Les costumes royaux de la dynastie mérovingienne ( 428 - 751 ) 1° partie

 
(D'après un article paru en 1843)

L'histoire des rois de cette époque est pauvre en monuments contemporains, qui puissent en expliquer les moeurs et les costumes. A défaut de ces monuments, on est généralement obligé d'emprunter à des temps postérieurs les figures de personnages qu'il serait impossible de reproduire avec le caractère et la physionomie de leur siècle. Grégoire de Tours, qui parle à peine des prédécesseurs de Childéric, nous apprend que ce roi, ayant été chassé de son pays par les Francs, vint se réfugier auprès du roi de Thuringe. Durant son absence, les Francs obéirent à AEgidius, général de l'Empire ; mais à la mort d'AEgidius, en 464, les Francs rappelèrent leur roi Childéric. Notons que ce récit, tenant plus de la légende que d'une réalité attestée, recèle de nombreux détails historiquement inexacts, accrédités et amplifiés notamment par Frédégaire au début du VIIe siècle.

Tels étaient à peu près les seuls documents historiques relatifs au règne de Childéric, lorsque, le 27 mai 1653, on découvrit à Tournai un tombeau qui ne laissait plus d'incertitude sur l'existence de ce prince. Dans ce tombeau, on trouva une bague, une tête de boeuf creusée de haut en bas, une épée, un style à écrire, de petites figures qu'on a prises pour des abeilles, une boucle, et deux médailles ovales représentant,

Bague trouvee dans le tombeau de Childeric
Bague trouvée dans le tombeau de Childéric

l'une un scarabée, et l'autre une grenouille. Ce qui servit à dissiper tous les doutes sur le nom et la qualité de celui à qui ces divers objets avaient appartenu, fut la bague portant une tête en creux avec l'inscription : Childerici regis. Cette bague, de la forme de celles qu'on a appelées annuli sigillatorii, ou anneaux à sceller, représente Childéric la tête nue ; de longs cheveux flottent sur ses épaules à la manière des anciens rois francs, et il tient à la main une pique ou haste, autre signe de la royauté.

Ces précieuses antiquités avaient été données par l'empereur Léopold à l'électeur de Mayence, qui, en 1664, les offrit à Louis XIV, auquel il avait des obligations. C'est surtout sous le rapport historique, que le tombeau de Childéric peut être considéré comme un des monuments les plus remarquables qu'on ait découverts dans le dix-septième siècle. Toutefois il n'offre pas d'indications suffisantes sur le costume des premiers temps de la monarchie. Ces indications ne se trouvent que sur les statues des rois placées, soit sur le portail, soit dans l'intérieur de quelques églises.

Il résulte des recherches faites à ce sujet, que les rois de cette époque avaient emprunté des Romains les diverses parties de leur costume ; aussi les voit-on presque toujours revêtus de la tunique, de la toge et de la chlamyde. La chlamyde, vêtement que les Romains portaient ordinairement à la campagne, ne différait de la toge que parce qu'elle était plus courte ; elle s'attachait sur l'épaule droite par une boucle qui joignait les deux côtés, de telle sorte que le bras droit se trouvait libre, tandis que le gauche était caché et ne pouvait agir qu'autant qu'on relevait une partie de ce vêtement. A l'exemple des nations germaines, les rois portaient aussi une espèce de pallum, manteau ouvert par devant, et qui ressemblait encore au manteau des anciens Grecs.

A Rome, la tunique était l'habit qu'on portait par-dessous ; mais elle était assez courte et ne recouvrait les bras que jusqu'au coude, tandis que les tuniques de nos premiers rois étaient fort longues et descendaient jusqu'à terre. Des ceintures à bouts pendants servaient à resserrer la tunique ; celles des reines étaient enrichies de pierreries.

Quant à la chaussure, elle était fort simple. Clovis seul, parmi les anciens rois, est représenté ayant le pied presque entièrement découvert ; cette infraction à l'usage établi avait été occasionnée par une circonstance particulière de la vie de ce prince. Clovis, dit Grégoire de Tours, ayant reçu de l'empereur Anastase les codiciles du consulat, se revêtit de la pourpre, prit la chlamyde, plaça le diadème sur sa tête, jeta de l'or et de l'argent au peuple, et depuis ce temps fut appelé consul et auguste. Il y a apparence qu'il prit encore d'autres ornements de la dignité consulaire, et que c'est à compter de cette inauguration qu'il porta la chaussure échancrée, à l'exemple des empereurs d'Orient. C'est ainsi qu'on le voyait représenté à l'entrée de l'église de Saint-Germain-des-Prés, ainsi qu'au portail de Notre-Dame de Corbeil. La tête de cette dernière statue était entourée d'un nimbe ou cercle lumineux, image du soleil dans sa plus haute exaltation.

Le nimbe, ce signe symbolique dont parlent les historiens et les poètes de l'Antiquité, était autrefois placé autour de la tête des dieux et des empereurs. Dans les premiers temps du christianisme, on le reproduisait sur les images qui représentaient Dieu, les anges et les saints. C'est là sans doute, non moins que l'exemple des empereurs romains, ce qui porta les anciens rois de France à mettre cet ornement sur leurs portraits et sur leurs statues. Cet usage s'éteignit avant l'avènement de Charlemagne, et on ne retrouve plus le nimbe que dans les images et statues des rois qui ont été regardés comme saints et béatifiés.

