Vocabulaire d’escrime du Moyen âge

 

Accolade :

Coup du plat de l'épée donné sur le cou d'un chevalier, lors de sa réception.

Historique : Dans la langue d'oïl on disait non l'accolade, mais plus souvent l'acolée ; elle se donnait avec la main ou avec l'épée sur le chignon du cou, et, par extension, se prenait pour un coup quelconque.

 

Armes molues :

Moulues, esmoulues (1270) = pointues, tranchantes.

 

Botte : « bottes en Napollitain, vaut autant à dire, que coups en François ». Il ne semble pas que ce mot soit utilisé au XVIe ni dans les auteurs du XVIIe.

 

Bouter : mot commun, signifier pousser, et pas spécifiquement estoquer, au contraire de la botte au XVIe qui est d’ailleurs considérée comme d’origine italienne.

 

Clicquet : sens incertain. Uniquement retrouvé dans l'ordonnance du Châtelet.

 

Colée, collée, coulée, coleie, colleie, colaye : coup sur le col et les épaules.

Le terme est encore présent au XVIe :

 

Coup, cop: le sens est resté le même.

 

Cop traversain : coup donné de côté.

 

Couler : action de glisser,coulisser.

 

Couvrir (se) : se protéger. Le terme apparaît dans le roman de Renart et se retrouve encore au XVe (O. de la Marche) ainsi qu'au XVIe siècle (Rabelais)

 

Couverte : action de défense. Est conservé en français moderne dans la formulation « à couvert ».

 

 Croc-en-jambe : XVIe siècle. Manœuvre consistant à placer son pied devant la jambe d'une personne en mouvement pour la faire tomber.

 

Décharge : coup descendant visant les parties hautes ?

 

Descouvert : littéralement qui n'est pas couvert, qui n'est pas protégé.

 

Démarcher : quitter sa marche, mais marche dans quel sens à cette époque ? Il semble que démarcher s’utilise au XVIe siècle pour désigner tout déplacement dans le combat. Démarcher signifierait donc cesser le piétinement par un déplacement.

Chez Saint Didier. La démarche désigne la position relative des pieds.

 

 

Démarcher qqn de qqc. Obliger quelqu'un à lâcher quelque chose, désarmer.

 

Destourner. Empêcher une arme d'atteindre sa cible en détournant la trajectoire de l'arme.

 

Entredeus : coup d’épée donné sur le milieu de l’adversaire ? Coup donné entre les deux adversaires et non pas sur le côté ?

 

Escremer, eschermer, eskermer : s’exercer à l’escrime

 

Escremie, erkermie : activité de duel à l’arme mais aussi science du maniement des armes.

 

Estoc : au XVIe, le mot désigne quelquefois le coup de pointe, bien qu’il soit encore souvent utilisé dans son sens médiéval (la pointe).

 

Estoc volant : sens incertain. Y a t-il un rapport avec le « herfligenden Stosz » de Meyer (section sur la hallebarde) ?.

 

Estocade : Le terme estocade vient vers la fin du XVe siècle de l’italien ou de l’espagnol mais reste rare avant le XVIIe siècle.

 

Estochier : frapper d’estoc

 

Feinte, feincte : Une feinte, est faire semblant de donner une estocade en un lieu, pour obliger l’ennemi à y parer et lui donner ailleurs, bref une tromperie permise en tirant.

 

Fendant. s. m. Un coup donné du tranchant d'une espée de haut en bas. Il fut blessé dangereusement d'un fendant qu'il receut dans le combat.

 

Ferir : frapper, 2e moitié du Xe s.

  • Férir de haut donner un coup venant du haut, pendant du Oberhau allemand, XVe
  • Férir de mail donner un coup contondant
  • Férir de taille, donne un coup avec une arme tranchante
  • Férir d'estoc, donner un coup avec une extrémité pointée.

 

Garde : la position de la main tenant l'épée chez Saint Didier.

 

Hâter, haster : presser, dans un contexte de combat, presser physiquement et de coups.

 

Imbronccade : équivalent d’estoc pour Saint Didier.

 

Jambet : crochetage de la jambe de l'adversaire avec sa propre jambe.

Le terme croc-en-jambe date du XVIe (voir plus bas), celui de croche-pied du XIXe.

 

Jeu : ensemble des conduites motrices propres à une activité. Ex : le jeu de la hache, jeu de paume.

 

Levée : court cérémonial réalisé avant de tirer, certainement en levant l’épée, ancêtre du salut. Ce terme apparaît dans les règlements des salles d’armes du XVIe siècle. Ces règlements nous apprennent trois choses.

Premièrement, faire une levée s’oppose à mettre à bas les armes – ou aussi « mettre jus ».

