Les terres cuites architecturales médiévales

Les terres cuites architecturales médiévales

2Cette problématique avait été engagée dès 2003 dans le cadre d’une prospection thématique Approches des productions de terres cuites architecturales dans l’Yonne du Moyen Âge à la révolution industrielle, Ve-XIXe siècle (2003-2004) sous la direction de Sylvain Aumard. Dans la continuité de ces travaux, concernant plus spécifiquement les tuiles médiévales, nous avons pu démontrer, sur le corpus choisi, que la typologie établie à partir de critères morphologiques pouvait trouver une réponse lors de l’analyse pétrographique des pâtes – cathédrales d’Auxerre, de Sens, église de Noyers, abbaye de Pontigny… Outre l’observation macroscopique, qui permet déjà de révéler la nature de la cuisson (oxydante ou réductrice) et la nature de certains constituants, l’étude a été réalisée au microscope photonique polarisant. Cette échelle d’observation a permis de mettre en évidence ou de préciser la nature de certains composants que sont les dégraissants ajoutés (sable ou chamotte) ou les inclusions minérales présentes naturellement dans les argiles (quartz et/ou feldspaths). Mais c’est surtout les critères de forme qui paraissent caractéristiques de certaines productions ; ainsi, les effets de feuilletages, souvent soulignés par la disposition des minéraux, semblent être un indice d’origine anthropique, puisque sans doute issus de la préparation avant cuisson – pressage de l’argile dans le moule. Certaines productions vont d’ailleurs se caractériser par l’absence de ces formes.

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Fig 1 – Lame mince réalisée sur une tuile de l’église de Noyers-sur-Serein (éch. NOY36 – Tuile type A7 – Lumière naturelle). Texture rubanée soulignée par la disposition des oxydes et des éléments de chamottes ajoutés.

3Il a été également envisagé d’établir un lien entre les produits finis et les centres de production probables. Pour ce faire, différentes approches ont été engagées. Plusieurs analyses archéométriques ont été ainsi produites sur une partie du corpus. Outre les analyses par thermoluminescence ou archéomagnétisme, qui ont permis de dater certains lots et ainsi d’en conforter l’homogénéité pressentie, beaucoup d’espoir ont été placés dans la diffraction X et la fluorescence X. Pour le moment, cette entreprise, longue à mettre en œuvre, n’a été réalisée que sur un nombre réduit d’individus. Pourtant, ces analyses permettent d’ores et déjà de conforter les typologies évoquées, voire d’envisager des rapprochements entre différents sites. Mais le nombre réduit d’analyses, et surtout le manque d’études comparatives sur des argiles prélevées en contexte naturel, ne permet pas d’établir de lien direct avec des argilières et donc de situer clairement les zones de production. L’autre démarche, conjointe à la précédente, consistait à compulser la documentation concernant le sujet, qu’ils s’agisse des sources écrites anciennes ou de la documentation géologique – cartes géologiques, analyses réalisées sur les argiles naturelles, etc. Si ces approches couplées ont pu permettre de situer certains centres de production potentiels, elles ont surtout permis de mettre en évidence que les tuiles sont des produits, sans doute, largement composites, pouvant associer plusieurs argiles et qui sont très souvent l’objet d’ajouts (sable ou chamotte), « masquant » à l’analyse la nature des matériaux originels utilisés pour leur confection.

4Ces travaux ont participé à appuyer la demande du Centre d’études médiévales d’Auxerre et permis d’obtenir un financement PNRC sur deux ans (2008-2010) . Celui-ci permettra de réaliser datations et analyses de pâte sur l’ensemble du corpus récolté dans la vallée de l’Yonne (environ 1 000 échantillons).

5Le problème de la datation des terres cuites architecturales a été également abordé au sein du GDR européen Terres cuites architecturales et nouvelles méthodes de datation. Si les objets étudiés dans ce cadre n’ont pas fait l’objet d’analyse pétrographique, c’est surtout l’étude du bâti associé à ces productions, mais aussi l’analyse des mortiers qui ont motivé notre participation (cf. infra) .

Stéphane Büttner, « Matériaux et constructions. Sciences et techniques des matériaux, de la carrière à la mise en œuvre : bilan et perspectives », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre [En ligne], 12 | 2008, mis en ligne le 27 août 2009, Consulté le 04 décembre 2009. URL : http://cem.revues.org/index6722.html

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