L'abandon de l'enfant au Moyen âge.

Illustré par Evrard d'Espingues, 1463, BNF, Paris. " Avant l'adoption d'un bébé, il y a l'abandon de celui-ci. C'est un mot tabou qui désigne un acte qu'il faudrait escamoter au maximum. Ce concept est à l'origine des maux dont souffrent les adoptés tout au long de leur vie. Les non-dits, les secrets, les informations séquestrées au sujet de leur passé créent des sortes de trous pour eux qui vont compromettre leur équilibre. L'amour qu'ils reçoivent de leur famille adoptive ne permettra jamais de les combler totalement. Un lien doit être préservé, car il est difficile de bien vivre lorsqu'on vous a volé votre passé. "

Le déclassement est souvent précoce lorsqu’il commence dès la naissance avec ces « enfants de mamelle », ces « pueri inventi », « gectés à la rue »,  exposés ou « habandonnez et delaissez soubz les portaulx » des églises, des bâtiments publics, des maisons, sur les marches des escaliers, bien en évidence pour qu’ils soient recueillis le plus vite possible : « ils laissoient ledict enffant quasi jusques au soir afin de voir s’il viendroit quelque personne de bien qui, par charité ou aumosne, le voulsist », dit un texte parisien du XVème siècle.

 Les femmes qui ne veulent pas élever l'enfant qu'elles ont mis au monde ont toujours créé un problème pour la société. La question de l'abandon des enfants dès la naissance s'est posée tout au long de l'histoire. Pour éviter les infanticides et les abandons sur la voie publique, la société a tenté d'en organiser les modalités. De tout temps, il y eut des enfants abandonnés, sitôt nés, par leur géniteur.

 On connaît l'abandon ordonné par la Cité de Sparte, des enfants considérés comme fragiles, malformés, susceptibles d'être à charge de la société. Il s'agissait là, en fait d'une forme d'infanticide.

Au Moyen âge, le dénuement et l'adultère pousse des femmes à abandonner leurs enfants. Elles les déposes dans des lieux publics ou, comme le réclame l'Eglise, s'en dessaisissent aux portes des églises afin qu'ils soient trouvés plus sûrement. Ces abandons auraient été relativement peu nombreux.

L'infanticide, l'Eglise, dès le début du moyen âge, essaie de l'éviter, en encourageant précisément l'abandon. De manière générale, les enfants Jean Mansel, Fleur des histoires, fin 15° siècle, BNF, Paris.
illégitimes sont abandonnés dès la naissance, les enfants nés de famille pauvre peuvent l'être plus tard, quand les parents se rendent compte de l'impossibilité qu'ils ont à les élever. Que l'on songe au fameux conte du Petit Poucet.

Il est malaisé de connaître le nombre exact des enfants livrés à la rue et à la merci des passants, avant d’être pris en charge, ici par une fabrique paroissiale (Amiens, Saint-Omer), là par un hôpital ou une collectivité religieuse (le Chapitre Notre-Dame de Paris), là encore par une seigneur haut justicier. Les chiffres sont incomplets, douteux. On raconte que pendant l’hiver 1420-1421, un des plus rigoureux de notre histoire, on découvrait à Paris, au petit matin, abandonnés sous les portes cochères et même sur les fumiers, dix, vingt et trente enfants morts de froid ou affamés. Un témoin rapporte qu’à Amiens, en mars 1481, « à l’occasion de la grant chierté de blé et autres vivres comme aultrement, il y avoit certaine grant cantité de povres enffans trouvés en l’hostel Dieu et Monseigneur Saint-Jehan-Baptiste et jusques au nombre de deux cens ».

 Au Moyen Age, l’Eglise cherche à secourir ces enfants afin d’éviter l’infanticide.

Au Ve siècle, un enfant exposé et trouvé, doit être porté à l’église. Le prêtre annonce aux fidèles le recueil du nourrisson, et s’il n’est pas réclamé dans les 10 jours, il est confié à des parents adoptifs.