Secondement, un tireur qui fait sa levée ou la mise à bas sans l’autorisation du maître est passible d’une amende

« Item. Qui tire ou fait sa leve ou mise bas sans congé du dit maistre fourfera 1 sol d’amende a son proufit. » (Lille1589)

Troisièmement, un tireur qui a l’outrecuidance de faire sa levée ou la mise à bas avec ses gants est là aussi passible d’amende.

« Item, celluy qui fera levée ou mise jus à tous ses gantz, escherra pour chacune foys en amende de huit deniers tournois. » (Amiens1530)

« Item. Qui fait sa leve ou mise bas avec gans fourfera 1 sol d’amende au proufit du dit maîstre. » (Lille 1589)

Ces termes trouvent leur correspondance en allemand, l’interdiction à Franckfort dans un règlement du XVIe pour les escrimeurs de « lever » (aufheben) ou de « mettre bas » (niderlegen) sans l’autorisation du maître.

 

Liaison : saisie, clef.

« De luttes et lyaysons le sçavoir » (Ordonnance du Châtelet).

 

Mailler : Frapper à coups de masse.

 

Maindroict : Coup du tranchant donné latéralement du côté de la main directrice.

 

Marcher, marchier : écraser, fouler aux pieds (d’où la marche, et le marc de raisin), mais aussi aller de l’avant (« marchier avant »), sens difficile à dégager dans l’expression « marcher et démarcher ».

 

Mettre bas, mettre jus : court cérémonial réalisé après avoir tiré. Voir levée.

 

Molinet, moulinet. sub. m. Diminutif de moulin. Il n'est plus en usage en ce sens. […] On dit, Faire le moulinet avec une espée, avec un baston à deux bouts, pour dire, Se servir d'une espée, d'un baston à deux bouts, ou d'une autre arme de mesme sorte, en les maniant en rond autour de soy avec tant de vistesse qu'on puisse parer les coups qui seroient portez en mesme temps par plusieurs personnes.

 

Montant, m. acut. Est proprement la participe present du verbe Monter, celuy ou celles ou ce qui tire à-mont, Quod sursum vergit, Ascendens. Pour ce les Escrimeurs appellent, montant le coup et ru d'espée, qui est tiré en amont.

 

  • Montant rentré. Coup donné en montant et en faisant revenir l’arme à soi. A mettre en correspondance avec le coup de retrait médiéval.

 

  • Faux montant. Coup montant donné du faux tranchant ? Viendrait de l'italien Falso montante

 

Palestreur : celui qui s’exerce à la palestre (Godefroy)

 

Palestre : antiquité, lieu où l’on pratiquait la gymnastique. Moyen Age, lutte, exercice du corps (Eneas, vers 1160, l. 2801)

Terme connu au MA grâce à Vitruve (palaestra).

 

Palestrine : escrime (Godefroy), XVIe siècle

« De jeunes pages les avoient estrillez, et les autres avoient la oublié leur pallestrine piedmontoise. » (Brantôme, Cap. fr., IV).

 

Pane, souspane : sens incertain. Peut-être coup donné en contournant le bord de l’écu ou aillant rapport avec ce bord (=pan de l’écu, chez Chrétien de Troyes, Perceval, v. 212).

 

Parer : Parer aux coups de son ennemi […] Parer l'escu au devant du coup. (Nicot).

 

Poigneor, poingneur, poigneur, poigneeur : celui qui donne des coups de poing.

 

Poigniee : coup de poing.

 

Rabat, rabbat, rabact, rabbatz, rabas : action de rabbattre un coup, de le parer, coup rabbatu (Godefroy), XVe

 

Retournoier : Tourner et tourner encore... Faire des moulinets.

 

Retraire : retraire son coup, relever son arme après avoir frappé.

 

Retrait, retraite : Action de relever l’arme, dans le contexte d’escrime, coup donné avec l'arme partant du bas, la ramenant vers soi et vers le haut.

 

Revers, renvers : (adjectif) retourné, renversé, à main revers, d’un coup de revers (Godefroy), fin XIVe, peut-être déjà du XIIIe.

 

Ruer. S’entreruer. Remplace au XVIe le verbe médiéval férir dans la désignation de l’action de donner un coup.

 

Serment : des réglementations de l’escrime du XVIe (Châtelet de Paris, Amiens, Lille) parlent d’un serment que l’écolier doit faire pour suivre l’enseignement de la salle et jouer aux pris. Seul le règlement de Lille fait mention d’un secret, que l’on retrouve dans les Propos rustiques :

« tiendrez secret les propositions sur salle » (Serment de confrère attendant de la confrérie de Saint Michel, Lille1589)

« Vous pourriez dire que je fausse mon serment, point, point. Je ne dis pas tout,» (Propos rustiques).

 

Situation : la position de la pointe vis-à-vis de l'adversaire chez Saint Didier.

 

Sormontée : sens incertain, Peut-être coup donné sur les parties hautes du faux tranchant.