A l'exemple de leurs princes, plus d'une fois les Francs dépouillèrent la saie guerrière et le ceinturon de cuir pour revêtir la toge des dignités romaines ; plus d'une fois leur blonde chevelure se para d'un manteau impérial ; l'or des chevaliers, la pourpre des sénateurs et des patrices, les couronnes triomphales, les faisceaux, tout ce que l'empire romain créa pour sa gloire concourut à celle de nos ancêtres.

Au portail de la même église de Notre-Dame de Corbeil, on remarquait aussi la statue de Chlotidle, femme de Clovis. La tête de cette reine, entourée d'un nimbe, était surmontée d'une couronne de forme annulaire ; sa ceinture était ornée de pierreries, et ses cheveux, descendant en longues tresses jusqu'au-dessous du genou, semblaient prouver que, comme les rois de cette époque, les reines avaient grand soin aussi de leur chevelure, qui, pour elles également, était un ornement et un signe de royauté.

 


Parmi les anciens monuments de la monarchie française, il en est peu qui soient aussi curieux que les statues qu'on remarquait dans le porche de la vieille tour qui sert d'entrée principale à l'église de Saint-Germain-des-Prés. Il y en avait huit, quatre de chaque côté.

Des quatre statues élevées au côté latéral gauche, et que nous reproduisons ici, la première en commençant par la droite est celle de l'évêque saint Remy, foulant aux pieds un monstre, emblème de l'idolâtrie, sans doute parce qu'il avait contribué à la conversion de Clovis. L'image de ce prince vient après : elle est remarquable par la forme des vêtements et la richesse des ornements ; la troisième représente la reine Chlotilde ; enfin la quatrième est celle de Chlodomir.


Statues du porche de
Saint-Germain-des-Prés.
Côté gauche. Clodomir, Chlotilde, Clovis,
l'évêque saint Remy.

 

La robe de Clovis descend jusqu'à terre ; son ample et long manteau ou chasuble antique n'a qu'une ouverture par où passe la tête ; entre sa robe et son manteau pend une large bande d'étoffe ; son sceptre est terminé par un aigle, comme le bâton consulaire.

Clotilde est revêtue d'une robe juste au corps et large par le bas, avec deux ceintures, l'une serrée sous le sein, l'autre lâche, placée plus bas, et dont les bouts se terminent à mi-jambes par trois cordons. Son manteau, peu ample , descend au-dessus du genou par devant, et jusqu'à terre par derrière. Sur le haut de sa poitrine est un grand bijou. Sa longue chevelure, attachée par intervalles, descend de part et d'autre, et laisse les oreilles découvertes. Sa couronne est décorée d'enroulements dont la disposition a quelques rapports avec la fleur de lys. Les quatre statues du côté opposé du portail de Saint-Germain-des-Prés représentaient Thierry, Childebert, Ultrogothe et Clotaire.

 


Statue de roi mérovingien.
Cloître de Saint-Denis.

Deux statues de rois mérovingiens étaient aussi sculptées sur deux des colonnes qui soutenaient le cloître de Saint-Denis. Nous donnons l'une de ces statues : le roi qu'elle représente porte un grand manteau et une ceinture à bords pendants. Les costumes des rois et des reines de l'époque se rapprochent, en général, de ceux de Clovis et de Clotilde, et n'en diffèrent que dans quelques détails.

Nous devons signaler, comme une singularité remarquable, que Clotaire II a été représenté portant son manteau attaché à l'épaule gauche, bien que l'usage fût alors de laisser toujours le bras droit libre et découvert. Dagobert, fils de Clotaire II, fut nommé roi d'Austrasie en 623, du vivant de son père. Six ans après, il réunit la Neustrie et la Bourgogne à l'Austrasie, et devint maître des trois royaumes, en s'emparant de la succession de son père au détriment de Charibert (Caribert II) son frère, qu'il réduisit à la possession d'une partie de l'Aquitaine. Dagobert se livra à de grands désordres, et dépouilla presque toutes les églises de son royaume pour enrichir l'abbaye de Saint-Denis, qu'il avait fondée, et où il mourut en 639.

 


Parmi les différentes statues de ce roi qui ont décoré l'église Saint-Denis, la plus ancienne et la plus digne d'attention est sans contredit celle que nous représentons. Placée sur la façade de l'édifice, lors des constructions ordonnées par l'abbé Fulrad, elle fut conservée par l'abbé Suger, et survécut ainsi à tous les changements qu'un accroissement de richesses, produit par la munificence des rois, fit subir aux bâtiments de cette célèbre abbaye. Montfaucon pense que cette statue a été faite à la mort de Dagobert, ou même de son vivant. Ce roi est représenté assis, revêtu de deux tuniques d'inégale longueur, dont la première, plus courte que l'autre, est serrée sur la poitrine et monte jusqu'au cou. Une grande chlamyde, attachée sur l'épaule droite, recouvre en entier le bras gauche. La couronne, de forme annulaire, est peu chargée d'ornements.

C'est après la mort de Dagobert que les maires du palais parvinrent à la toute-puissance, et que, laissant à des princes dégénérés le nom et presque tous les dangers de la royauté, ils en usurpèrent les honneurs et les avantages. Alors commencèrent ces débats sanglants et désordonnés qui agitèrent si violemment le dernier siècle de la race mérovingienne, sous le règne de ces rois fainéants.

 

Source : La France pittoresque : http://www.france-pittoresque.com


Statue de Dagobert Ier.
Eglise de Saint-Denis
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