Famines et disettes au Moyen âge

 

Dessin de Galland (début 20° siècle)

La famine estprésente de manière lancinante dans les chroniques du haut Moyen âge ; après une éclipse, elle reparaît à la fin du XIIIème siècle et se manifeste de nouveau avec régularité, et sur une étendue géographique large pendant le XIVème siècle et au début du XVème siècle.

Troisième des chevaliers de l’Apocalypse, elle représente les terribles caractéristiques qu’elle a dans le monde contemporain : ventres gonflés, alimentation d’urgence, consommation de terre, cannibalisme. Elle n’est pourtant due qu’à de simples accidents climatiques, à une série de mauvaises récoltes, et à l’insuffisance des capacités de stockage.

Les rivages des mers intérieures (Méditerranée, Baltique), faciles à ravitailler, sont donc généralement épargnés ; la bonne organisation des cités-Etats, la rapidité, la souplesse des annones communales garantissent l’approvisionnement, mais il coûte cher et conduit à l’endettement des villes.

La famine permet en revanche de bonnes affaires pour les spéculateurs, producteurs et transporteurs. Le retour de la cherté des grains et de la faim vers 1280 est l’indice de la baisse de la productivité, de la paupérisation liée au nanisme rural et à la lourdeur du prélèvement.

La famine de 1315 est le premier signe des difficultés du XIVème siècle, mais, en opposition à la théorie malthusienne, la faim n’est pas enrayée par la décroissance brutale de la population : appuyée par le mauvais temps et par le désordre de la guerre, la famine serpente dans les décennies 1360 et 1370, vers 1400 et surtout entre 1415 et 1420, et vers 1430, et ne s’éteint pas.

Henri Bresc, dictionnaire du Moyen âge, puf.

De multiples famines ont touché l’Europe au Moyen âge. Les historiens en ont recensé 95 en Angleterre et 75 en France, durant tout le Moyen Âge.

Les effets de la guerre

La guerre a des conséquences dramatiques : désorganisation de l’économie (de la production comme des réseaux de distribution), destruction des récoltes et des habitations, pillages et violences. L’absence des seigneurs, enrôlés dans des actions militaires, désorganise les seigneuries et prive les paysans de leur défenseur attitré. La production agricole, vitale pour nourrir les villes, connaît des difficultés. La fiscalité royale augmente considérablement et de façon dramatique pour des populations appauvries, mais obligées de participer à l’effort de guerre. Les investissements productifs périclitent au profit des investissements non productifs (armes et ouvrages de défense).

 Ve siècle 

Un grande famine ouest européenne est signalée à la fin de l'Empire romain et au début du Moyen Âge.

VIe siècle  

En 585, Grégoire de Tours note pour l'ensemble de la Gaule, qu' « il y eut cette année une grave famine dans toute la Gaule… Il y en beaucoup qui, n'ayant pas du tout de farine, mangeaient des herbes et mouraient parce qu'ils enflaient».

VIIe siècle  

Vers l'an 650, sous le règne de Clovis II. Dans une famine, Saint Landri distribua aux pauvres tout ce qu'il possédait, fit fondre, pour les assister, jusqu'aux vases sacrés de l'Eglise.

VIIIe siècle  

Une famine espagnole est signalée dans les années 750.

IXe siècle  

Xème siècle  

Au cours des années 941-942 prend place une des premières grosses famines médiévales d'Europe occidentale.

XIème siècle  

Au XIe siècle, plusieurs famines sont signalées en Europe. Il y aurait eu une famine anglaise et européenne en 1005, une grande famine européenne en 1016, une aussi en 1032-1033, une autre en 1066.

Vers 1033, le lettré Raoul Glaber a laissé un témoignage écrit de la famine qui a sévi en Bourgogne

XIIe et XIIIe siècle  

Le XIIe siècle et le XIIIe siècle paraissent plutôt favorisés du point de vue climatique si on regarde superficiellement. Le beau temps a prédominé, surtout durant ce que les historiens appellent le « Beau XIIIe siècle ». Cependant, les famines, dues à la variabilité du climat et à une agriculture encore archaïque ne disparaissent pas pour autant. On peut citer par exemple l'année.

