisable qu'en certains cas bien précis.

TRAVAIL AU FEU

Pour les roches les plus récalcitrantes, les mineurs ont, de toute antiquité, eu recours à l'emploi du feu. On retrouve partout les traces de ce mode d'exploitation, et Diodore de Sicile le décrivait déjà en ces termes : Quand la terre qui contient l'or se trouve trop dure, on l'amollit d'abord avec le feu, après quoi on la rompt à grands coups de pic ou d'instruments de fer.

On sait que la chaleur étonne les roches. Le mécanisme de cette action très puissante est facile à comprendre. Celles-ci sont souvent formées par l'agglomération de minéraux dont les coefficients de dilatation peuvent être différents les uns des autres, ce qui les oblige, sous l'influence du feu, à des disjonctions mutuelles. La différence est faible, sans doute ; mais la sphère d'action des forces moléculaires l'est encore davantage ; et celle-ci une fois dépassée, la ténacité se trouve rompue sans retour.

En second lieu, le défaut de conductibilité, au moment de réchauffement, ou lors du refroidissement, que l'on peut rendre très brusque par l'aspersion d'eau, provoque des retraits inégaux et des fendillements dans la masse. On a employé ce procédé pour ouvrir une route au Yellowstone à travers une roche d'obsidienne, calcinant la masse et y projetant de l'eau. Les naturels de Sierra Leone attaquaient encore au siècle dernier le granit par le feu avec affusion d'eau froide.

Enfin, il peut arriver que la matière perde, sous l'influence d'une haute température, certains principes constitutifs, tels que l'eau d'hydratation, un excès de soufre dans les pyrites, l'acide carbonique des calcaires changés en chaux vive que l'eau réduit ensuite en pâte délayable. De là des changements moléculaires profonds, qui peuvent être accompagnés d'une transformation de la ténacité, de telle sorte que la roche, d'abord inattaquable, devienne relativement friable et se laisse démolir au pic.

Dans les mines profondes du Harz, on employait dans les derniers siècles, pour le travail régulier par le feu, des bûchers dressés le long de la paroi (fig. m). On les allumait les samedis soirs, au moment de la sortie des hommes. Ceux-ci rentraient le lundi matin pour la semaine, achevaient d'éteindre les feux, dépeçaient la roche et préparaient les chantiers de la série suivante. Le mercredi ou le jeudi, on exécutait une série de torréfactions secondaires, pour compléter la première sur les points où elle avait imparfaitement réussi.

On a employé également des espèces de rôtissoires en tôle, dirigeant la flamme vers la paroi au moyen de troncs de pyramides ouverts à l'avant, et formant un gril, sur lequel on chargeait le bois avec de longues fourches.

Ce moyen primitif a été perfectionné dans l'appareil Hugon (fig. l), qui a été employé à la mine des Challanches (Oisans). Il consistait en un fourneau mobile sur rails et alimenté par un petit ventilateur, de manière à pouvoir concentrer une action calorique intense sur un point donné.

Tous ces procédés ont aujourd'hui perdu leur raison d'être et ont complètement disparu.

TRANSPORTS UTILISÉS AUTREFOIS PAR LES CARRIERS ET EXPLOITANTS DE CARRIÈRES DE PIERRES (grès, calcaires, granit, etc.)

A) Sur terre

Après l'abattage des blocs comme nous avons vu, que la carrière soit en galerie ou en surface, les blocs étaient hissés par des plans inclinés formés de bastaings de bois sur des fardiers de bois, ou chariots très robustes formés d'un robuste plateau horizontal reposant sur quatre roues en bois plein, constituées par un assemblage de petites sections de poutres en croix. A une extrémité du plateau rectangulaire (fig. n) de bois se trouvait un treuil à chaînes et cliquets permettant de tracter les blocs un à un, en passant une chaîne autour de chaque bloc. Les barres appelées triollons étant replacées sur le plan incliné entre le plateau et le front de taille de la carrière, sous chaque bloc. A l'autre extrémité du plateau de fardier des timons permettaient l'attelage en file d'un ou plusieurs chevaux de trait. Dans les fardiers récents, les roues étaient en fonte pleine.

B) Sur eau

Le long des rivières par halage à la main ou avec des chevaux, d'une péniche, dont le chargement était réalisé par plan incliné, chaînes et rouleaux. Un jalon de berge aidait parfois la manoeuvre.

Ces deux méthodes ont été employées couramment en Europe jusque vers 1920. Citons pour mémoire, que le transport de grands monolithes nécessitait un appareillage spécial (Par exemple, voir sous l'Obélisque place de la Concorde à Paris, les gravures relatives à son transport).

Guy Thieux

NOTES SUR L'HYDROLOGIE ET LES PHÉNOMÈNES KARSTIQUES DANS LA RÉGION DE GUISE

De la nappe phréatique dans la région de Guise, jaillissent de nombreuses sources telles au N.-O. du bois de Riquerral, la fontaine du Colombier, la fontaine Avilé ; dans le bois des Erulies, la fontaine-au-bac, au nord, la fontaine- au-savon, et la fontaine-aux-crapauds, au sud ; au nord de la forêt d'Audigny, la fontaine-aux- grès, au sud, la fontaine-Miracle, au Mépois, la fontaine-ma-mère, etc.

