Les acteurs du tournoi.

Le tournoi est à l’origine fréquenté essentiellement par les « jeunes » (juvenes), c’est-à-dire des chevaliers non mariés, non (ou non encore) pourvus de terres, souvent cadets de familles (comme le champion Guillaume le Maréchal) pour qui le tournoi, par les gains matériels et le prestige qu’il autorisait, s’avérait être un moyen exceptionnel de pénétrer dans une aristocratie féodale en cours de restructuration (fixation à la terre). Il ne s’agissait donc pas d’un simple divertissement mais d’une pratique correspondant de façon frappante à un « rite de marge » au sens d’Arnold Van Gennep, partie intégrante d’un rite de passage spécifique à cette aristocratie et par lequel on passait de la « jeunesse » à l’âge adulte (c’est-à-dire l’âge de l’exercice du pouvoir).

Seuls peuvent faire un tournoi les princes ou du moins les hauts barons ou les bannerets.

Les comtes et barons viennent aux tournois avec leurs chevaliers afin de s'affronter et prouver leur valeur. Ils couraient ces tournois et participaient au prestige de ceux-ci. Ainsi, au tournoi de Lagni sur Marne, l'auteur de la biographie du « meilleur chevalier au monde » accentue sur le fait qu'il y ait « le jeune roi », « dix-neuf comtes et le duc de Bourgogne » et il parle de ce tournoi comme d' « un tournoi tel qu'on en vit jamais » , ce qui n'est pas anodin. De plus, l'auteur parle de « la plaine [qui] disparaissait sous les combattants » et d' « un tournoi […] très bon, même avant que le roi et le comte y eussent pris part », ce qui marque une exagération de la part de celui-ci pour mettre en avant l'importance de ce tournoi et des gens qui s'y trouvaient. La présence à Lagni de dix-neuf comtes et du duc de Bourgogne est mentionnée avant celle des trois milles chevaliers. Si à l’intérieur des lices, le plus humble des chevaliers peut l’emporter, il y a tout de même certaines limites dans la mesure où la renommée ne dépend pas que des exploits accomplis mais aussi de la qualité sociale des jouteurs.

Par ailleurs, certains ducs et comtes (sires de Blois et de Boulogne par exemples) encourageaient ces compétitions dans le but de s’attirer  l’estime de la fine fleur de la chevalerie.

Le roi, Henri le Jeune, fils d’Henri II Plantagenêt, lui-même y allait, accompagné de sa mesnie qui avait un très grand prestige. Elle comportait environ quatre-vingt chevaliers au tournoi de Lagni mais il en avait bien plus à sa charge (près de deux cent). Ceux-ci recevaient une prime de 80 sous par jour.

Les tournois étaient universels dans l'Europe du début du XIIIe. Les gens venaient de toutes parts de l'Occident pour combattre et ainsi étendre leur prestige sur tout le territoire occidental.

L'auteur parle des différents groupes et acteurs présents au tournoi de Lagni, ce qui nous permet de remarquer la variété des régions de l'Occident représentées. Il précise d'ailleurs qu'ils les nomment par rapport à des témoins oculaires pour légitimer ses dires. Ainsi, par exemple pour le tournoi de Lagni, il parle des Français qui prennent la première place dans son énumération grâce à leur grande valeur et l'honneur acquis par leur pays. Puis il parle des Flamands et des Anglais dont le premier d'entre eux et sur qui il met l'accent est Guillaume le Maréchal dont le prestige le place premier dans cette énumération. Il poursuit ensuite avec les Normands qui durant le règne du jeune roi Henri ont acquis un grand prestige (« Ils étaient grains alors, et maintenant ils sont paille » (l.48)). Il termine son énumération avec des groupes moins prestigieux. On remarque dans cette énumération un ordre hiérarchique bien déterminé : les plus prestigieux, ceux qui acquièrent de plus en plus de prestige et les moins prestigieux.

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

banniere-1.png

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×