La richesse d'une ville musulmane (Almería en Espagne)

"La ville d'Almería était musulmane à l'époque des Almoravides. Elle était alors très industrieuse et comptait, entre autres, huit cents métiers à tisser la soie sur lesquels on fabriquait des étoffes (...); mais aussi des tissus enrichis de pierres et de perles, des étoffes ornées de pois, des petits tapis (...) et d'autre tissus de soie. Avant l'époque actuelle, à Almería on se livrait également à la fabrication des ustensiles en cuivre et en fer de toute sorte et à tous les autres artisanats sans exception et en quantité innombrable. La vallée qui en dépend produisait beaucoup de fruits qu'on vendait bon marché. Cette vallée est appelée Pechina ; de là à Almería, quatre milles. Elle était couverte de vergers, de jardins et de moulins. Ses produits et ses fruits étaient envoyés à Almería. Le port de cette ville recevait des vaisseaux qui venaient d'Alexandrie et de toute la Syrie. Il n'y avait pas dans tout al-Andalus de gens plus riches et plus marchands que ses habitants, ni de commerçants plus experts dans le commerce de tous les types de marchandises et dans leur stockage. Cette ville est bâtie sur deux montagnes séparées par un vallon habité. Sur la première est sa citadelle célèbre pour sa fortification ; sur l'autre, appelée Hoya (Jabal Lâhim), est le faubourg. Ville et faubourg sont entourés d'une enceinte percée de portes nombreuses. Du côté ouest, il y a un grand faubourg, prospère, que l'on appelle al-Hawd ("le réservoir"). Il est entouré d'une enceinte et dense en marchés, demeures, hôtelleries et bains. La ville elle-même était une grande ville, très commerçante et très fréquentée par les voyageurs. Sa population était riche. Il n'y avait pas en al-Andalus de ville où les gens payaient plus souvent en argent comptant et jouissaient d'une situation plus enviable. Le nombre des hôtelleries enregistrées auprès des douanes pour payer l'impôt sur le vin était de mille moins trente. (...) À l'époque où nous écrivons le présent ouvrage, Almería est tombée au pouvoir des chrétiens. Ses beautés se sont altérées, sa population a été faite prisonnière, ses demeures sont en ruines et ses bâtiments ont été détruits. Il n'en reste rien."


Al-Idrîsî, Nuzhat al-mushtaq fî ikhtirâq al-âfâq, encore appelé Livre de Roger. Sicile, 1154

 

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