1146, suivie d'une double décennie pluvieuse années 1150 et années 1160, année 1146 pluvieuse, beaucoup trop arrosée pour le blé (ou froment), céréale originaire du Moyen Orient aimant la chaleur. De mauvaises récoltes de blé, corrélatives, prennent place au moment de la moisson, et une famine s'ensuit. De même, on observe une autre famine du même type en 1151-1152.

Les années 1190 sont elles aussi très pluvieuses avec une grande famine en 1195-1197.

On remarque qu'au XIIème les famines de pluie prédominent et que les années chaudes sont plutôt de bonnes années.

Au XIIIème siècle, il y a très peu « d'années pourries », pas trop néfastes pour les récoltes. Cependant, le soleil y est parfois si excessif que les récoltes sont détruites par échaudage et sécheresse, comme l'année 1236.

Toutefois, les XIIème siècle et XIIIème siècle sont assez souvent favorables aux récoltes.

XIVe et XVe siècle  

Les famines que connait l'Occident à la fin du Moyen Âge résultent d'une crise structurelle bien étudiée. Elles peuvent résulter des crises de cherté, le plus souvent dues à de mauvaises récoltes, des troubles politiques ou guerriers, ou encore de désorganisation de l'économie due à la peste noire, souvent d'une combinaison de tous ces facteurs.

De 1314 à 1317, sur une période qui coïncide avec le cours règne de Louis X de France, on a par exemple une série d'années froides et pluvieuses caractéristiques, qui culmine avec la famine de pluie de 1315, récoltes inférieures de jusqu'à 50% à l'année commune, une des plus importantes du dernier millénaire (entre 5 et 10% au moins de la population française est passé de vie à trépas), la population meurt de faim ou d'épidémie corrélatives, qui fleurissent sur la faim. C'est une famine climatique pure en ce sens qu'il n'y pas de problèmes politiques ou guerriers majeurs en cet an 1315. Cette période de disette a été marquée par une forte recrudescence de la criminalité, des maladies de toutes sortes, d’infanticide et même de cannibalisme dans certaines régions.

De l’année 1315 à l’année 1322, une famine catastrophique connue sous le nom de " Grande Famine " avait sévi dans le Nord de l’Europe. Les maigres réserves de nourriture et la flambée des prix avaient fragilisé la vie des populations avant l’arrivée de la peste. Le blé, l’avoine, les fourrages et toutes les autres denrées alimentaires étaient en stocks réduits et cela entraînait des famines à répétition et une malnutrition généralisée. Cela eut aussi pour conséquences une chute des capacités immunitaires et une augmentation de la vulnérabilité humaine à tous types d’épidémies. Le monde entra alors dans un cercle vicieux : les famines décimèrent les populations qui produisirent moins, entraînant une flambée des prix accentuant les pénuries et multipliant les famines qui à leur tour… Les famines " s’auto-alimentaient ", dévastant des régions telles les Flandres, et avec des hécatombes bien pires que la peste ne le ferait par la suite.

Les années 1340 sont aussi très intéressantes, en cela que ce sont celles de la peste Noire de 1348. C'est une décennie très pluvieuse et froide, il y a déficit des grains et (petite par rapport à 1315) famine corrélative dès 1342-1343, due à des pluies diluviennes. Quand à l'année de la peste elle-même, elle marque la fin d'une période très pluvieuse et froide. Les historiens du climat ne se sont pas encore mis d'accord à son sujet, bien que certains tiennent pour certains que la peste a été favorisée par le climat.

En 1347, une nouvelle famine s’abat sur l’Europe, et la peste va exercer ses ravages à partir de 1348 sur une population affaiblie. La peur et l’ignorance poussent les hommes à chercher des boucs émissaires et à se venger sur eux de ce fléau : les pogroms contre les juifs se multiplient en 1348 dans toute l’Europe, notamment en Alsace, ainsi que les violences contre les lépreux.

