Le règlement des cordonniers de Paris (1268)

“Quiconque veut être cordonnier à Paris doit acheter le métier du Roi ; Monseigneur Pierre le Chambellan et le comte d'Eu le vendent au nom du roi à qui ils veulent, au prix de 16 sous parisis dont messire Pierre a dix sous et le comte 6 sous.

Dès que le cordonnier a acheté le métier et payé les 16 sous, il convient qu'il jure sur les saints devant Monseigneur Pierre ou son représentant, en présence des prudhommes du métier, de faire bien et loyalement le dit métier, en observant les coutumes qui sont telles :
Nul cordonnier de Paris ne peut travailler le samedi quand a sonné le dernier coup des vêpres de la paroisse, nul cordonnier de Paris ne peut ni ne doit faire de soulier de basane où il demeure dedans la banlieue de Paris de plus d'un empan de pied ni de plus d'un empan de haut.
Nul cordonnier ne peut ni ne doit mettre de basane avec du cordouan en aucun ouvrage, si ce n'est en contrefort seulement ; celui qui ferait autrement verrait son ouvrage brûlé. Nul cordonnier de Paris ne peut œuvrer de cordouan qui soit tanné ; son ouvrage serait faux et condamné au feu. Nul cordonnier de Paris ne peut ni ne doit œuvrer après que les chandelles sont allumées, si ce n'est sur une commande destinée au roi ou à la reine ou à leur maison…

Tout cordonnier peut avoir autant de valets et d'apprentis qu'il veut, à tel terme et pour telle somme qu'il peut avoir. Quiconque est cordonnier ne doit employer un vieil ouvrage à la fabrication d'un neuf. Nul cordonnier de Paris ne peut faire le métier comme maître s'il n'est agréé par les maîtres qui gardent le métier de par le roi. Quiconque est cordonnier de Paris, maître, valet ou apprenti, ne peut ni ne doit vendre les vieux ouvrages avec les neufs, ni vendre celui qu'il fait, sauf en son hôtel, ou sur le pont de Paris la veille de Pâques et de Pentecôte, ou le samedi en leur étal sur le marché du roi. Quiconque transgressera un des articles susdits paiera 5 sols parisis d'amende au roi pour chaque faute. De ces 5 sols, les prudhommes qui gardent le métier de par le roi ont 2 sols pour l'assistance des pauvres du métier. Tous les cordonniers de Paris doivent au roi chaque année 32 sous parisis pour les bottines du roi. Quiconque exerce le métier de cordonnier de souliers et de bottines doit au roi 12 deniers. par an en la semaine sainte. Les cordonniers de Paris ne doivent rien pour tout ce qu'ils vendent et achètent pour leur métier en la ville, car les bottines du Roi et les 12 deniers les acquittent de tout, sauf à la foire de Saint-Ladre et à la foire de Saint-Germain-des-Prés, où ils paient 2 deniers. pour chaque douzaine de cordouan vendu ou acheté.
Mgr. Pierre le Chambellan nomme et révoque trois prudhommes du métier pour garder le métier du Roi. Ceux-ci jureront sur les saints de bien garder et loyalement le métier, et ils feront savoir toutes les fautes au prévôt de Paris. Les prudhommes sont quittes de guet pour la peine et travail qu'ils ont de garder le métier du roi. Les hommes du métier qui ont passé 60 ans sont quittes de guet ainsi que ceux dont la femme est en couches.”

Extrait du Livre des Métiers d'Etienne Boileau, éd. G. Fagniez, Documents relatifs à l'Histoire de l'industrie et du commerce en France, Paris, 1898.

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