Costume des femmes sous le règne de Charles VII ( 1422 - 1461)

(D'après un article paru en 1847)

Charles VII n'était pas un homme à étiquette : il n'aimait ni les grandes cérémonies, ni la représentation à laquelle les rois ses prédécesseurs s'étaient crus obligés. Aux noces de son fils Louis, il conduisit la mariée à l'autel en bottes longues et en jaquette de chasse. Néanmoins il n'avait pas d'aversion pour la parure. Sa mise était élégante sinon cérémonieuse, et quand on avait sa faveur on pouvait sans crainte étaler autour de lui un luxe insolent. Bien plus, il était le premier à encourager à ce jeu les dames de sa cour, payant leurs frais de toilette avec une libéralité qui fut l'un des scandales de son règne. La voix publique l'accusa avec raison de vivre comme les souverains de l'Asie, lorsqu'il fut patent qu'il pensionnait les filles d'honneur autant et plus que sa légitime épouse, et quand on sut que, dans la vie retirée qu'il affectionnait, son plaisir était de voir toutes ces reines s'éclipser entre elles. Cette faiblesse lui était venue à la suite de sa passion abandonnée pour Agnès Sorel.

 


Un chroniqueur du temps qui vit de près la cour de France, décrit le faste qu'Agnès Sorel affectait dans sa toilette, et stigmatise les modes inconvenantes dont elle donnait l'exemple aux prudes femmes. « Portait queues un tiers plus longues que nulle princesse du royaume ; plus hauts atours, plus nombreuses robes et plus coûteuses. Et de tout ce qui à ribaudise et dissolution pouvait conduire en fait d'habillement, de cela fut-elle toujours produiseuse et montreuse ; car se découvrait les épaules et le sein par devant jusqu'au milieu de la poitrine. »

Le costume féminin du temps de Charles VII a eu un singulier privilège : il s'est conservé presque intact dans diverses contrées de la France, et singulièrement dans le pays de Caux. Avec leurs hauts bonnets, leurs tailles relevées presque sous les aisselles et leurs jupes taillées comme des gaines, les paysannes de Montivilliers et de Neufchâtel sont tout à fait dans la tradition de nos grand'mères de 1440. Qu'on supprime leur tablier, qu'on ajoute à leur robe si étroite une interminable queue et des bordures de pelleterie, qu'on donne plus d'ampleur aux barbes qui surchargent leurs bonnets, on aura l'image d'une dame de la cour de Charles VII.


Princesse avec ses Dames d'honneur.
D'après le livre des Tournois
du roi René

 

Olivier de La Marche, rappelant dans une pièce de vers les ajustements de tête qui avaient été de mode sous Charles VII et sous Louis XI, s'exprime de la sorte :

Je vis atours de diverses manières
Porter aux dames, pour les mieulx atourner :
L'atour devant, et celuy en derrière,
Les haulx bonnets, couvrechiefs à bannière,
Les haultes cornes pour dames triompher.

Nous croirions volontiers que les couvrechefs à bannière désignent la pièce de batiste ou de gaze qui s'étage d'une manière si bizarre sur la tête de nos princesses, car couvrechef dans l'ancienne langue n'a jamais voulu dire autre chose qu'un voile ; et, d'autre part, les pentes de ce voile simulent assez bien, sur les côtés, le champ d'un drapeau ou d'une bannière. Mais quel nom donner au chapeau conique qui soutient toute la coiffure ? Certains antiquaires l'appellent hennin.

Ces coiffures nous vinrent de Flandre, et on commence à les trouver sur les monuments français à partir de 1430. Elles eurent un grand succès, mais non pas jusqu'à faire tomber les atours à la mode de la reine Isabelle. De là une lutte entre les deux systèmes. Les coiffes à la française, défendues par un parti de riches et patriotiques beautés, soutinrent dignement la concurrence contre les coiffes bourguignonnes, en s'élevant à leur hauteur et en copiant quelque chose de leurs appendices. A cause de sa chausse pendante, on fit revivre pour désigner l'atour français ainsi modifié le terme de chaperon. Une favorite des derniers temps de Charles VII fut appelée madame Des Chaperons, « parce que, dit l'historien qui nous a conservé ce fait, de toutes les femmes de la terre c'était celle qui s'affublait le mieux d'un chaperon. »

Ni les chaperons ni les hennins n'avantagèrent la chevelure. Pendant presque tout le quinzième siècle, ce bel ornement fut sacrifié à la fantaisie de montrer un front dégagé et poli. A cet effet, les cheveux furent retroussés, mais avec une tension si forte que plusieurs écrivains du temps s'apitoient sur la souffrance qu'éprouvaient les dames à être ainsi coiffées. Lorsque mourut Agnès Sorel, son corps fut transporté dans la collégiale de Loches, et inhumé au beau milieu du choeur de cette église, sous un tombeau de marbre que lui fit faire le roi. Ce tombeau gênant les chanoines du lieu, ils obtinrent de Louis XVI, en 1777, la permission de le déplacer. On ouvrit le cercueil, et la seule chose intacte qu'on y trouva fut la botte du crime avec les cheveux. Leur couleur était d'un brun clair et cendré ; ils formaient sur le devant un crêpé d'environ 12 centimètres de haut sur 25 de large, tandis que ceux de derrière, ramassés en une tresse de 50 centimètres de longueur, étaient relevés et attachés sous le crêpé ; deux boucles flottantes avaient été réservées sur les côtés. Malgré les précautions avec lesquelles on referma dans la bière ces curieux restes, le seul contact de l'air suffit pour les détériorer plus en un jour que n'avaient fait trois siècles. Il n'en restait presque plus rien lors de la destruction de la sépulture, en 1793.

