Histoire de l’hydromel

L’hydromel est une boisson fermentée faite d’eau et de miel. Sa signification est claire : hudôr (eau) et meli (miel). Les grecs90578628.jpg en avaient fait la boisson de leurs dieux. Zeus et ses compagnons de l’Olympe ne buvaient que de l’hydromel, alors considéré comme le « nectar des dieux ». De plus, il semblerait que l’hydromel soit à la base de l’expression « lune de miel ». A l’occasion du mariage, l’union des époux était fêtée en buvant de l’hydromel. Cette boisson apparaît d’ailleurs pendant longtemps comme responsable de la fertilité du couple. Les vertus attribuées à cette boisson sont nombreuses. Hippocrate pense qu’il adoucit les voies respiratoires et calme la toux. On peut imaginer que ce sont plutôt les vertus du miel qui sont présentes dans l’hydromel.

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Parmi les spécialités au miel, on en oublie souvent une des plus anciennes : l’hydromel. Boisson historique si l’on peut dire, l’hydromel apparaît pour la première fois à l’âge du bronze au Danemark. Cette boisson est l’une des premières boissons alcoolisées que l’homme ait bues. Une des premières recettes écrites de l’hydromel nous vient d’Aristote vers 350 av J.C.

On ne sait pas quel fut le Dieu ou le simple mortel qui inventa l’hydromel, mais il est présumable qu’Osiris, personnage célèbre dans les annales de l’invention, fit usage d’hydromel avant d’inventer la bière ; car les dieux, ainsi que les hommes, durent être chasseurs avant que d’être cultivateurs ; et, parmi les produits de la chasse, le miel récolté dans le creux des arbres où s’étaient logées des abeilles dut figurer en première ligne.

L’art de faire l’hydromel pourrait bien, comme beaucoup de découvertes, être dû au hasard ; un rayon de miel exprimé par quelque Nemrod ignoré, dans une écorce d’arbre arrangée en vase dans lequel un peu de pluie tomba et fit fermenter la matière sucrée, voilà l’hydromel découvert !

Quoiqu’il en soit de cette origine plus ou moins vraisemblable, il est certain que l’hydromel a été la première boisson fermentée en usage.recolte-1.jpg Nous savons que les Egyptiens en buvaient copieusement, qu’ils façonnaient avec le miel des nombreux essaims d’abeilles qu’ils cultivaient le long des rives du Nil et qu’ils menaient au pâturage à peu près comme le font nos apiculteurs de la Sologne et de quelques autres cantons de la France. Nous savons également que les Grecs, peuple très avancé en apiculture, puisqu’ils faisaient usage de ruches à rayons mobiles, n’en consommaient pas mal non plus, qu’ils mêlaient, le plus souvent, au jus de la vigne. Le vin si fameux du Mont-Hymette n’était que de l’hydromel façonné avec le miel récolté sur cette montagne auquel on ajoutait un peu de vin. Leurs poètes ont, Dieu merci, assez chanté ce miel et ce vin fameux pour que nous puissions nous dispenser d’en faire l’éloge.

Pendant longtemps les Scandinaves, les Germains, et surtout les Gaulois firent de l’hydromel leur boisson chérie : c’était leur nectar par excellence. Dans leurs sacrifices, les druides se seraient bien gardés d’arroser leurs victimes de bière ou de cidre, alors peu connus ; ils employaient l’hydromel, qu’ils considéraient comme devant être la boisson la plus agréable aux dieux, puisqu’elle était produite par le suc des fleurs.

Dans les premiers siècles de notre ère, les habitants de Lutèce, n’ayant pas, comme les habitants actuels de Paris, l’avantage de connaître la bière à quatre sous, ni le cidre de glucose, et ne considérant le vin, très rare du reste que comme un médicament, n’employaient d’autre boisson ordinaire que l’hydromel. Les prairies, les bruyères et les forêts qui bordaient la Seine nourrissaient une grande quantité d’abeilles, dont la plus grande partie des produits en miel était employée à la préparation de cette boisson.

miel-hydromel.jpgAu Moyen-âge, l’hydromel était encore la boisson ordinaire et presque unique d’une bonne partie des Français. Le pays, couvert de vastes forêts, entretenait de nombreux essaims d’abeilles qui vivaient à l’état sauvage et n’en produisaient pas moins abondamment de miel. Nos forêts en nourrissaient autant que celles de la Pologne de nos jours, et le miel que procuraient ces essaims faisait d’excellent hydromel.

On sait que les arbres des forêts donnent en été une abondante sécrétion appelée miellée, et que le miel provenant de cette miellée est le plus convenable et le plus avantageux pour la fabrication de l’hydromel. En effet, qu’est-ce que cette sécrétion ? De la sève gommo-sucrée transsudée par les feuilles qui a une très grande analogie avec la sève ou le suc de la canne et celui de la betterave, lesquels sucs donnent l’un et l’autre une boisson alcoolique : la canne produit le rhum et la betterave l’alcool, en attendant qu’elle nous donne une boisson de table analogue sinon au vin, du moins à l’hydromel.

Le déclin de l'hydromel

Il est consommé dans l’ensemble de l’Europe, mais plus intensément chez les celtes. Petit à petit, la christianisation aidant, les romains commencent à préférer le vin et l’hydromel perd de sa superbe, étant de moins en moins consommé.

