Isabelle de Villena

Isabelle de Villena (Isabel de Villena) naquit, sûrement à Valence (Espagne), en 1430. C'était la fille naturelle d'Henri de Villena, prince catalan de la maison de Barcelone. Isabelle fut baptisée sous le nom d’Elionor Manuel et elle fut élevée à la cour de Marie de Castille, femme d'Alphonse V d'Aragon, dit le Magnanime. En 1445 elle prononça ses vœux au couvent de la Très Sainte Trinité des Clarisses de Valence, dont elle devint abbesse en 1463.

Sœur Isabelle sut gagner une réputation de sainteté et réunit autour d'elle un cercle important d'écrivains qui admiraient sa hauteur intellectuelle. Elle est la première femme de lettres de la littérature catalane dont le nom est connu. Elle appartint au Siècle d'Or catalan, dont elle fut une représentante éminente. Elle mourut dans le couvent même où elle passa quarante-cinq ans de sa vie, victime d'une épidémie qui ravagea Valence en 1490, l'année même de la sortie de Tirant le Blanc des presses de l'imprimeur Nicolas Spindeler.

La seule œuvre que l'on a conservé d'elle est Vita Christi, publiée à Valence en 1497 par l'abbesse qui lui succéda.

Vita Christi 

Comme son titre latin l'indique, il s'agit d'une vie de Jésus-Christ, écrite dans le but d'instruire les religieuses de son couvent. Son originalité tient à la façon dont l'auteur est capable d'y verser sa prodigieuse imagination et d'y exprimer son point de vue féminin. De sorte que ce qui devait être une vie du Christ se transforme dans ses mains en une vie de la Vierge Marie : le livre commence par la naissance de la Vierge et se termine par son assomption au Ciel.

La simplicité du style 

Ce qui est le plus remarquable dans le style d'Isabelle de Villena, c'est l'emploi d'une langue très simple. Elle évite volontairement les mots savants et les artifices littéraires, recherchant le naturel et l'intelligibilité pour le public auquel elle destinait son œuvre.

Elle oppose les scènes domestiques empreintes de simplicité à la pompe et à la solennité du cérémonial céleste, qu'elle prend plaisir à décrire, savourant la richesse des tissus, des joyaux, des mets et du décor.

On doit noter également sa maîtrise de l'amplification : elle fait preuve en effet d'une habileté rare en rédigeant des chapitres entiers de son livre à partir d'un seul verset de l'Évangile, brodant ensuite des développements grâce à sa prodigieuse imagination.

Œuvre féminine ou œuvre féministe?

La féminité est un choix délibéré d'Isabelle de Villena ; cette sensibilité féminine apparaît à chaque page :

  • Les véritables protagonistes du livre sont des femmes.
  • On y relève des détails attribués traditionnellement à l'émotivité du caractère féminin : le goût pour l'emploi des diminutifs et des hypocoristiques, la glorification de la maternité et la tendresse envers les enfants, la véhémence pour exprimer la douleur, le goût pour la vie domestique, la complicité et l'intimité entre femmes.
  • La coquetterie qui se manifeste dans la description de la pompe et du luxe.

Toutefois ce qui a suscité le plus de débats c'est de savoir si sœur Isabelle a écrit une œuvre non seulement « féminine », mais « féministe » de surcroît. Il est très délicat de considérer féministe une femme ayant vécu au XVe siècle, mais il semble évident que son ouvrage est une réponse à la misogynie qui imprègne toute la littérature médiévale. Jaume Roig, l'auteur d’Espill, le livre le plus misogyne de la littérature de langue catalane, avait des liens étroits avec le couvent de la Trinité, dont il était le médecin. Sœur Isabelle devait forcément connaître cet ouvrage sulfureux et la tradition qu'il prétendait perpétuer, et elle écrivit son Vita Christi comme une réponse à l’Espill, mettant bien en évidence les qualités féminines et démontrant la perfidie des accusations portées contre les femmes :

  • Les misogynes affirment que la femme est volage ? : sœur Isabelle montre des hommes volages et des femmes fidèles.
  • Les sexistes mettent en rapport la gent féminine et le diable, et citent de mauvaises femmes ? : sœur Isabelle considère que la femme est sainte, et elle présente une kyrielle d'honnêtes femmes.
  • Elle signale tout au long de son livre que Jésus préféra le sexe dit faible.
  • Elle fait remarquer que le Christ lui-même condamne explicitement la misogynie et les misogynes.

Si nous entendons par féminisme la défense de la femme, il ne fait guère de doute qu'Isabelle de Villena peut être considérée comme une féministe avant la lettre.

Références 

Femmes dans la Vie du Christ, Soeur Isabelle de Villena, traduction Patrick Gifreu, Éditions de la Merci, Perpignan, 2008. ISBN 978-2-9531917-1-4. editions.lamerci@orange.fr

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