 


Michelle de Vitry, veuve de
Jouvenel des Ursins.
D'après sa statue sépulcrale
au Musée de Versailles.

Michelle de Vitry, dont nous donnons le portrait à nos lecteurs, fut, au contraire d'Agnès Sorel, l'une des plus vertueuses dames et des plus considérées de son temps. Elle avait été femme du célèbre Jouvenel des Ursins, qui joua un si grand rôle à Paris sous le règne de Charles VI. De seize enfants auxquels elle donna le jour, eIle en conserva onze qui devinrent tous des personnages éminents. Elle mourut fort âgée en 1456, et fut enterrée dans une chapelle de Notre-Dame.

Le costume de Michelle de Vitry est celui des veuves vivant en manière de recluses. Beaucoup de femmes, après la mort de leur mari, se vouaient à ce genre de vie qui tenait le milieu entre le cloître et le monde. Les reines de France y étaient tenues ; mais elles avaient un privilège, qui était de porter le deuil en blanc, tandis que les autres femmes le portaient en noir.

 

De là le nom de reine Blanche donné par le peuple à toutes les reines douairières ; de là aussi tant de traditions équivoques qu'on a rapportées par erreur à Blanche de Castille, mère de saint Louis. Isabelle de Bavière, qui avait été l'opprobre du trône, fut le modèle des reines blanches, « laquelle ne se mouvait de Paris ne tant ne quand, enfermée tout le temps en l'hôtel de Saint-Paul, et bien gardait son lieu comme femme veuve doit faire. »

Il faut dire que le veuvage, très observé dans ce temps-là, était loin d'offrir la liberté qu'on y trouve sous l'empire de nos moeurs. Aussi les femmes qui n'en pouvaient supporter la contrainte s'empressaient-elles de s'y soustraire en se remariant. Le plus ancien livre que nous avons sur l'étiquette est l'ouvrage d'une dame de la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. On y trouve, sur le costume et le genre de vie des veuves, les détails suivants :

« J'ai ouï dire que la reine de France doit demeurer un an entier sans partir de sa chambre là où on lui dit la mort du roi son mari. Mais la façon des robes et manteaux pour porter deuil est autre en France que par deçà (en Flandre) ; car en France ils portent les longs draps, ici point. Et chacun doit savoir que la chambre de la reine doit être toute tendue de noir, et les salles tapissées de drap noir pareillement. Madame de Charrolais, fille du duc de Bourbon, son père étant trépassé, incontinent qu'elle sut sa mort, elle demeura en sa chambre six semaines, et était toujours couchée sur un lit couvert de drap blanc de toile, et appuyée d'oreillers. Elle avait mis sa barbette et son manteau et chaperon, lesquels étaient fourrés de menu vair. Et avait ledit manteau une longue queue aux bords, devant le chaperon, une paume de large. Le menu vair était crêpé dehors. La chambre était toute tendue de drap noir, et en bas un grand drap noir, au lieu de tapis velu. Et devant la chambre où madame se tenait, il y avait une grande chambre on salle pareillement tendue de drap noir. Quand madame était en son particulier, elle n'était pas toujours couchée ni en une chambre.

« Et ainsi doivent faire toutes autres princesses ; mais les banneresses (femmes de chevaliers bannerets) ne doivent être que neuf jours sur le lit pour père ou pour mère, et le surplus des six semaines, assises devant leur lit sur un grand drap noir ; mais pour mari, elles doivent coucher six semaines. Et est à savoir, que pour mari, on portera demi-an le manteau et chaperon, trois mois la barbette et le couvre-chef dessus, trois mois le mantelet, trois le touret, et trois mois le noir ; et toujours robes fourrées de menu vair. Et si faut savoir que la robe est aussi à queue fourrée de menu vair, et le poil passe en haut et en bas ; le gris est ôté, et ne voit-on que le blanc. Et durant qu'on porte barbette et mantelet, il ne faut porter nulle ceinture ni ruban de soie. Et en grand deuil, comme de mari ou de père, on ne portait au temps passé ni bague ni gants aux mains. »

Le costume de Michelle de Vitry est conforme à ces descriptions, car elle a la barbette, le mantelet, la fourrure toute blanche et la robe sans ceinture. On voit de plus, par son exemple, que l'usage de ne pas porter de bagues aux doigts s'était relâché en France comme en Belgique.

 

Source : http://www.france-pittoresque.com

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