Les ruisselets qui s'échappent de toutes ces fontaines n'ont pas une longue existence. Après un court trajet sur l'argile dite de Clary, ils disparaissent dans la craie par des dolines ou dépressions plus ou moins profondes, circulaires ou ovales dont le diamètre peut atteindre 100 mètres. Par exemple, un chapelet de ces dolines occupe le fond du grand vallon qui part du sud de la forêt d'Audigny et débouche sur la rive droite de la vallée des Blancs-Fossés entre la laie Sommière et la route de la Ronde-Fosse, tout spécialement dans la partie entre le chemin de fer du Cateau à Guise et le sentier de Wassigny à Mennevret. L'Engloutoir est une de ces dolines dans laquelle disparait le ruisselet qui sort de la fontaine-ma-mère, à la tête de la vallée des Blancs-Fossés.

BIBLIOGRAPHIE

  • Cartes géologiques au 1 /320.000e de Mézières Feuille 19
  • Cartes géologiques au 1/320.000e de Metz Feuille 14
  • Cartes géologiques au 1/80.000e de Cambrai Feuille 13
  • Cartes géologiques au 1/80.000e de Rocroi Feuille 14

Ces cartes indiquent les :

  • — grès coblenciens à Anor, à Vireux, le long de la vallée de l'Oise ;
  • — grès farmenniens à Maubeuge, Jeumont, Cousolre ;
  • — grès coblenciens à Montigny-sur-Meuse, Nouzon, Fourmies ;
  • — grès des Ardennes jusqu'à l'ouest d'Hirson.

LIVRES

  • Terrains Tertiaires, par J. Gosselet.
  • — d'Archiac : Description géologique du Département de l'Aisne, (Mémoires Soc. Géol. de France, t. V, pp. 173, 174, 1843).
  • Révision de la feuille de Cambrai ; Campagne 1920, Bull. Cte Gle de France N° 143, t. XXV, p. 87; 1922.
  • Bulletin des services de la Carte Générale de la France et des topographies souterraines, N° 225, t. XLVII; 1948.
  • — Jean L.F. Tricart : La partie orientale du Bassin de Paris, t. I : Genèse du Bassin, 1949, Ed. Sedas.
  • — Nicolas Théabald : Stratigraphie du Trias Moyen dans le Sud-Ouest de l'Allemagne et le N-E de la France, 1952, Publication de la Sarre.
  • — Abrard R. : Géologie de la France, 1948, Payot.
  • — Haton de la Goupillière, J. de Berc : Cours d'Exploitation des mines, 1905, Dunod.

PROPRIÉTÉS DES ÉCHANTILLONS ESSAYÉS

DÉSIGNATION Densité Résistance à la rupture par compression (kg/cm²) Résultats de l'essai d'usure
Coefficient de qualité 400/u déduit de l'essai sur pierre cassée Usure en cm. après 4.000 tours de meule saupoudrée de sable (appareil Dorry)
Grès des carrières Daffe, à Joncref (Belgique), grès à ciment feltspathique 2.568 2.180 20,8 0,95
Grès de Floreffe (Belgique), grès quartzeux 2.585 à 2.610 2.340 à 2.785 20,5 (20,1 à 21,0) 0,61 à 0,68
Grès de Chooz (Ardennes), grès quartzeux 2.732 2.632 20,0 -
Grès de Montigny-sur-Meuse (Ardennes), grès quartzeux 2.660 2.236 19,3 0,68
Grès calcarifère du Lauzet (Basses-Alpes) 2.660 2.010 18,5 -
Grès de Vireux-Molhain (Ardennes), grès quartzeux 2.695 1.536 à 2.646 18,2 0,91
Grès du Val-de-Maizet (Calvados), grès quartzeux d'aspect schisteux 2.756 2.358 17,9 (15,9 à 19,5) -
Grès calcarifère de Cambo-les-Bains (Basses-Pyrénées) 2.725 2.677 17,2 (15,5 à 20,1) -
Grès siliceux de la carrière des Maréchaux (Seine-et-Oise), type grès de l'Yvette, 1er choix 2.473 à 2.554 2.214 à 2.715 17,3 0,80
Grès d'Anor (Nord), grès quartzeux 2.448 à 2.528 1.703 à 2.134 17,0 (16,4 à 17,1) 0,76 à 0,85
Grès d'Olloy (Belgique), grès quartzeux 2.750 2.700 16,9 1,03
Grès de Beugin et de La Comté (Pas-de-Calais), grès quartzeux 2.453 à 2.550 1.766 à 2.243 16,9 (14,0 à 19,2) 0,81 à 1,18
Grès de Permes-en-Arfois (Pas-de-Calais), grès quartzeux 2.680 1.920 à 2.385 15,8 0,81 à 1,10
Grès de Rieudotte (Belgique), grès quartzeux 2.508 1.694 15,8 0,99
Grès de Pléhérel (Côtes-du-Nord), grès quartzeux 2.625 à 2.650 1.629 à 3.195 15,5 (14,7 à 16,2) 0,44 à 0,50
Grès calcarifère des environs de Briançon (Hautes-Alpes) - - 14,6 (13,4 à 15,7) -
Grès d'Etavaux (Calvados), grès quartzeux - - 14,0 (12,8 à 14,5) -
Grès de la vallée du Coney, à Haufmougey (Vosges), grès métamorphique 2.460 1.520 13,0 0,79
Grès de Bidarray (Basses-Pyrénées), grès quartzeux argilifère 2.564 2.445 11,7 -
Grès calcarifère de Taklicht (Algérie) - - 8,7 -
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