Le jeu de paume au Moyen âge.

Alors que la soule est un jeu populaire, le jeu de paume a la préférence des milieux aristocratiques. Le jeu de paume est l’ancêtre des jeux de raquettes, comme le tennis. Au Moyen âge, c’est la paume de la main qui fait office d’accessoire pour renvoyer la balle. La raquette ne fait son apparition et se généralise qu’au début du XVI° siècle. Le petit peuple n’avait pas les moyens d’avoir des raquettes et jouait a main nue. D’ou l’expression :"jeu de main jeu de vilain"(sens de paysan).

Joueurs de paume.Gravure du XV° siècle

 

 

Il est l'ancêtre direct de la pelote basque, de la pelote valencienne, de la balle pelote, du jeu de balle au tambourin, du tennis et plus généralement de tous les sports de raquette.

On dit que ce serait Charles d'Orléans qui aurait fait découvrir le jeu de paume à ses geôliers anglais lors de sa longue captivité.

Charles d'Orléans, malheureux fils de ce fameux Louis, assassiné par le parti Bourguignon naissant, et futur père de Louis XII, est fait prisonnier à Azincourt (1415). Dans les 25 années de détention (liberté surveillée en attendant rançon) qui s'ensuivront, il s'adonnera à la poésie et au jeu de paume.

Les joueurs médiévaux aimaient agrémenter le principe du jeu de règles d'occasion, par exemple une très difficile qui était de ne pas jurer sous peine d'amende…

Le tennis tire son nom du cri : "tenez !", parfaitement français, des joueurs de jeu de paume lors du service. Et ce n'est certes pas le seul emprunt au jeu d'origine.

La paume se pratiquait en individuel (1 contre 1) ou en double (2 contre 2), mais aussi à 3 contre 3 ou 4 contre 4. La façon de compter les points (15, 30, 40 et jeu) est toujours utilisée au tennis. L’origine de cette forme de comptage n’est pas clairement établie.

Louis XI, s’il s’intéressait surtout à la chasse, ne dédaigna pas réglementer, dans l’intérêt des joueurs, des paumiers et du bon renom de la célèbre fabrication française, la confection des balles ou esteufs. Il rendit, le 24 juin 1480, une ordonnance sur « les faiseurs de balles », lesquels lui avaient montré que « ledit métier est de grand peine et à peu de profit parce que, le temps passé, chacun qui s’en est voulu mêler l’a fait » ; et que des gens sans conscience « emplissent iceux esteufs de chaux, sablon et autres choses qui ne sont bonnes et à l’occasion de quoi plusieurs ont eu les bras et mains fêlés et blessés. » C’est qu’on n’y allait pas mollement car le jeu nécessitait autant de force que d’adresse ! Le roi édicte une réglementation minutieuse, établit une surveillance, prescrit que : « seront tous les maîtres dudit métier tenus de faire bons esteufs bien garnis et étoffés, de bon cuir et bonne bourre, sans y mettre sablon, craie, batue [rognures de métaux], chaux, son, sciure d’ais [de bois], cendre, mousse, poudre ou terre » sous peine d’amende et de saisie de tous mauvais esteufs qui seront « brûlés afin qu’aucun n’en soit inconvénient. »

 La bonne bourre dont parle Louis XI était celle faite de poils d’animaux ; et son ordonnance dut prendre effet, car, au siècle suivant, l’Espagnol Vivès constate que les balles françaises « ne sont pas remplies comme en Espagne de rognures de drap, mais de poils de chiens. »

Du XIIème aux XVème siècles, les esteufs sont faites de poils d'animaux et d'étouffe de laine. Afin de les durcir, le cuir est utilisé pour la fabrication. Vers les XVIIIème siècles, les esteufs sont conçus avec des draps pressés et liés avec des ficelles : la pelote est ainsi née.

L'étymologie nous aide un peu car esteufs (prononcer "éteu") a la même racine qu'étoffe, du bas latin stoffa.

 Le port d’un gant de cuir afin de protéger la main qui frappe la balle se généralise en cette fin du XIIIe siècle. La paume se pratique à l’origine en plein air, mais dès le XIVe siècle les terrains de jeu sont couverts d’un toit donnant naissance aux salles de Jeu de paume, aussi appelés « tripots ».

