Le jeu de dames

La plus ancienne référence aux dames reste celle évoquée par Eloi d’ARMEVAL dans son Livre de deablerie, imprimé à Paris en 1508. Puis nous rencontrons plusieurs mentions de ce jeu ou de ses dérivés "damier" et "damer".

Les parties d’échecs et de dames pouvaient fort mal se terminer comme le montre l’illustration ci-dessus. 

A droite (acte 1)  et à gauche (acte 2), on retrouve les 2 mêmes joueurs, après le gain de la partie par le rouge. 

La « tabula » (nom des plateaux de jeux de l’époque) comporte 80 cases à droite, et 72 cases à gauche.

D’ou viennent les dames ?

On doit à Josep BRUNET Y BELLET d’avoir proposé le premier, à la fin du XIXe siècle, l’hypothèse la plus crédible quant à la naissance des dames : celles-ci seraient nées au Moyen-Age de la transposition du jeu alquerque de doce ("marelle de douze") sur un échiquier. Par là, l’érudit catalan s’opposait à ceux qui voyaient dans les dames une simplification des échecs.

Le grand historien des échecs Harold MURRAY devait par la suite adopter ce point de vue en y greffant ses propres trouvailles.

Dans son livre A History of Board Games other than Chess (Oxford, 1952), il affirme que le jeu est né au XIIe siècle, probablement dans le sud de la France.

Approfondie par l’historien hollandais K.W. KRUIJSWIJK dans un livre essentiel (Algemende historie en bibliografie van het damspel, La Haye, 1966), cette localisation est aujourd’hui contestée.

Les regards se tournent donc à nouveau vers l’Espagne, où nous trouvons l’ancêtre présumé des dames, le jeu alquerque de doce, décrit et illustré dans le fameux Livre des jeux du Roi Alphonse X, achevé en 1283.

Cette "marelle de douze" se jouait sur un tablier fait de 6 lignes horizontales et de 6 lignes verticales entrecroisées et traversées de diagonales dans les deux sens.

Les pions, au nombre de 12 par joueur, se déplacaient sur les intersections, offrant ainsi 25 positions (cases) possibles. La prise se faisait en sautant.

Un jeu du XVe siècle pourrait bien avoir assuré la transition. Nommé andarraya, mentionné dès 1429, il figure dans ce qui est le premier vrai dictionnaire de castillan, le diccionario romance en latin d’Antonio de NEBRIJA (1495) où le mot est qualifié de "nouveau".

Le tablier ne comprend pas de lignes verticales ni horizontales, ce qui oblige à disposer les pions comme aux dames.

Hors d’Espagne, les textes restent très discrets, mais plusieurs diagrammes bien reconnaissables de marelles de douze ont été relevés ici et là - en Angleterre, en Italie et même en France.

Certains d’entre eux peuvent être datés du Moyen-Age, révélant ainsi la diffusion du jeu.

La "révolution échiquéenne"

On peut difficilement comprendre l’histoire des dames sans évoquer celle des échecs.

En effet, outre la réutilisation de l’échiquier, le jeu de dames emploie plusieurs termes que l’on retrouve aussi dans le vocabulaire des échecs : pion, dame, le verbe damer (transformer un pion en dame).

Et, si la marche du jeu et le mode de capture sont entièrement différents, les déplacements de la dame dans le jeu actuel ne sont pas sans évoquer ceux du fou aux échecs.

Or, aux echecs, ces possibilités accrues de mouvements n’ont été introduites qu’à la fin du Moyen-Age. Jusque-là, la dame se déplaçait de case en case, ce qui rendait le jeu très lent.

Ces règles, héritées des Arabes et des Persans, qui les tenaient de l’Inde, furent modifiées en Europe vers 1475-1485, comme l’a montré Harold MURRAY dans son histoire des échecs (A history of chess, 1913).

C’est donc manifestement à la même source que les échecs ont puisé leurs améliorations, et les dames leurs règles. Or on pense que les échecs "renouvelés" ont pris naissance dans la péninsule ibérique.

Du coup, l’hypothèse d’une origine espagnole des dames se trouve renforcée.

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