Le contexte historique de la création du franc

La création du franc s'inscrit dans un contexte de crise. En effet, du milieu du XIVe siècle à celui du XVe siècle, la France subit l'épreuve des épidémies, des troubles civils, de la guerre et du marasme économique.

La Peste noire


Lors d'une des périodes de trêve de la guerre de Cent Ans, une terrible épidémie de peste envahit toute l'Europe, décimant en quelques années une large portion de sa population.
La peste bubonique, ou Peste noire, fut introduite dans le port de Marseille en novembre 1347 par des navires venant d'Asie. Extrêmement contagieuse du fait de la surpopulation des villes, du manque d'hygiène, de la disette et de l'impuissance de la médecine médiévale, elle se propagea en suivant les voies de communication terrestres ou maritimes.
Au cours de l'année 1348,une grande partie de la France, de l'Italie, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Espagne était touchée. Dans les années suivantes, elle frappa la Scandinavie, les Pays-Bas et pour finir, en 1352, la Russie. L'épidémie resurgit périodiquement tous les dix ou quinze ans pendant plus d'un demi-siècle.
Frappant indifféremment hommes, femmes et enfants, elle dépeupla des régions entières alors que d'autres étaient épargnées. Parmi les nombreuses conséquences de cette épidémie qui terrifia les populations figurent la persécution des juifs, pris comme boucs émissaires, et la recrudescence des pratiques religieuses. En effet, la peste était considérée comme une manifestation de la colère divine. Il fallait donc apaiser celle-ci par des processions, des pénitences et des dévotions aux saints guérisseurs.
Si l'épidémie a accentué la régression démographique de l'Europe et notamment de la France, elle a néanmoins permis aux survivants de s'enrichir et de vivre mieux. Elle a aussi autorisé l'alourdissement de la fiscalité indispensable pour le roi, en pleine guerre de Cent Ans.

La défaite


Les ravages de la peste ont suspendu les hostilités entre le roi de France et le roi d'Angleterre et la guerre a englouti tout l'argent dont le roi de France pouvait disposer. Jean II le Bon convoque donc les états généraux à Paris et obtient des subsides de ces derniers en l'échange d'une promesse de retour à une monnaie stable. De nouveaux impôts permettent de solder des troupes mais les états veulent contrôler l'affectation des sommes. La méfiance des états se développe à l'égard d'un roi dépensier et mauvais gestionnaire, les critiques, appuyées par Charles le Mauvais, roi de Navarre et gendre de Jean le Bon, se multiplient à l'encontre de l'administration royale. L'emprisonnement de Charles le Mauvais sert de prétexte à la relance de la guerre.
En 1356, le fils d'Édouard III, appelé le Prince Noir, entreprend un nouveau raid, une "chevauchée", en France. L'armée de Jean le Bon tente de l'arrêter près de Poitiers. En vain. Le 18 septembre 1356 la défaite des Français fut telle que le roi lui-même fut fait prisonnier.
Au lendemain de la défaite, Charles, le Dauphin, qui n'a que 18 ans, convoque les états généraux à Paris pour résoudre la crise. Le régime est mis en cause par ces derniers alors que le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, soutenu par le parti de Charles le Mauvais, soulève le peuple contre la dernière en date des mutations monétaires. Dans la ville, c'est la grève dans une atmosphère d'émeute. Au début de l'année 1357, le dauphin, sans appui et sans argent, ne peut que céder. La monarchie est alors contrôlée par une bourgeoisie et une noblesse qu'anime un idéal réformateur. Les états entendent lutter contre le gaspillage en surveillant eux-mêmes la perception des impôts qu'ils ont consentie. Le Dauphin n'a donc plus les moyens d'agir hors de leur contrôle d'autant qu'il a dû promettre de ne plus remuer la monnaie pendant un an ("grande ordonnance" de février 1357 qui propose une véritable monarchie contrôlée dans laquelle il est dit, en particulier, que les états généraux fixeront annuellement le cours de la monnaie).

Les troubles civils


Les campagnes autour de Paris sont en proie aux bandes de routiers, mercenaires libérés par la trêve de Bordeaux conclue au lendemain de la bataille de Poitiers. Ces "brigands" font régner l'insécurité entre la Seine et la Loire. De son côté, le Dauphin, qui prend le titre de régent en 1358, tente d'exploiter le malaise né des excès de la rébellion parisienne et parvient à quitter Paris pour préparer les conditions d'un retour en force. Devant la menace d'un siège, Étienne Marcel cherche l'alliance avec les "jacques". Jacques Bonhomme était le surnom peu flatteur, synonyme de rustre, donné aux paysans au Moyen Âge. La Jacquerie est une révolte paysanne qui affecta en 1358 la région parisienne (l'Île-de-France, le Beauvaisis et la Brie). Le mouvement fut extrêmement violent et principalement dirigé contre les nobles qui étaient massacrés et dont les châteaux étaient pillés et brûlés. Les paysans sont révoltés par des années de disette, la stagnation des prix du blé et refusent la soumission à des nobles qui, battus à Poitiers, ne leur paraissent pas remplir leur fonction alors même qu'ils les accablent d'exigences accrues pour compenser la crise des profits seigneuriaux et s'acquitter de leurs rançons.
Les réflexes de classe jouent alors et Étienne Marcel apparaît inutile et traître à la bourgeoisie parisienne qui prend peur devant l'engrenage de la violence. La crainte d'un pacte entre le prévôt, Charles le Mauvais et les Anglais sert de prétexte à son assassinat le 31 juillet 1358. Quant aux chevaliers, ils s'emploient tous à écraser la Jacquerie, à commencer par Charles le Mauvais qui se réconcilie avec le régent. C'est la fin de la révolte antinobiliaire.

Le traité de Brétigny


Édouard III, roi d'Angleterre, profitant du trouble, tente en 1360 d'entrer dans Reims pour s'y faire sacrer, mais la ville étant bien fermée, il doit se contenter d'une paix. Le traité de Brétigny est signé le 9 mai 1360. En échange de sa renonciation à la couronne de France, le roi d'Angleterre reçoit environ le tiers du pays, notamment la grande Aquitaine, ainsi qu'une énorme rançon de 3 millions d'écus d'or (environ deux années des recettes totales du roi de France ) pour racheter Jean le Bon. Le roi de France, libéré sous caution, fait une entrée triomphale à Paris en décembre 1360, après avoir signé à Compiègne l'ordonnance qui établit de nouvelles taxes et crée solennellement le franc.
Bien qu'il ait accepté de marier sa fille Isabelle au riche seigneur de Milan, Galéas Visconti, contre 600 000 florins, Jean le Bon, libéré à crédit, doit encore 2 600 000 livres au roi d'Angleterre.Il revient à Londres en janvier 1364 se constituer prisonnier après la fuite de l'un de ses fils laissés en otage pour garantir le paiement intégral de la rançon. À sa mort en 1364, Charles V, qui lui succède, s'efforce de remettre le royaume en état en s'appuyant sur des conseillers (légistes, théoriciens tels que Nicolas Oresme, évêque de Lisieux et traducteur d'Aristote), sur la bourgeoisie, la noblesse de robe et de petits seigneurs provinciaux. Il inaugure notamment une fiscalité moderne reposant sur des impôts directs et indirects permanents.

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