Au fur et à mesure que la population européenne augmente le nombre d'abeilles diminue relativement. La demande en miel augmente donc alors que l'offre stagne, les prix augmentent. Sur le pourtour méditerranéen, la culture du raisin coûte beaucoup moins cher que l'apiculture. Et donc le vin y détrône très tôt (protohistoire ?) l'hydromel. L'Egypte et Babylone semblent avoir très tôt préféré la bière.

L’hydromel dans la littérature et la poésie.

Les sociétés celtes et vikings étaient des sociétés guerrières. Il était donc importants de rester capable de tenir son arme et sa langue : l'espérance de vie de ceux qui buvaient trop chutait non à cause d'une cirrhose mais parce qu'un guerrier qu'ils avaient insulté s'était fait justice. Donc même s'ils buvaient beaucoup, il y avait des garde-fous contre des excès qui pouvaient leur être fatals. En témoigne cette énigme anglo-saxonne citée dans MLD 924 par Dan McFeeley :

"I am cherished by men, found far and wide, brought from the groves and from the city-heights, from the dales and from the downs. By day wings bore me in the air, carried me with skill under the shelter of the roof. Afterwards men bathed me in a tub. Now I am a binder and a scourger; straightway I cast a young man to the earth, sometimes an old churl. Straightway he who grapples with me and struggles against my strength discovers that he needs seek the earth with his back, if he forsakes not his folly ere that. Deprived of strength, doughty in speech, robbed of might, he has no rule over his mind, feet, nor hands. Ask what is my name, who those on the earth in daylight bind youths, rash after blows."

Ce qui signifie à peu près :

« Je tisse des liens et je châtie ; incontinent j'envoie un jeune homme à terre, parfois un vieux manant. Incontinent celui qui m'affronte et lutte contre ma force découvre qu'il a besoin de rechercher la terre de son dos. S'il ne renonce pas auparavant. Privé de force, vaillant en parole, dépossédé de son pouvoir, il ne gouverne plus son esprit, ses pieds ni ses mains. Demande quel est mon nom, que ceux sur terre la colère après les coups.» La réponse est : l'hydromel.

Extraits du poème anglo-saxon « The fortunes of men » cité aussi dans MLD 924 :

"... though the hand of the cup bearer become drunk; then he finds that he cannot check his temper with his mouth, but has to pitifully give up his life, must suffer great mis­fortune, deprived of joys, and men call him a suicide and caution against the drink of the drunken man."

« ... cependant que la main qui tient le verre devient ivre; alors il constate qu'il ne peut pas contrôler son ire par sa bouche, mais doit piteusement renoncer à sa vie, il doit souffrir un grand malheur, privé de joies, et les hommes l'appellent suicide et préviennent contre l'excès de boisson de l'homme ivre. »

"Some angry ale-tippler, some man satiated with wine on the mead-bench is deprived of life by the edge of the sword; his words before were too hasty."

« Certain buveur de bière en colère, certain homme repu de vin sur le banc de l'hydromel est privé de sa vie par le fil de l'épée; ses dernières paroles furent trop hâtives. »

Les Géants Suttung et Baugi

les-geants-suttung-et-baugi-1.jpgFjalar  Avec son frère, Galar, furent des Nains maléfiques tuant le sage Kvasir pour s'emparer de son pouvoir. En mêlant son sang avec du miel dans un chaudron, ils conçurent de l'hydromel aux propriétés magiques. Mais Suttung, un Géant de la glace, leur subtilisa l'élixir de sagesse en vengeance du meurtre de ses parents par les Nains.

Bientôt les Dieux apprirent eux-aussi les propos vantards de Suttung et Odin se rendit à Jotuheim pour récupérer la boisson.

Sous l'apparence de Bolverk(Odin), il persuada le Géant Baugi de l'emmener jusqu'au trésor, ce dernier sachant où la fille de Suttung, Gunnlod le gardait.

Une fois la grotte atteinte, il se changea en serpent et se faufila à l'intérieur. Dans l'antre, il prit cette fois la forme d'un cyclope et devint l'amant de Gunnlod pendant trois jours et trois nuits. Le laissant boire l'hydromel, il se changea une dernière fois en aigle et rejoignit Asgard. Suttung, lui-aussi en aigle fut semé et Odin recracha l'élixir dans une cruche.

Note : Cette histoire symbolise certainement la fermentation (la mort de Kvasir). Pour faire la paix, les Dieux Aesirs et Vanirs crachèrent dans une cruche et Kvasir était né de ces crachats.

Pour compléter votre recherche.

Bibliographie et sources.

  • Edmond ALPHANDERY- Encyclopédie apicole.
  • Jean-Claude BELFIORE- Croyances et symboles de l'Antiquité.
  • Jean-Claude BELFIORE- Grand dictionnaire de la mythologie.
  • Raymond BILLIARD- Notes sur l'abeille et l'apiculture sous l'Antiquité.
  • Alin CAILLAS- Les produits de la ruche.
  • Rémy CHAUVIN- Traité de biologie de l'abeille.
  • Jean CHEVALIER et Alain GHEERBRANT- Dictionnaire des symboles.
  • Collectif- Encyclopédie de la mythologie.
  • A. DELAIGUES- Le miel.
  • Jean FERRE- Dictionnaire des mythes et des symboles.
  • Robert GRAVES- Les mythes grecs.
  • Henri HAMET- L'apiculteur.
  • HOMERE- L'odyssée.
  • OVIDE- Les métamorphoses.
  • Gérard ROSSINI- Du miel et des abeilles...
  • http://www.infobretagne.com
  • http://dumieletdesabeilles.typepad.com
  • http://www.mangerdumiel.com
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Date de dernière mise à jour : 21/01/2012

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