Jean Renart

Jean Renart est un écrivain français de la fin du XIIe siècle et de la première partie du XIIIe siècle.

Sa vie est mal connue. Originaire de l’Oise et de formation cléricale, il a peut-être été ménestrel. Il ne signe clairement qu’un texte de son nom : le Lai de l'ombre. Mais au début de ce poème, il fait une allusion explicite à un autre texte en vers, un roman, l'Escoufle ; et des similitudes d’intrigue, des critères stylistiques, ainsi qu’un anagramme, permettent de lui attribuer de façon sûre le Roman de la Rose ou Guillaume de Dole.

Jean Renart évolue dans un milieu de grands seigneurs : l’Escoufle est envoyé à un comte de Hainaut, ce qui permet de la dater vers 1200-1202[1] ; le Lai de l’ombre est dédicacé à un évêque non précisé ; le Roman de la Rose ou Guillaume de Dole est dédicacé à Milon de Nanteuil, évêque de Beauvais[2].

On a attribué à Jean Renart d’autres textes anonymes de la même époque : un roman, Galeran de Bretagne, dont l'auteur qui se désigne comme « Renaut » s’inspire visiblement de Jean Renart ; un fabliau, Auberée ; un lai : le Lai d’ignauré (ou Ignaurès) ou Lai du prisonnier, dont l’auteur signe Renaut (peut-être Renaut de Beaujeu) ; des débats, Débat de Renart et de Plaudoue, Du Plait de Renart de Dammartin contre Vairon son roncin, mais à chaque fois sans éléments vraiment probants.

La question de l’audience réelle de Jean Renart à son époque reste posée : en effet l’Escoufle n’est conservé que dans un manuscrit, tout comme le Roman de la Rose ; le Lai de l’ombre est connu par sept manuscrits, six du XIIIe siècle et un du XIVe siècle.

Œuvre

  • L’Escoufle, un roman de 9102 vers, traite le thème des amours contrariées par un père, mêlé au thème de l'oiseau (un escoufle, c'est-à-dire un milan) voleur d'un objet précieux (un anneau, gage d'amour) : Guillaume de Montivilliers est promis à Aelis, fille de l’empereur de Rome, dont son père est conseiller. À la mort du père de Guillaume, l’empereur revient sur sa promesse, et les deux jeunes gens s’enfuient vers la France. Aelis a donné à Guillaume une aumônière contenant un anneau. Un escoufle s’en empare. Guillaume part à la poursuite de l’oiseau ; les amants sont longtemps séparés et se retrouvent après de multiples péripéties.
  • Le Lai de l'ombre est une nouvelle courtoise de 962 vers : un chevalier est amoureux d'une dame qui lui résiste et refuse l'anneau qu'il lui offre ; il déclare alors qu’il va en faire présent à l’objet qu’il aime le plus après sa dame : il jette l'anneau dans un puits pour l'offrir à l'image (l'ombre) de la dame reflétée par l'eau ; la dame séduite par tant de raffinement lui accorde son amour.
  • Le Roman de la Rose a reçu comme titre postérieurement Guillaume de Dole, d’après un des héros du roman, pour éviter la confusion avec celui de Guillaume de Lorris et de Jean de Meun. L’histoire repose sur le thème de la chasteté d'une femme, chasteté mise à l'épreuve par un traître qui produit une preuve trompeuse . L’empereur Conrad tombe amoureux sans l’avoir vue, grâce à une chanson de trouvère, de Liénor, sœur de Guillaume de Dole. Il invite le frère à sa cour, où celui-ci s’illustre dans un tournoi. Le sénéchal de l’empereur, jaloux du nouveau venu, se rend à Dole et obtient par ruse de la mère de Liénor un détail intime sur la jeune fille (elle a sur la cuisse une tache de naissance en forme de rose). Le sénéchal peut alors prétendre devant l’empereur qu’elle s’est donnée à lui. Liénor décide de démasquer l’imposteur : elle lui fait envoyer, de la part d’une autre femme que le sénéchal a courtisée en vain, une aumônière contenant un anneau, une broche et une ceinture ; puis se rend à la cour de l’empereur, prétend que le sénéchal l’a violée et lui a volé les objets qu’elle lui a fait remettre. Le sénéchal jure n’avoir jamais vu cette jeune fille : Liénor dévoile alors le détail de la rose, confond le sénéchal qu’on oblige à se croiser, et épouse l’empereur. Dans ce texte, par ses allusions à des faits contemporains, en éliminant les éléments merveilleux propres à la tradition bretonne, Jean Renart manifeste un souci d'actualisation qui oriente le roman dans la voie du réalisme ; Renart est aussi le premier auteur à insérer des intermèdes lyriques chantés qui viennent ponctuer et commenter l’action, un procédé qui sera repris par d'autres auteurs.


Éditions

  • Jean Renart, L'Escoufle, roman d'aventure. Nouvelle éd. d'après le manuscrit 6565 de la Bibliothèque de l'Arsenal par Franklin Sweetser, Genève, Droz, 1974 (Textes littéraires français, 211)
  • Jean Renart, L'escoufle, roman d'aventure. Traduction en français moderne par Alexandre Micha, Paris, Champion, 1992 (Traductions des Classiques français du Moyen Âge, 48).
  • Jean Renart, Le roman de la rose ou de Guillaume de Dole, éd. Rita Lejeune, Paris, Droz, 1936.
  • Jean Renart, Le roman de la rose ou de Guillaume de Dole, éd. Félix Lecoy, Paris, Champion, 1962 (Classiques français du Moyen Âge, 91).
  • Jean Renart, Guillaume de Dole ou le Roman de la rose, roman courtois du XIIIe siècle, traduit en français moderne par Jean Dufournet, Jacques Kooijman, René Ménage et Christine Tronc, Paris, Champion, 1988 (Traductions des Classiques français du Moyen Âge, 27).
  • Jean Renart, Lai de l'ombre, éd. Félix Lecoy, Paris, Champion, 1979 (Classiques français du Moyen Âge, 104)

Bibliographie

  • Rita Lejeune, L’œuvre de Jean Renart, Liège, Paris, Droz, 1935.
  • Michel Zink, Roman rose et rose rouge: le « Roman de la rose ou de Guillaume de Dole » de Jean Renart, Paris, Nizet, 1979
  • Nancy Vine Durling, éd., Jean Renart and the Art of Romance: Essays on Guillaume de Dole, Gainesville, University Press of Florida, 1997.
  • Sylvie Lefèvre, « Jean Renart », dans Robert Bossuat, Louis Pichard et Guy Raynaud de Lage (dir.), Dictionnaire des lettres françaises, t. 1 : Moyen Âge, éd. entièrement revue et mise à jour sous la dir. de Geneviève Hasenohr et Michel Zink, Paris, Fayard, 1994, p. 838-841.

Notes

  1. Baudouin VI de Hainaut part pour la croisade en 1202 et y meurt ; jusqu’en 1246, il n’y a plus de comte de Hainaut.
  2. Il est évêque élu en 1217, consacré en 1222 à son retour de croisade, et mort en 1234. Les spécialistes datent ce roman soit de 1208-1210 (Rita Lejeune, éd. de 1936), soit de 1228 (Félix Lecoy, éd. de 1962).
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