La soule ou choule au Moyen âge.

Il semble que ce soit d'abord dans la région nord-ouest de la France que l'on joue à la choule. La soule existait aussi en Angleterre sous le nom de Hurling over country, puis de football. D'après Jusserand, ce jeu proviendrait de la Normandie, car tout ce qui «était jeu, amusement, délassement en Angleterre était, au Moyen Âge, d'origine normande ou angevine».

Le jeu consistait à amener la soule (objet de bois, ou de cuir, rempli de son ou de foin) vers un point précis de son territoire ou village, souvent dans une maison d’une des frairies (Du latin fratria = confrérie, ce mot désigne ici une région, un hameau, un village, ce mot peut aussi désigner la fête paroissiale d’un village) cor-respondant à son camp.

Sport essentiellement joué lors des fêtes des saints patrons, à l’occasion de l’anniversaire des 18 ans du seigneur de la paroisse et à l'époque de carnaval.

La soule est une grosse balle en cuir remplie de son (fragments de l’enveloppe des grains de céréales qui restent après la mouture). Sa taille est plus grosse que la tête d’un homme donc sensiblement de la taille d’un ballon de football, mais d’un poids sûrement bien supérieur puisqu’elle est remplie de son, elle est décrite dans ce texte :

« La peau de la soule est une peau de bélier tannée par Vincent Robert, tanneur de Rasette ; le son pour la remplir a été donné par Jean le Vent, meunier du moulin de la Brousse ; elle a été cousue par Jean Menand, couturier de Barrisset. Jean Coupevent la mesure des yeux et la trouve plus grosse que sa tête »

Le terrain est limité au territoire de plusieurs frairies, c'est-à-dire un territoire étendu vraisemblablement sur plusieurs kilomètres carrés.

Les deux camps qui s’opposent sont composés chacun de plusieurs frairies (des jeunes de plusieurs quartiers). Le jeu était très populaire et pouvait finir en mêlée générale (par exemple entre 800 participants et 6000 spectateurs !).

On pouvait utiliser les pieds, les mains, les coups pleuvaient, les mêlées étaient nombreuses, et le jeu pouvait durer sur plusieurs jours; c'était en réalité un mélange de ce qu'on appelle aujourd'hui football et rugby.

La violence de ce sport et mentionnée dans l’extrait de texte suivant :

« Messire le Prieur recommande la prudence aux jeunes gens, car maître Pierre Amice, chirurgien, déclare sentencieusement qu’il veut attendre les vêpres dans le bourg, bien persuadé qu’il aura à remettre bras et jambes à plusieurs de cse imprudents qui le regardent en souriant »

On peut remarquer qu’à cette époque c’est le barbier qui fait office de chirurgien.

Cette passion pouvait trouver sa source dans le fait que le jeu permettait l'expression des conflits et tensions quotidiennes entre paroisses et villages; en outre, le gagnant était supposé obtenir de meilleures récoltes !

Les qualités physiques de certains joueurs les font désigner comme capitaines de chaque camp, comme l’énonce cet extrait de texte :

« Coupevent est choisi comme capitaine à cause de son agilité et de sa vitesse (« il prend les lapins et les lièvres à la course »), et Pierre Rochedreux à cause de sa force (il a tué un loup d’un coup de bâton). »

Le moment de convivialité qui suit la partie ressemble à la « troisième mi-temps » de notre rugby contemporain :

« Le Seigneur de la Brousse envoya abondamment du pain, du beurre et des cruches de vin pour le dîner de tous les jeunes gens. Ceux-ci prirent joyeusement leur repas, logés dans les quatre maisons du village : chez le meunier Jean Le Vent, chez Georges Lorier, Jean Routin et Jacques Monnier. Après le repas , les jeunes gens reprirent le chemin du bourg pour assister aux vêpres »

Comme toujours au Moyen-âge ou à la Renaissance, la fête se termine par une cérémonie religieuse : les vêpres (Du latin vespera = soir. Messe que l’on célèbre le soir au coucher du soleil.).

La soule est généralement considérée comme l’ancêtre du rugby :

Les ressemblances avec le rugby se résument en un jeu de balle mettant en pré-sence deux équipes qui doivent parvenir à faire avancer avec les pieds (ou les mains pour les chefs de frairies) un ballon dans un embut.

L’engagement physique intense pouvant aller jusqu’à une certaine violence peu aussi faire penser au rugby.

Par contre la soule présente un caractère beaucoup plus « primitif » que le rugby, le mot « primitif » étant pris au sens d’archaïque, de plus ancien, de venu en premier. Les règles y sont très frustes, les limites du terrain semblent relativement floues, le temps de jeu n’est pas défini à l’avance, ni le nombre des participants. La définition de l’en-but est elle-même assez vague : « Sera vainqueur le camp qui aura fait entrer la soule dans une des maisons de ses frairies ». La blessure d’un joueur n’entraîne pas un arrêt de jeu ; les joueurs ne sont pas distingués par des maillots.