Tour d'abandon du XVIII° siècle. Devant le grand nombre d’enfants jetés dans le Tibre, le Pape Innocent III déclare en 1198 que les orphelinats doivent installer des ruote per i trovatelli (boîtes à bébé ou Tour d’abandon) où les femmes peuvent laisser les enfants dans l’anonymat tout en améliorant les chances de survie des enfants. Les premières boîtes à bébé sont nées et se répandent dans toute l’Europe. Cette pratique consiste à déposer le bébé sur un dispositif placé sur la façade de l’hospice et fonctionne comme un guichet tournant. L’enfant est recueilli « de l’autre côté » par les responsables de l’hospice qui l’hébergent et le nourrissent.

Au début du moyen âge, le sort de ces enfants est variable, selon qu'ils trouvent place dans les hôpitaux religieux spécialisés ou pas. Dans le meilleur des cas, tous ces enfants sont confiés aux hospices créés par l'Eglise et les municipalités, comme à Montpellier (Xème siècle, à Marseille (XIIIème siècle) ou à Paris (XVème siècle). Roman de Thèbes, Maître de Fauvel, vers 1330, BNF, Paris

On rencontre des enfants abandonnés partout, y compris dans une petite ville où tout se sait et se divulgue, un ou deux cas par an au minimum à Morlaix au XVème siècle. A chartres, où une enquête a été faite à partir des comptes hospitaliers, on constate une augmentation inquiétante du nombre des enfants secourus à partir des années 1468-1472. Jusqu’à cette époque, l’Aumône Notre-Dame, dispensatrice de secours, versait en moyenne deux pensions par an, ce qui n’était pas excessif pour une ville d’environ dix mille habitants. On passe brusquement à une moyenne de 16 assistés et même une pointe de 37 en 1483. Autre constatation intéressante, sur 319 enfants dont le sexe est connu à partir de 1460, 173 sont des filles (54,25%). Abandonne-t-on plus aisément une fille qu’un garçon ? Ce n’est pas impossible. Les archives de Poitiers signalent plusieurs « petites filles » déposées sur l’autel de Notre-Dame-de-la-Paille dans le faubourg Saint-Cyprien. Meraugis, expose, BNF, Paris. Beaucoup de ces « enfans malles », de ces « filles gectées sur champs ou sur maczonnerie » meurent en bas âge. La mortalité infantile est grande, plus de 22% des assistés en moyenne à Chartres en dix ans, de 1482 à 1491, jusqu’à 72,7% du total en 1494 ! Ceux qui survivent après leur placement chez une nourrice atteignent l’âge adulte sans avoir connu de jeunesse et il y a tout lieu de penser que la rue a constitué leur univers familier.

En effet les possibilités sont volontairement réduites car on veut éviter d'encourager les parents dans cette voie. S'ils ont cette chance, d'abord ils sont mis en nourrice dans une famille d'accueil jusqu'à l'âge de 3 ou 4 ans. Entre 6 et 8 ans, ils sont confiés à un maître d'école avant de retourner dans une famille d'accueil où ils apprendront un métier. Normalement la famille s'engage à les élever comme ses propres enfants. Ces hospices ont permis de les soustraire à la loi féodale qui les livrait corps et âme à l'adoptant.

 

Sources et bibliographie :

Bavoux (P.), « Enfants trouvés et orphelins du XIVe au XVIe siècle à Paris », Actes du 97e congrès national des sociétés savantes, Nantes 1972. Bulletin Philologique et historique, 1979.

Billot (Cl.), « Les enfants abandonnés à Chartres à la fin du Moyen âge », Annales de démographie historique, 1975.

Lallemand (L.), Histoire des enfants abandonnés et délaissés, Paris 1885.

Leguay Jean-Pierre, « La rue au Moyen âge », Ouest France Université, 1984.

Mollat (M.), « Assistance et assistés », Bulletin Philologique et Historique, 1979.

 

Commentaires (2)

1. lartdesmets (site web) 06/01/2013

Bonsoir,
Je suis Claude Larcy, administrateur du site...
Médiévalement,
Claude

2. mimi 06/01/2013

il faut mettre la personne qui a fait se site parce que moi j'en ai besoin pour un exposé (sitographie) svp merci

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