Les verreries

Parmi les anciennes industries locales, la verrerie tient une place à part, non seulement par sa permanence du IIIème au XXème Siècle -quoique avec une incertitude au haut Moyen Age, mais aussi par l'empreinte qu'elle a laissée, le coté spectaculaire de ses techniques et le souvenir encore vivant de sa récente disparition.

Le verrier du Moyen Age, installant sa hutte en pleine forêt, trouvait sur place, en plus du combustible, à peu près tout ce qui lui était nécessaire : minéraux siliceux (sables divers, grès) et fondants (calcaires, potasse des cendres végétales) entrant dans la composition du verre, et aussi gaize (dite "pierre morte") pour édifier son four, argile pour le maçonner et modeler les creusets (ou "pots") où l'on fondait le verre. Il tirait de la forêt une partie de sa subsistance (gibier, poissons, fruits divers) et de celle de son bétail (glandée, paisson). Un complément d'activité agricole lui était cependant nécessaire (céréales, fourrage) sur les "essarts" qui lui étaient accordés, de sorte que le four s'éteignait d'avril à septembre, période des travaux des champs.

Souffler le verre est, du moins à partir du XVème siècle, un privilège de noblesse. C'est même le seul métier manuel qu'un noble puisse exercer sans "déroger". Cette situation fait des "gentilshommes verriers" dédaignés par les autres nobles et jalousés par les roturiers, une classe à part. Fiers de leur titre, ils ne s'allient guère qu'entre eux, et leurs mariages sont presque toujours des contrats d'association. Peu feront fortune : le marché est fluctuant, et le verrier n'a pas de réputation de fourmi. S'il travaille dur, il aime aussi prendre du bon temps, sans trop se soucier de l'avenir. Il sait pourtant s'adapter à la demande, en changeant de fabrication : gobeleterie, vitrage ou flaconnage. Il se déplace facilement, parfois à l'étranger, et suit le progrès technique.

Le four renferme sous sa voûte deux ou quatre "pots", rarement six ou huit, dont la contenance varie suivant les fabrications, d'une dizaine de litres (époque Gallo-Romaine) à plusieurs centaines (XIXème siècle).

Face à chacun, une étroite ouverture, "l'ouvreau", permet de "cueillir" le verre à l'aide d'une "canne", comme un enfant le ferait d'une bulle de savon.

Le "tisseur" alimente toute la nuit le foyer pour obtenir la fusion des composants (1100°C) et au petit matin, il laisse la température redescendre à 900°C, le verre se travaillant à l'état pâteux. Réveillé par le cri "Messieurs les verriers, à l'ouvreau", le souffleur peut se mettre au travail, secondé par ses aides : cueilleur, platisseur, trancheur, grand garçon, gamin, car la division des tâches existe déjà. Le soir, le "fondeur" remplit les pots vides, et le cycle recommence.

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