Le franc à cheval, description et analyse

Le droit


La légende

IOHANNES DEI GRACIA FRANCORV REX, "Jean, par la grâce de Dieu, roi des Francs".
La langue des légendes monétaires royales fut à quelques exceptions près le latin jusqu'en 1789. Seuls quelques deniers de Philippe Auguste (1180-1223) frappés en Picardie et en Artois vers 1190-1200 portèrent le nom de l'atelier en ancien français (Arras, Péronne, Moustereul pour Montreuil-sur-Mer) et la petite monnaie de cuivre (doubles deniers tournois, deniers tournois, liards) à partir du règne de Henri III (1574-1589) porta des légendes intégralement françaises.
Au Moyen Âge, les souverains d'une même dynastie portant le même prénom ne sont pas numérotés comme les historiographes le firent plus tard pour les distinguer. Seuls les noms des papes furent dès cette époque affectés d'un numéral ordinal (secundus, tercius, quartus) écrit en toutes lettres dans leurs actes écrits, sur leurs sceaux et leurs monnaies. Pour les monnaies des rois de France, on trouve cette précision en chiffres romains (XII) sur une pièce de dix deniers de Louis XII et sur ses espèces issues de l'atelier d'Aix-en-Provence. L'emploi s'en généralise sous le règne de Henri II après l'ordonnance de 1549. Jusqu'au temps de Louis XIII, on utilise indifféremment chiffres arabes et chiffres romains, puis uniquement les chiffres romains jusqu'à la Révolution.
L'usage habituel du latin conservé dans les actes royaux, sur les sceaux et les monnaies royales a contribué à perpétuer l'ancienne formule Francorum rex ou rex Francorum au lieu d'une nouvelle telle que rex Francie, "roi de France". C'est seulement en ancien français que celle-ci s'impose, dans la littérature et les premiers actes royaux en langue vernaculaire sous le règne de Philippe Auguste (1180-1223). La formule Dei gracia, "par la grâce de Dieu", signifiait à tous que le roi tenait son pouvoir et sa charge directement de Dieu et qu'il ne reconnaissait aucune autorité supérieure dans son royaume et sur terre, ni l'empereur ni le pape.

Le type

Le roi est représenté en chevalier en armes, portant un heaume couronné, chargeant l'épée haute sur son destrier houssé aux armes de France.
Le franc à cheval a ceci d'exceptionnel que c'est la première monnaie royale française représentant le souverain en chevalier chargeant comme pour aller au combat.
Depuis Hugues Capet, le roi était très rarement représenté sur ses monnayages, et il ne l'était jamais personnellement, par un portrait réaliste fidèle. Il apparaissait en une effigie de face couronnée sur certains deniers du XIe et du XIIe siècle (Reims, Laon, Bourges). Puis, à partir du monnayage d'or de Philippe le Bel (1285-1314), il figuré en souverain qui trône (siège curule puis stalle gothique), ou debout sous un dais gothique ou un pavillon de tissu fleurdelisé. Il porte les attributs et insignes de sa fonction, de ses pouvoirs (couronne, sceptre, main de justice, fleur de lis), et se trouve revêtu plutôt d'habits de cour, d'apparat, que d'une tenue militaire, sauf sur l'écu d'or à la chaise, d'ailleurs créé aux prémices de la guerre de Cent Ans par Philippe VI (janvier 1337), où apparaissent le haubert, la cotte d'armes et une épée.
    

Le type équestre du chevalier en action était plus couramment utilisé sur les sceaux des seigneurs féodaux. Le sceau de Jean le Bon lui-même lorsqu'il n'était que fils aîné du roi, duc de Normandie, comte d'Anjou et du Maine depuis 1332, en est un parfait exemple (il porte ici les armoiries de l'Anjou). Le chevalier chargeant fait son apparition au XIIIe siècle sur les deniers de petit module des ducs de Lorraine Mathieu II (1220-1251) et Ferri III (1251-1303). Mais le type s'épanouit à partir du gros au cavalier de Marguerite Irecomtesse de Hainaut (1244-1280), créé à Valenciennes vers 1275. Il est repris par de nombreux seigneurs du Nord, au Luxembourg, en Lorraine et à Bar, et jusqu'en Bourgogne par Eudes IV (1315-1350) et à Orange par Bertrand III (1282-1335). Le destrier est houssé aux armoiries du prince, qui ornent aussi son écu. Le chevalier, le visage dissimulé sous son heaume, brandit son épée ou porte un étendard. En outre il est à noter qu'on recourait souvent aux mêmes personnes pour graver les matrices de sceau ou les matrices de coin monétaire, la technique requise étant la même.
Le type du franc de Jean le Bon s'inscrit donc dans cette tradition, à défaut de respecter la tradition monétaire royale. Pourquoi ce choix ? On ne peut qu'avancer des hypothèses. Le coin aurait pu avoir été prévu pour Charles, fils et successeur désigné du roi, duc de Normandie et lieutenant général du royaume depuis la captivité du roi à Londres, puis avoir été utilisé finalement pour le roi lui-même lorsqu'on apprit enfin sa libération contre rançon. L'image du roi chevalier combattant - il s'agit bien du roi, car son heaume est surmonté de la couronne royale et la housse est un semé de lis sans autre motif - peut aussi manifester, comme le nom de la pièce, la liberté recouvrée par le roi capturé au combat (bataille de Poitiers en 1356), qui peut dès lors à nouveau rentrer en son royaume pour le garder, le protéger et le défendre, comme il en a la charge et le devoir impérieux depuis son sacre.

Le revers


 

Il est en revanche plus traditionnel au regard du monnayage d'or des rois de France depuis Saint Louis.

La légende

XPC VINCIT XPC REGNAT XPC IMPERAT.
Cette formule, qu'on doit développer en Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat, soit "Christ vainc, Christ règne, Christ ordonne", est une acclamation prononcée lors des cérémonies religieuses de Pâques apparue dans le monnayage royal français sur l'écu d'or de Saint Louis. Elle demeura la légende des monnaies d'or royales françaises jusqu'à la Révolution, à l'instar du sit nomen domini benedictum (béni soit le nom du Seigneur) sur les pièces royales d'argent.

Le type

Il s'agit d'une croix végétale au cœur en quadrilobe, inscrite dans un quadrilobe cantonné de quatre trèfles.
Depuis l'époque mérovingienne, et pour des motifs politico-religieux évidents (la royauté franque, donc le royaume des Francs, était chrétienne depuis Clovis), la croix était sans doute le type le plus couramment utilisé sur les monnaies médiévales, au point que le mot "croix" désignait usuellement le revers d'une pièce. Cette ornementation au revers des monnaies d'or royales françaises était classique depuis l'écu d'or de Saint Louis pour la croix, depuis Philippe le Bel pour le polylobe, encore qu'il y en eût un autour de l'écu aux lis de la pièce de Saint Louis. Cependant, au regard des formes relativement simples gravées jusque-là sur les monnaies d'argent, c'était un changement radical de style de croix et plus généralement de gravure, en quelque sorte la contribution des graveurs monétaires à l'esthétique de l'époque, au style gothique du XIVe siècle. En effet, comment ne pas rapprocher ces motifs de ceux que l'on peut voir encore aujourd'hui sculptés et ciselés dans l'orfèvrerie contemporaine, dans les pierres des cathédrales ? Pour finir, on peut y associer l'épigraphie des légendes qui, dans les formes nouvelles, "gothiques", de certaines lettres, reflète tout autant le caractère gothique des monnaies d'or de cette période.

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