L'infanticide au Moyen âge.

I Danse macabre - Fin XV° siècle. Au sens étroit du terme, l'infanticide désigne le meurtre intentionnel d'un enfant, le plus souvent né hors mariage, immédiatement après sa naissance. Le terme n'inclut pas seulement les décès dus à une mort violente, mais aussi les infanticides involontaires fréquemment dus aux circonstances de la naissance: mauvaises conditions d'hygiène, négligences fatales ou manque de soins après l'accouchement (par exemple la non-ligature du cordon ombilical). En cas de grossesses non désirées, il était plus fréquemment fait recours à l'avortement et à l'abandon.

Au Moyen âge comme dans toutes les civilisations, l’infanticide à existé. Cependant, contrairement à ce que l’on a longtemps affirmé, il s’agit d’un phénomène très marginal qu’il est toujours bien difficile de distinguer de l’accident, de la mort subite du nourrisson ou de la négligence.
Dans les sources de la pratique (registres d’écrou et coroner’s roles anglais, lettres de rémission, etc.), L’infanticide ne représente jamais plus de un pour cent des crimes et il est presque toujours commis par de très jeunes femmes vivant dans la pauvreté. Les mentions sont certes plus fréquentes dans les sources littéraires, mais le crime d’infanticide agit comme un stéréotype qui désigne, aux yeux du lecteur, les mauvais parents (païens puis Sarrasins ou juifs). La vigueur des condamnations, récurrentes tout au cours du Moyen âge, prouve qu’il s’agit d’un crime intolérable, mais ne traduit pas une pratique courante.

La faiblesse des cas rencontrés et la sévérité des jugements prononcés à l’encontre des coupables révèlent le profond respect de la vie défendu par la société médiévale chrétienne et la nature sacrée de l’infans ; elles traduisent également la très grande place accordée à l’enfant. Ainsi, au milieu du XIIIème siècle, si Pierre de Fontaines invite les juges, par prudence, à posséder des preuves irréfutables avant de condamner un tel crime c’est, explique-t-il, parce que l’amour des parents est si grand que la mort du nouveau-né est presque toujours la conséquence d’un accident et non un acte volontaire.

Dans le droit romain, l'infanticide fut considéré comme un crime passible de la peine de mort dès 374 apr. J.-C., alors que le droit germanique ne le reconnaissait pas comme une infraction spécifique. Dans certains cas, le chef de famille avait le droit de vie et de mort sur sa progéniture. Toujours proscrit par l'Eglise, l'infanticide fut poursuivi systématiquement par les autorités temporelles dès le milieu du XVIème siècle.

Normalement, les soupçons ne portaient que sur la mère célibataire ayant dissimulé sa grossesse et la naissance de l'enfant. La procédure s'articulait habituellement autour du moment du décès, pour déterminer si l'enfant était mort-né ou s'il avait été tué intentionnellement. Dès le Moyen Age, la coupable était souvent condamnée à mort, car l'infanticide passait pour un délit particulièrement répréhensible: l'enfant tué étant "innocent" et sans défense, la coupable contrevenait à l'image féminine de la mère aimante. Quand l'enfant était décédé sans baptême, la mère était de plus accusée de l'avoir privé du salut éternel.

L’infanticide sous toutes ses formes, y compris par l’abandon et faute de soins, est durement châtié. Une femme d’Abbeville responsable de la mort de son enfant en 1383 est condamnée au bûcher. La justice enquête à chaque découverte, fait appel à la délation pour retrouver la mère fautive. Si, à cette époque, la fornication n’est pas forcément considérée comme un péché, si « l’amour sur l’herbette » fait partie des réalités courantes, la grossesse et la naissance de l’enfant illégitime sont source de honte, d’infamie et brisent la réputation et la vie de beaucoup de filles célibataires, de jeunes veuves, de chambrières séduites par leurs maîtres. La souffrance morale qui en résulte, la honte ou « vergoigne », le désir d’échapper au rejet social poussent les malheureuses à cacher le plus longtemps possible « l’enflure » puis à se débarrasser du « fruict » venu à terme, par la mort ou par l’abandon. Un célèbre prédicateur du XVème siècle, Olivier Maillard, vitupérait en termes très crus l’incontinence de ses contemporains, pires que des bêtes, disait-il. Et d’ajouter, en guise de conclusion que, du fond des latrines, des rivières et des étangs, (il aurait pu ajouter des ruelles obscures), sortaient les gémissements des enfants qui y avaient été précipités.

Sources et bibliographie.

Didier LETT, Dictionnaire du Moyen Âge, PUF, 2006.

BRISSAUD (Y.-B.), « L’infanticide à la fin du Moyen Age. Ses motivations psychologiques et sa répression », in Revue Historique de Droit français et étranger, 1972, p. 237-240.

Jean-Pierre Leguay, « La rue au Moyen âge », Ouest France université, 1984.

 


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