Le rituel de l'adoubement

Des jeûnes austères, des nuits passées en prières avec un prêtre et des parrains dans des églises ou dans des chapelles, les sacrements de pénitence et d'eucharistie reçus avec dévotion, des bains qui figuraient la pureté nécessaire dans l'état de chevalerie, des habits blancs, pris à l'imitation des néophites, comme le symbole de cette même pureté, un aveu sincère de toutes les fautes de sa vie, une attention sérieuse à des sermons, où l'on expliquait les principaux articles de la foi et de la morale chrétienne, étaient les préliminaires de la cérémonie par laquelle le novice allait être ceint de l'épée de chevalerie. Après avoir rempli tous ces devoirs, il entrait dans une église, et s'avançait vers l'autel avec cette épée passée en écharpe à son cou ; il la présentait au prêtre célébrant, qui la bénissait et la remettait ensuite au col du novice. Celui-ci, dans un habillement très simple, allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds du seigneur ou de la dame qui devait l'armer. Cette scène auguste se passait dans une église ou dans une chapelle, et souvent aussi dans la salle ou dans la cour d'un palais, ou d'un château, ou même en pleine campagne. Le seigneur ou le chevalier à qui le novice présentait l'épée, recevait en même temps son serment, que l'on sera peut être bien aise de voir tel que les anciens auteurs nous l'ont conservé.

Ils promettaient,

  1. De craindre, de révérer et de servir Dieu religieusement, de combattre pour la foi de toutes leurs forces, et de mourir plutôt de mille morts, que de renoncer au christianisme ;
     
  2. De servir leur prince souverain fidèlement, et de combattre pour lui et pour la patrie très valeureusement ;
     
  3. De soutenir le bon droit des plus faibles, comme des veuves, des orphelins et des damoiselles en bonne querelle, en s'exposant pour eux selon que la nécessité le requerrait, pourvu que ce ne fut contre leur honneur propre, ou contre leur roi ou prince naturel ;
     
  4. Qu'ils n'offenseraient jamais aucune personne malicieusement, ni usurperaient le bien d'autrui, mais plutôt qu'ils combattraient contre ceux qui le feraient ;
     
  5. Que l'avarice, la récompense, le gain et le profit, ne les obligeraient à faire aucune action, mais la seule gloire et vertu ;
     
  6. Qu'ils combattront pour le bien et pour le profit de la chose publique ;
     
  7. Qu'ils tiendront et obéiront aux ordres de leurs généraux et capitaines, qui auront droit de leur commander ;
     
  8. Qu'ils garderont l'honneur, le rang et l'ordre de leurs compagnons, et qu'ils n'empiéterontrien par orgueil, ni par force sur aucun d'eux ;
     
  9. Qu'ils ne combattront jamais accompagnés contre un seul, et qu'ils finiront toutes fraudes et supercheries ;
     
  10. Qu'ils ne porteront qu'une épée, à moins qu'ils ne soient obligés de combattre contre deux ou plusieurs ;
     
  11. Que dans un tournoi ou autre combat à plaisance, ils ne se serviront jamais de la pointe de leurs épées ;
     
  12. Qu'étant pris en un tournoi prisonniers, ils seront obligés par leur foi et par leur honneur, d'exécuter de point en point les conditions de l'emprise, outre qu'ils seront obligés de rendre aux vainqueurs, leurs armes et leurs chevaux, s'ils les veulent avoir, et ne pourront combattre en guerre ni ailleurs sans leur congé ;
     
  13. Qu'ils doivent garder la foi inviolablement à tout le monde, et particulièrement à leurs compagnons soutenant leur honneur et profit entièrement en leur absence ;
     
  14. Qu'ils s'aimeront et s'honoreront les uns les autres, et se porteront aide et secours toutes les fois que l'occasion s'en présentera, et ne combattront jamais l'un contre l'autre, si ce n'est par méconnaissance ;
     
  15. Qu'ayant fait vœu ou promesse d'aller en quelque quête ou aventure étrange, ils ne quitteront jamais les armes, si ce n'est pour le repos de la nuit ;
     