Tout cela sans parler des règles de la mêlée, de la touche, de la passe toujours en arrière, de la règle du hors-jeu etc.… qui auraient sans doute semblé bien inutilement compliquées aux joueurs du XVI e siècle.

La soule pouvait aussi être jouée avec un bâton ou crosse, on l’appelait alors «soule à la crosse », crosse, choule ou choulette. On peut penser que la soule à la crosse est l’ancêtre du Hockey, du shinty écossais, du hurling irlandais, du hockey sur gazon et même du golf.

Chronologie de la soule au Moyen âge

  • 1066 - Guillaume le Conquérant prend pied en Angleterre. Introduction pro-bable de la soule française (sans doute normando-picarde) outre-manche.
  • 1147 - Première mention écrite de la soule en France. Le jeu oppose deux équipes qui se disputent un ballon qu’il faut déposer dans un but. C’était certes viril, très viril même, mais tous les coups n’étaient pas permis, comme on le croit trop souvent. La soule, qui passe aujourd’hui pour brouillonne et violente, était en fait très codifiée et pas si barbare que les fameuses « lettres de rémission » le laissent entendre. Les cas évoqués par ces sources sont tous, par définition, des affaires judiciaires, avec leurs cohortes de blessés et même de morts donnant, à tort, l’image d’une mêlée ultra violente. Comme le signalent ainsi nombre de plaignants, « ce n’est comme cela qu’on pratique la Soule ».
  • 1174 - Publication en Angleterre de La Vie de saint Thomas Becket de William Fitzstephen qui mentionne la pratique courante des jeux de ballons outre-manche (soule / football).
  • Juin 1260 - Jean de Chatillon, comte de Blois, accorde à la paroisse de Chouzy le droit d’organiser un match de soule à l’occasion de la Pentecôte. Ce texte de 1260 reste en usage pendant plus de cinq siècles. À l’image de Chouzy, les paroisses de France obtiennent de leurs seigneurs des jours dédiés aux jeux sportifs, tandis que dans les villes franches, ce sont les édiles qui organisent les jeux. Ces matches constituent une forme de calendrier « officiel », tandis que les parties disputées à la fin de la journée de travail (ou parfois pendant celles-ci…) sont considérées comme des entraînements ou des matches « officieux ». Certaines parties « officielles » drainent des joueurs ou des équipes parfois géographiquement très éloignées ; dans ces cas, les frais de déplacement et d’hébergement sont parfois pris en charge par les organisateurs.
  • 13 avril 1314 - Nicolas Fardonne, le Lord-Maire de Londres, proclame l'interdiction du jeu de foeth ball, dérivé de la Soule, en raison des grands désordres causés dans la cité par ce jeu.
  • 1331 - Le roi d’Angleterre Édouard III interdit la pratique du football (soule) et recommande à ses sujets la pratique exclusive du tir à l’arc.
  • 12 juin 1365 - Ordonnance du roi d’Angleterre Édouard III qui interdit la pratique du football (soule)... sans grands effets!
  • 3 avril 1369 - Défense était faite par Charles V dans tout le royaume de jouer aux dés, aux tables ou dames, à la paume, aux quilles, au palet, à la soule, à la bille, sous peine d'une amende de quarante sous. Le roi enjoignait à ses sujets, par la même ordonnance de s’exercer au tir de l’arc et de l’arbalète, (c d'eulz exercer et habiliter en fait de trait d'arc ou d' arbalestres, ès biaux lieux et places convenables à ce ès villes et tcrrouoirs, et facent leurs dons aux mieulx traians et leurs Testes et joies pour ce……)
  • 1414 - Un an avant la fameuse bataille d'Azincourt qui marque le triomphe définitif des archers (Anglais) sur la cavalerie lourde formée dans les tournois (Français), le roi d’Angleterre rappelle l’interdiction de la pratique du football (soule) et ordonne à ses sujets de pratiquer le tir à l’arc.
  • 1422 - Interdiction par les autorités municipales d’Arras, alors sous occupation anglaise, de la pratique de la soule.
  • 1440 - Une autre interdiction faite par l’évêque de Tréguier précise que ce jeu se pratique depuis fort longtemps déjà. Il menace les joueurs d’excommunication, châtiment très sévère, et de 100 sols d’amende, ce qui prouve bien que la soule était très appréciée à cette époque : il fallait inspirer la peur pour faire cesser le jeu. Cela n’interrompit pas l’acharnement des souleurs.
Commentaires (1)

1. garrache 03/06/2012

bonjour Messire Larcy, merci pour cet article sur la soule issu de la Normandie où j'ai plaisir à vivre. J'ai pu ainsi grâce à vous encore en apprendre sur l'histoire moyennageuse.

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Date de dernière mise à jour : 03/06/2012

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