Les costumes royaux de la dynastie mérovingienne ( 428 - 751 ) 2° partie

 
(D'après un article paru en 1843)

Couronne

Les couronnes des rois et des reines de cette époque offrent une grande variété de formes. Plusieurs ressemblent à des bonnets et sont terminées par des espèces de diadèmes ; d'autres ont des trèfles, ornement qui se trouve, bien antérieurement, aux couronnes des empereurs et impératrices de l'empire d'Orient. Ce ne fut que sous Louis VIII (1137-1180) que le trèfle, dont on forma la fleur de lys, fut un attribut particulier au blason de l'Etat et aux couronnes de nos rois. Jusqu'à cette époque, on n'en avait pas encore mis sur l'écu de France, et ce n'est guère qu'à dater de ce temps qu'on en parsema le manteau des rois et les meubles à leur usage. Les couronnes sont indifféremment ouvertes ou fermées, et quand elles sont ouvertes, les trois fleurons qui les surmontent s'élèvent toujours perpendiculairement, de manière à figurer une espèce de trépied renversé.

 


Clovis, roi des Francs


Sceptre
Le sceptre a été de tout temps une marque de commandement. Le plus ancien des sceptres des rois de France était celui que tenait Clovis au portail de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés ; c'était un bâton surmonté d'un aigle. Au même portail, Childebert avait son sceptre, surmonté d'une touffe de feuilles semblable, par la forme, à une pomme de pin. Les sceptres, à terminaison variée, n'avaient point de longueur ni de forme bien déterminée.

L'historien Velly raconte que le sceptre de nos premiers rois était tantôt une simple palme, tantôt une verge d'or de la hauteur du prince, et courbée par le haut comme une crosse. On ne connaît pas de sceptre de cette dernière forme.

 

Le sceau de Dagobert, tiré des archives de Saint-Maximin de Trèves, est remarquable par le sceptre que tient ce roi, et qui ressemble à une branche composée de plusieurs rameaux. Un autre sceptre non moins curieux est celui qui, sous le nom de sceptre de Dagobert, fut longtemps conservé au trésor de Saint-Denis ; mais la partie supérieure seule peut être regardée comme un monument des premiers siècles de la monarchie française : elle représente un homme placé sur le dos d'un aigle qui vole, espèce d'apothéose dans le genre de celles que I'on voit sur les monuments romains, et dont le travail grossier semble se rapporter au goût de l'époque.

 


Etendard royal
Ce fut vers la fin du règne de Clovis que les Français eurent pour principale enseigne la chape de saint Martin de Tours. On appelait ainsi, selon quelques chroniqueurs, un étendard ou voile de taffetas, sur lequel était peinte ou brodée l'image de ce saint, que l'on venait en grande cérémonie prendre sur son tombeau. On la promenait solennellement autour du camp avant d'aller combattre, et on la gardait respectueusement sous une tente. Selon d'autres, cette chape était un pavillon sous lequel on portait les reliques de ce saint, mort l'an 400. Les armées se croyaient invincibles sous ses auspices. Il n'est plus fait mention de cet étendard depuis le règne de Hugues Capet.

Chevelure
La longue chevelure fut alors la marque distinctive des rois et des grands ; elle désigna les princes mérovingiens alternativement pour le trône comme candidats, et pour l'échafaud comme victimes. « Jamais, dit l'historien Agathias, on ne coupe les cheveux aux fils des rois des Francs. Dès leur première enfance, leur chevelure tombe d'une manière gracieuse sur leurs épaules ; elle se partage sur le front et se range également sur la droite et sur la gauche ; elle est pour eux l'objet d'un soin tout particulier. » Ils la séparaient en effet par des rubans, la parsemaient de poudre d'or, l'ornaient d'or, de perles et de pierreries.


Statue de Pépin, d'après
Brower, Gaignières et Montfaucon.

 

Les historiens ont expliqué de diverses manières le surnom de Chevelu donné à Chlogion ou Chlodion, roi des Francs, qui succéda à Wahr-Mund ou Pharamond. Nicolas Gilles, dans sa Chronique, prétend qu'il fut ainsi surnommé, parce qu'ayant conquis quelques parties de la Gaule, il permit aux habitants de ces contrées de laisser croître leurs cheveux, ce qui leur avait été défendu depuis les conquêtes de César. L'abbé Trithème dit, au contraire, que ce prince reçut ce surnom, parce qu'il fit couper les cheveux aux Gaulois pour les distinguer des Francs, qui les portaient très longs. Havyn suit un troisième avis, et pense que ce surnom lui vint de l'ordre donné aux Francs de porter de longs cheveux, afin qu'on ne pût les confondre avec les Romains qui les avaient fort courts. Enfin une quatrième opinion est celle qui attribue cette appellation au privilège qu'avaient seuls les membres des familles princières de laisser croître leurs cheveux.