 

Joueurs de paume et d'échecs. Gravure du XV° siècle.

Où jouait-on au jeu de paume à Paris ?

La plupart des jeux de paume sont établis dans des plâtrières, tel celui qui existe en 1415 « en la plastrerie » de la rue Bourg-l’Abbé ; un autre jeu aussi célèbre occupe l’hôtel de G. Soret rue Plâtrière, près de la porte Saint-Honoré. La rue du Pélican, dans le même quartier, comporte aussi un jeu de paume.

Le Petit Temple en la rue Garnier-Saint-Ladre (actuellement, rue Grenier-Saint-Lazare).

Sur la rive gauche un jeu se trouve dans l’hôtel appelé le séjour d’Orléans, rue Saint-André-des-Arts.

 Les expressions issues du jeu de paume.

 Certaines expressions françaises sont issues de l'univers de la paume. dans la plupart des cas, leur origine est souvent oubliée et leur sens parfois altéré, mais leur passage dans le langage courant témoigne de l'extraordinaire popularité passée de ce jeu.

 Prendre la balle au bond

Prendre la balle au "bond", c'est saisir la balle avant le "rebond" au sol : à la volée. Maîtriser ce coup était le gage de la qualité et de la vivacité d'un joueur. Dès la Renaissance, l'expression est utilisée pour désigner "l'esprit vif" d'un interlocuteur lors de différents échanges verbaux.

 Qui va à la chasse... perd sa place

La "chasse" est un point particulier du jeu de paume. Lorsque cette chasse est obtenue les joueurs changent de côté. Le joueur au service... "perd sa place" favorable. L'origine de cette expression ayant été oubliée, elle a pris par la suite un tout autre sens.

 Tomber à pic

Si la balle tombe au pied du mur du fond, côté dedans, elle marque une chasse "pic". Avoir la possibilité de réaliser ce point, à certains moments décisifs de la partie, assure un avantage indéniable au joueur l'ayant réussi. "Tomber à pic", c'est donc faire le bon point au bon moment.

 Rester sur le carreau

Le sol d'un jeu de paume était autrefois constitué de carreaux, qui auraient donné le nom au sol même du jeu. L'expression "rester sur le carreau" est devenue symbole de la chute de l'adversaire. Soit qu'il tombât en voulant rattraper la balle, soit simplement qu'il perdit la partie.

 Épater la galerie

Les galeries sont les espaces couverts ceinturant le jeu de paume où se tenaient les spectateurs. A partir de la Renaissance, la galerie désigne les spectateurs. Épater la galerie signifie disputer une partie en suscitant une admiration à en couper les jambes : "é-patter".

 Jeu de main, jeu de vilain

Joué d'abord à main nue, le jeu de paume évolue à la fin du moyen âge vers un jeu de battoirs ou de raquettes. La raquette et le battoir étant des objets d'un certain prix, leur usage les réserve par définition à la "noblesse". Pour les "vilains", Le jeu reste un "jeu de main".

 Tripot

A l'origine, le mot de tripot désigne la salle de jeu de paume. Très tôt, des paris parfois truqués se développent sur les parties. Ces paris et l'installation d'autres jeux ont donné mauvaise réputation aux jeux de paume. Ainsi au cours du XVIIe siècle le terme "tripot" devient péjoratif.

 Avoir l'avantage

Être à un point de gagner le jeu. La formule passée dans le langage courant est issue du jeu de paume. Elle est toujours utilisée dans le comptage des points au tennis. Le mot de "tennis" lui même proviendrait de "Tenetz" employé à la paume pour avertir l'adversaire avant de servir.

 Bisque, bisque, rage !

Une "bisque" est un "point gagnant" dont le joueur peut bénéficier une fois dans la partie au moment de son choix. Le gain du point, et souvent même du jeu, par l'usage de cette sorte de "joker", entraine bien souvent la rage et le dépit de l'adversaire. Cet usage est quasi abandonné.