Ces deux termes se retrouvent surtout dans des formules stéréotypées dans les chansons de geste.

 

Soutenir. Résister aux coups, comme on soutient un assaut. Souvent utilisé conjointement avec destourner.

 

Taille, f. penac. Signifie tantost une coupeure faite avec fer, ou pierre trenchant, Sectura, Incisio. Et selon ce est le verbe Tailler, Incidere, Secare. […]. Ainsi dit on un coup de taille,

Vulnus caesim illatum. Fraper de taille, Caesim percutere (Nicot)

 

  • Basse taille : sens incertain, coup de taille avec les mains partant des hanches.

« Ou si vous voulez d’une basse taille, car jamais fendant ou revers ne vous sauroit toucher, pource que vous êtes toujours couvert. » (Propos rustiques, p. 70)

 

  • Taille ronde : coup tranchant donné horizontalement. Il existe chez Marozzo une taille « tondo », qui signifie ronde et qui est un coup médian. Dans Meyer, dans la section sur la rapière, il est question de « Zirckel », « Rinde »

 

Testée : coup donné sur la tête.

 

Tor, tour (d’escrime) : Le tour est une action habile et rusée, et dans le contexte précis de l'escrime, une technique dont la particularité est notable ou réputée.

  • Tour françois : manière de combattre en feignant de fuir pour venir avec plus de force sur l’ennemi. (Godefroy)
  • Tour anglois. Peut être un contrepoint humoristique au tour françois, plus courant.

Il est possible que les tours françois, tours anglois et autres soient issus de pas de

danse. Auquel cas les conteurs auraient alors désigné des conduites martiales par leur similitude dans les pas de danse. On peut tout autant y voir une influence dans le sens inverse !

  • Tour de bras : le bras décrivant un tour pour se donner de l’élan. Terme du XVe. Utilisé abondamment dans le Jeu de la Hache.

 

Jouer d'un tour d'escremie à quelqu'un: jouer un mauvais tour à quelqu'un.

 

Bibliographie et sources :

 

Vengeance Raguidel, fin XIIe – début XIIIe,

http://www.uottawa.ca/academic/arts/lfa/activites/textes/Vengeance/ed1500.htm

 

 Dictionnaire de l’Académie française, première édition de 1694.

 

Amiens1530 : Augustin Thierry, Statuts des Maîtres du Jeu d'Armes, dans Recueil des monuments Inédits de l'Histoire du Tiers Etat, Première Série, Tome Deuxième, p. 584 et suiv., Firmin Didot, Paris, 1853.

 

Aymeri de Narbonne, entre 1170 et 1180. http://medieval.cls.ro/Aymeri.html

 

Besnard, Charles. Le Maistre d'arme libéral. Rennes, 1653.

 

Bradamante : Robert Garnier. Bradamante, 1582.

 

Chrétien de Troyes. Lancelot ou le chevalier à la charrette. Vers 1181.

http://www.mshs.univ-poitiers.fr/cescm/lancelot/texte.html

 

Lille1589 : Confrérie d’armes de Saint-Michel de Lille : archives mises en ligne, les plus anciennes datent de 1589.

http://jfgilles.club.fr/escrime/cahiers/confrerie_saint_michel/index.html

 

Dancie, François. L'espee de combat ou l'usage de la tire des armes. Tulle, 1623.

 

Godefroy : « Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle » de Frédéric Godefroy (env. 1885)

 

Jeu de Robin et Marion, v. 349-352, http://virga.org/robin/sommaire.html

 

Jeu de la hache. http://jfgilles.club.fr/escrime/bibliotheque/jeu_de_la_hache/index.html

 

Les establissemens de chevalerie de Jean de Meung, 1283. Première traduction du latin du De re militari de Végèce. Publié dans Robert, Ulysse. L’art de chevalerie. Traduction du De Re Militari de Végèce par Jean de Meun. Paris : SATF, 1897.

 

Nicot. Thresor de la langue française, 1606.

 

Orchesographie de Thoinot d’Arbeau, 1588.

 

Ordonnance du Châtelet, env. 1530.

 

Perceval: Chrétien de Troye, Perceval ou le conte du Graal, vers 1183.

 

Propos rustiques : Noël du Faye. Propos rustiques. 1540.

 

Rémission : lettres de rémission de la chancellerie de Bretagne de1531 et 1532,

http://nicole.dufournaud.net/remission/index.html


 Roman de Renart, branche VI, duel entre Renart et Ysengrin, fin XIIe.


Saint Didier. http://ardamhe.free.fr/biblio/st-didier/


 Vengence Raguidel, fin 12e - début 13e siècle,

http://www.uottawa.ca/academic/arts/lfa/activites/textes/Vengeance/


 Yvain : Chrétien de Troyes, Yvain, vers 1171.

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