  16. Qu'en la poursuite de leur quête ou aventure, ils n'éviteront pas les mauvais et périlleux passages, ni ne se détourneront du droit chemin, de peur de rencontrer des Chevaliers puissants, ou des monstres, bêtes sauvages, ou autre empêchement que le corps et le courage d'un seul homme peut mener à chef ;
     
  17. Qu'ils ne prendront jamais aucun gage ni pension d'un prince étranger.
     
  18. Que commandants des troupes de gendarmerie, ils vivront avec le plus d'ordre et de discipline qu'il leur sera possible, et notamment en leur propre pays, où ils ne souffriront aucun dommage ni violence être faits ;
     
  19. Que s'ils sont obligés à conduire une dame ou damoiselle, ils la serviront, protégeront, et la sauveront de tout danger et de toute offense, ou ils mourront à la peine ;
     
  20. Qu'ils ne feront jamais violence à dames ou damoiselles, encore qu'ils les eussent gagnées par armes, sans leur volonté et consentement ;
     
  21. Qu'étant recherchés de combat pareil, ils ne se refuseront point, sans plaie, maladie, ou autre empêchement raisonnable ;
     
  22. Qu'ayant entrepris de mettre à chef une entreprise, ils y vacqueront an et jour, s'ils n'en sont rappelés pour le service du roi et de leur patrie ;
     
  23. Que s'ils font un vœu pour acquérir quelque honneur, ils ne s'en retireront point qu'ils ne l'ayent accompli, ou l'équivalent ;
     
  24. Qu'ils seront fidèles observateurs de leur parole et de leur foi donnée, et qu'étant pris prisonniers en bonne guerre, ils payeront exactement la rançon promise, ou se remettront en prison aux jour et temps convenus selon leur promesse, à peine d'être déclarés infâmes et parjures ;
     
  25. Que retournés à la cour de leur souverain, ils rendront un véritable compte de leurs aventures, encore même qu'elles fussent quelquefois à leur désavantage, au roi et au greffier de l'ordre, sur peine d'être privés de l'ordre de chevalerie ;
     
  26. Que sur toutes choses, ils seront fidèles, courtois, humbles et ne failleront jamais a leur parole, pour mal ou perte qui leur en peut advenir.

Le serment fait, le nouveau Chevalier était revêtu par un ou plusieurs Chevaliers, quelquefois par des dames et demoiselles de toutes les marques extérieures de la chevalerie ; on lui donnait successivement, et dans l'ordre que nous suivons, les éperons en commençant par la gauche, le haubert ou la cotte de mailles, la cuirasse, les brassards et les gantelets ; puis on lui ceignait l'épée. Quand il avait été ainsi adoubé, c'est-à-dire revêtu, il restait à genoux avec la contenance la plus modeste. Alors le seigneur qui devait lui conférer l'ordre, se levait de son siège ou de son trône, et lui donnait l'accolade ou l'accolée ; c'était ordinairement trois coups du plat de son épée sur l'épaule, ou sur le col de celui qu'il faisait Chevalier ; c'était quelquefois un coup de la paume de la main sur la joue ; on prétendait l'avertir par là de toutes les peines auxquelles il devait se préparer, et qu'il devait supporter avec patience et avec fermeté, s'il voulait être fidèle à ses engagements. En donnant l'accolade, le seigneur prononçait ces paroles, ou d'autres semblables : Au nom de Dieu, de Saint-Michel et de Saint-Georges, je te fais Chevalier ; auxquelles on joutait quelquefois ces mots : soyez preux, hardi et loyal.

Il ne lui manquait plus que le heaume ou casque, l'écu ou bouclier, et la lance qu'on lui donnait aussitôt : ensuite on amenait un cheval qu'il montait, et pour faire parade de sa nouvelle dignité autant que de son adresse, il caracolait en faisant brandir sa lance et flamboyer son épée. Ensuite il se montrait dans cet équipage au peuple, qui témoignait sa joie par des acclamations, et par des danses autour du nouveau Chevalier.

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