 15, 30, 45, 60

Le tennis moderne puise son essence dans les règles du jeu de paume. Ainsi peut-on retrouver de nombreuses similitudes entre les deux jeux. Le comptage des points est l'un des exemples. Le "45" trop long à énoncer est devenu "40" et le "60" est devenu tout simplement "jeu".

 Peloter

Peloter désignait le fait de jouer à la paume sans compter les points, pour le plaisir. C'est le jeu avant la partie. Certains auteurs ont repris les termes de la paume pour relater de manière elliptique les badinages de l'amour et certains mots sont ainsi passés dans le langage familier.

 Les enfants de la balle

A l'origine, "Les enfants de la balle" sont les enfants des Maîtres paumiers. Leur adresse proverbiale les a immortalisés. A partir du XVIIe siècle, Les enfants de comédiens utilisant les salles de jeu de paume pour leurs représentations deviennent aussi des "enfants de la balle".

 

Margot de Hainaut, championne de jeu de paume.

"Celle qu’on appelait Margot de Hainaut, née à Mons en 1402, est aujourd’hui considérée comme la toute première tenniswoman professionnelle de l’histoire. Championne de jeu de paume dès l’âge de 20 ans, elle fut appelée à Paris vers 1424 pour y jouer devant le Duc de Bourgogne Philippe le Bon et y fit salle comble deux ans durant, en battant régulièrement les hommes qui lui étaient opposés. Margot reviendra au pays financièrement bien nantie et poursuivra sa carrière en Flandre et en Brabant. Devenue religieuse, elle vivra ses dernières années à l’abbaye de Soleilmont."

 Chronologie du jeu de paume au Moyen âge

  • 1292 - 13 artisans spécialisés dans la confection des balles de jeu de paume sont recensés à Paris qui compte environ 200 000 habitants ! Ce nombre important (8 libraires seulement à Paris) de paumiers implique à l’évidence une pratique importante du jeu.
  • 5 juin 1316. Décès du roi de France Louis X après une partie de jeu de paume : il a pris froid après un match.
  • 1392. On dénombre huit salles de jeu de paume à Paris. Le nombre d'espaces de jeu en plein air est considérable, car chaque mètre carré de rue peut-être colonisé par les joueurs...
  • 22 janvier 1397. Ordonnance du prévôt de Paris qui rappelle l’interdiction de la pratique du jeu de paume notamment. Les joueurs ne tiennent évidemment aucun compte de cet interdit…
  • 22 juin 1397. Le prévôt de Paris interdit la pratique du jeu de paume tous les jours, sauf le dimanche « parce que plusieurs gens de métier et autres du petit peuple quittaient leur ouvrage et leur famille pendant les jours ouvrables, ce qui était fort préjudiciable pour le bon ordre public ». Encore une fois, les joueurs ne tiennent aucun compte de cet interdit et des parties ont lieu tous les jours, au grand désespoir des autorités municipales...
  • 1415. Conséquence de la bataille d’Azincourt, le duc d’Orléans est emprisonné pendant deux décennies en Angleterre. À l’occasion de cette captivité à Winfield dans le Norfolk, le duc introduit le jeu de Paume en Angleterre qu’il pratique quasi quotidiennement. Quatre siècles plus tard, le descendant du châtelain de Winfield, Walter Clopton Winfield, invente le tennis…
  • 1427. Sensation à Paris alors sous occupation anglaise : une femme nommée Margot la Hennuyère se distingue en battant les meilleurs spécialistes parisiens du jeu de paume ! Elle s’incline toutefois face aux joueurs les plus physiques.
  • 1459. Première mention d’une salle de jeu de paume à Londres.
  • 1485. Concile de Sens qui rappelle l’interdiction de la pratique du jeu de paume pour les religieux. C'est loin d'être le premier texte du genre car les ecclésiastiques pratiquent assidument le jeu de paume, parfois même dans des églises qui ne sont pas encore équipée de chaises et offre une superbe surface de jeu en cas d'intempéries ! La hiérarchie religieuse voit évidemment d'un très mauvais œil ces pratiques mais apparait incapable d'y mettre fin.
Commentaires (1)

1. romain 28/03/2011

c trop cool ce cite car je dois faire un exposé

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