Selon toute apparence, ce fut sous Clovis que les Francs abandonnèrent l'ancienne coutume de se raser le derrière de la tête, première révolution que la chevelure éprouva en France, et qui amena la mode des cheveux ronds. Le roi continuait à les porter très longs, et ses parents de même ; la noblesse, à proportion de son rang et de sa naissance. Le peuple était plus ou moins rasé ; l'homme serf l'était tout à fait ; l'homme de poète, c'est-à-dire payant tribut, ne l'était point entièrement.

 


Soldats sous Charlemagne,
d'après Herbé

Les cheveux étaient alors en si grande vénération qu'on jurait sur sa chevelure, comme on jure aujourd'hui sur son honneur. En saluant quelqu'un, rien n'était plus poli que de s'arracher un cheveu et de le lui présenter. Clovis s'arracha un cheveu et le donna à saint Germier, pour lui marquer à quel point il l'honorait. Aussitôt chaque courtisan s'en arracha un et le présenta au vertueux évêque, qui retourna dans son diocèse enchanté des politesses de la cour.

Il n'aurait guère été possible au prélat de faire une pareille politesse aux courtisans. La tête du clergé tant supérieur que subalterne, avait beaucoup de ressemblance avec celle des capucins de nos jours ; le sommet était rasé en rond ; venait ensuite un cordon de cheveux fort courts ; le surplus de la tête était sans cheveux. C'était aussi l'usage, lorsqu'on embrassait la profession religieuse, d'abdiquer en quelque sorte ses cheveux. Un moine, par ses voeux, se rendait serf de Dieu. Il était naturel qu'il lui fît le sacrifice de ce qui passait alors pour le symbole de la puissance et de la liberté.

 

L'auteur des Essais sur Paris, Germain-François Poullain de Saint-Foix, parle d'une autre coutume de nos ancêtres relative à leur chevelure. Il raconte que, parmi les Francs, celui qui ne pouvait payer ses dettes allait à son créancier, lui présentait des ciseaux, et devenait son serf, en se coupant ou se laissant couper les cheveux. Le respect pour les cheveux était alors si grand, qu'une loi de 630 prononce une amende considérable contre quiconque est assez téméraire pour porter les ciseaux sur la tête d'un homme libre sans son consentement.

La coutume de dégrader les princes, en leur coupant les cheveux, s'accrédita parmi les descendants de Clovis. Quand Charlemagne régnait, cette valeur donnée aux cheveux ne s'était pas encore effacée, et de les perdre, il y allait de l'infamie ; car ce prince l'infligea à titre de peine pour des crimes qui avaient de la gravité.

 


Barbe
Ce ne fut que vers le commencement du sixième siècle que les Français cessèrent de se raser entièrement le visage : ils conservèrent un petit bouquet de barbe à l'extrémité du menton. Bientôt ce bouquet s'étendit le long des joues, et la barbe était déjà très ample, très commune en France au septième siècle. Les soins que les Français se donnèrent pour cultiver leur barbe rendirent ce nouvel ornement très respectable.

Retour de chasse sous Charlemagne, d'après Aubry

 

Arracher un poil à quelqu'un, lui tirer ses moustaches, furent autant de crimes qu'on s'empressa de prévenir. La même loi de 630 prononce également une amende contre quiconque osera couper la barbe d'un homme libre, sans son consentement. Cette amende est fixée à la moitié de la peine décernée contre celui qui coupait les cheveux. Les gens d'église étaient les seuls qui ne cultivaient pas la barbe. Nul n'était admis dans le clergé, à moins qu'il néût abjuré la nouvelle mode et fait le sacrifice du poil qui régnait autour de son menton.

Aussi les peintres s'écartent-ils prodigieusement du costume, lorsqu'ils représentent les prélats, les prêtres, les moines des sixième, septième et huitième siècles avec des barbes vénérables. Cette prétendue marque du pouvoir et de la sainteté était absolument étrangère aux ecclésiastiques de ces temps reculés. Les laïcs, au contraire, poussaient le luxe et la coquetterie jusqu'à parer leurs barbes de perles, de paillettes d'or, et d'argent ; du moins, quelques statues de nos anciens rois avaient des barbes ainsi décorées.

La mode des barbes très courtes s'introduisit sous le règne de ceux qui furent désignés par l'expression rois fainéants. La jeunesse de la plupart de ces princes put influer sur cette révolution. Par la suite, les Français dégagèrent le bas des joues, et l'on vit renaître le petit bouquet de barbe à l'extrémité du menton. Charlemagne supprima cette réserve. Il y a même tout lieu de croire que ce monarque n'aimait pas les visages surchargés de poil. Il n'accorda aux Bénéventins Grimoald pour duc, qu'à condition que ce nouveau souverain obligerait les Lombards à se raser le visage.

 

Source : La france pittoresque : http://www.france-pittoresque.com

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