L’or des comtes de Nevers

L’économie française connut une petite révolution lorsque que le roi Saint Louis, dès son avènement, en 1266, ordonna de lancer la frappe d’un écu d’or, première monnaie de métal précieux à sortir depuis des siècles des ateliers monétaires royaux. Loin de supplanter l’argent dans la majorité des échanges, le métal jaune reconquiert lentement un espace dont il était presque totalement absent.

Réservé à l’orfèvrerie religieuse ou civile, l’or était très rare dans les régions du Centre de la France. Parfois, seul un placage sur une âme d’argent donnait un aspect précieux aux objets liturgiques.

Exceptionnellement, ce n’est pas en Berry que j’ai été puiser mes informations, mais dans la région voisine du Nivernais. La porosité tant politique que religieuse entre ces deux espaces laisse penser que la situation économique de la région de Nevers ne devait être guère différente de celle de Bourges, Châteauroux ou Bourbon. L’inventaire des titres de Nevers, publié au XIXe siècle, contient quelques évocations très précise de la circulation du métal jaune dans l’espace ligérien.

Un acte de 1194 retient tout de suite l’attention. Yolande, comtesse de Nevers, accorde à l’église Notre-Dame de La Charité une rente annuelle et perpétuelle de deux besants d’or. La présence de cette unité monétaire, bien qu’exotique -le besant est une pièce d’or byzantine- n’a rien d’anormal en pleine période d’échanges, par le truchement des Croisades, entre l’Orient et l’Occident. Chevaliers et marchands chrétiens ont ramené avec eux les métaux précieux acquis ou dérobés au contact des musulmans et de Constantinople. Ceci dit, les grands testaments berrichons que nous connaissons dans la première moitié du XIIIe siècle ne font aucune référence au métal jaune. Les besants nivernais sont des exceptions.

L’or reste longtemps une matière rare, car il faut attendre 1374 pour voir un bourgeois nivernais acheter à un hôtelier la moitié de la terre de Marzy pour neuf vingt douze (sic) livres d’or. Une faute du copiste nous empêche d’évaluer la quantité de métal que représente le prix de la vente, mais il est évident que les ateliers royaux alimentent désormais l’économie en monnaies nobles. En 1456, le comte de Nevers compose avec l’abbé du monastère cistercien des Roches: en échange d’une série assez disparate de droits et de rentes, il promet de verser aux moines blancs une somme de 20 écus d’or chaque année.

Les bijoux et ornements corporels sont aussi plus nombreux grâce à la mise en circulation du produit des mines, mais la région ne semble pas disposer de grands ateliers de joaillerie. C’est en effet à Paris qu’en 1320 Louis, comte de Nevers, fait réaliser par un orfèvre local, pour la somme de 1000 livres parisis, une couronne et un capel (casque d’apparat) d’or. C’est encore à Paris qu’un autre comte, Philippe, vend à un changeur d’or pour 200 écus une chaîne d’or garnie de lettres d’or et de 29 perles, peut-être un gage ou le produit d’une rançon.

La vaisselle précieuse n’est évoquée par les documents qu’au 16e siècle. En 1566, deux orfèvres sont chargés d’inventorier toutes les choses précieuses contenues dans le château de Nevers. Les hommes d’art y recensent, pour la somme très précise de 13.180 livres, 17 sols et 7 deniers des bagues, pierreries, vaisselle d’or et d’argent (et autre choses précieuses).

Le renouveau de l’économie permis par la fin des troubles de la Guerre de 100 ans et par le début de la Renaissance ne s’observe pas que dans le patrimoine bâti. Les nobles de l’époque se parent de richesses qu’on aurait bien été en peine de concevoir quelques siècles plus tôt.

Source :

Berry médiéval: histoire et patrimoine du Moyen-âge en Berry

rédigé et illustré par Olivier Trotignon, médiéviste


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