Jusque vers 1380, diverses années sont déficitaires en grains en raison du climat froid et humide, citons notamment les famines bien avérées en 1351 et 1360 (échaudeuses par exceptions), en 1363-1364 (grand hiver), en 1369-1370 et une grande en 1374, due en partie à la désorganisation de l'économie après la peste, famines de pluies et de mauvais temps. Une mauvaise récolte aussi en 1382 génératrice de la Révolte des Maillotins. Le XIVe siècle est donc souvent marqué par des épisodes froids et pluvieux et les famines corrélatives, argument qui a permis de justifier, pour divers historiens, son appartenance au petit âge glaciaire.

XVème siècle

Une famine prend place en 1408 dans le Nord de la France due à un grand hiver. Puis on trouve un épisode d'échaudage en 1420, suivi d'un hiver 1420-1421 rude.

Après une période de bonnes récoltes (années 1420, début des années 1430), l'an 1432 faisant exception avec une famine d'hiver froid et d'été pourri, on arrive à l'an 1438, de nouveau un hiver froid et un printemps-été humide, qui cause une grande famine, aggravée par des combats franco-anglais de la Guerre de Cent Ans. 

1438. Selon des écrits, une famine se produisit en Suisse.

Finalement, viennent les années 1440, les années 1450, les années 1460, les années 1470, les années 1480, très bonnes pour les récoltes, qui laissent la place aux famines de pluies et de froidures de 1481, avant le premier XVIe siècle nettement radouci. Le XVe siècle est donc dans sa première partie plutôt froid et humide, propice aux famines, dans sa deuxième partie, plus doux et moins riche en famines.

Politiques d'assistance  

À l'époque de Louis X de France, les politiques d'assistances sont quasi inexistantes de la part de l'État Royal. Les villes, seules, se mobilisent pour lutter contre les famines, avec l'aide des ecclésiastiques. Les seules réaction du dit Roi se résument à une pendaison (le financier Enguerrand de Marigny, accusé de spéculation), à divers emprunts pour relever des finances alors en chute libre (mauvaises récoltes, cela veut aussi dire moins d'impôts en nature), serfs libérés contre espèces sonnantes et trébuchantes, encore une fois pour remplir les caisses… Autrement dit, aucune politique d'assistance proprement dites qui seront, en 1315, le seul faits des religieux. Plus tard, en 1351, Jean le Bon, confronté à une petite crise de subsistance, aurait pris les premières mesures étatiques. Louis XI, bien plus tard, en 1482 au plus fort de la crise frumentaire 1481-1482, interdit de constituer des stocks de céréales, et d'exporter hors du royaume. Il s'assure se créer une libre circulation des grains des zones peu ou pas sinistrés vers les zones les plus sinistrés. Cependant, les grandes mesures étatiques (aides aux importations, ventes de grains à prix coutant, ou même gratuitement aux frais de l'État, ne seront vraiment effectives que bien plus tard, à partir d'Henri IV de France puis sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Cela finira par générer ce que l'on appelle une imputation au politique c'est à dire une première politisation du climat (le Roi s'intéresse plus ou moins à régler les malheurs de ses sujets, et les sujets s'attendent donc à ce qu'il y réussisse, en cas d'échec, le Roi est vu comme responsable et non plus le climat, contre lequel on ne peut rien). Finalement, c'est cette politisation du climat qui sera partiellement responsable des évènements de 1788 et surtout 1789 voire de 1848, ce qui est loin d'être négligeable.

 

Sources et bibliographie 

  • Pierre Bonnassie, Les Cinquante mots clefs de l'histoire médiévale, Privat, Toulouse, 1981.
  • Emmanuel Leroy, Ladurie Histoire Humaine et Comparé du Climat, trois tomes, à partir de 2003
  • Pierre Alexandre, Le climat au Moyen Age , Paris, EHESS, 1987
  • J.Glénisson, "Une administration médiévale aux prises avec la disette. La question des blés dans les provinces italiennes de l'Etat pontifical en 1374-1375", Le Moyen âge, 1951. 
  • M-J.Larenaudie, "Les famines en languedoc aux XIV° et XV° siècles", Annales du midi, 1952. 
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Date de dernière mise à jour : 03/06/2012

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