L'organisation de la pêche

La pêche se pratique surtout dans les rivières et dans les étangs. La forêt carolingienne qui est une réserve de gibier constitue secondairement une réserve de poissons. Dans le capitulaire d'Aix-la-Chapelle (813 ?), il est recommandé aux gardes forestiers de bien surveiller les forêts royales, les bêtes qui s'y trouvent et les poissons. En 860, Charles le Chauve donne aux moines de Saint-Denis forestem piscationis atque venationis.

L'importance du saumon est telle qu'au Moyen-Âge, la représentation de trois pêcheurs parmi une suite de métiers, figure au tympan de la porte principale
de la cathédrale Ste Marie à Oloron

Les rivières dans le haut Moyen âge sont divisées en compartiments qui constituent des pêcheries, mesurées ou délimitées. Les mesures sont données en perches pour les pêcheries attribuées sur la Moselle par Pépin en 752 au monastère de Prüm, ou en combres pour celle d'Asnières sur la Saône. Une pêcherie situé à Bourbon-Lancy sur la Loire est limitée par deux écluses ; une autre également sur la Loire se compose de trois pontons (X°-XI° siècles). Les cours d'eau dans d'autres régions offrent un aspect analogue. En 1266, les habitants d'Espalion obtiennent du seigneur de Calmont-d'Olt l'autorisation de pêcher dans le Lot, à l'exception d'une certaine étendue située près du moulin banal que le seigneur se réserve ainsi que la pêche dans deux ruisseaux.

Les rivières semblent très poissonneuses, comme la Moselle décrite par Ausone. Selon Fortunat la Garonne fourmille de poissons ; la Moselle permet une pêche fructueuse ; la Seine est poissonneuse ; les saumons abondent dans le Rhin. Grégoire de Tours vante la richesse en poissons de l'Ouche. Bien d'autres exemples pourraient être fournis. Bornons-nous à signaler qu'au XVI° siècle la Sauldre, rivière de Sologne, est connue pour porter de bonnes truites et que la Nère, affluent de la Petite Sauldre, contient de nombreux poissons d'eau douce, en particulier des truites et des écrevisses.

Selon le droit féodal, les grosses rivières naviguables appartiennent aux souverains, les petites rivières au seigneur justicier et les ruisseaux aux propriétaires fonciers riverains. Et de fait, en Sologne, à la fin du XIII° siècle, on constate que les cours d'eau sont la propriété des seigneurs de fiefs dont ils traversent le domaine et que ces derniers peuvent les mettre " en défens ", s'ils désirent s'y réserver la pêche. En 1247, Hervé de Tracy vend aux religieuses du Lieu-Notre-Dame tout son droit sur une portion de la Sauldre et s'engage à ne pas élever de barrage qui puisse nuire à leur droit de pêche.

Généralement ce droit de pêche a été accordé aux établissements religieux à des époques plus anciennes : Saint-Germain-des-Près et Saint-Magloire de Paris prétendent que la concession de la pêche sur la Seine que ces deux abbayes possèdent dans la traversée de Paris et de sa banlieue proche leur a été faite par des souverains mérovingiens. En Berry, au XI° siècle, Euvrard de Vatan cède aux moines de Vierzon des droits de pêche dans leurs eaux et dans les siennes ; seuls les moines, ou ceux à qui ils le permettent, sont autorisés à pêcher dans ces eaux.

Les garennes seigneuriales sur les cours d'eau sont moins étendues que les garennes à gibier, et les roturiers au Moyen âge ont beaucoup plus de liberté en matière de pêche qu'en matière de chasse.

Pour obtenir du poisson, des étangs sont installés. Dans le capitulaire de villis (800), Charlemagne ordonne que chaque intendant ait des viviers dans ses cours où il y en a eu auparavant, qu'il les augmente, si la chose est possible, et que là où il n'y en a pas encore et où il peut y en avoir maintenant, il en

Etang dans les Dombes

établisse de nouveaux. Les poissons des viviers doivent être vendus et d'autres mis à la place afin qu'il y en ait toujours. Toutefois lorsque le souverain ne se rend pas sur ses terres, les poissons doivent être vendus, mais non remplacés. Et les intendants sont tenus de lui adresser tous les ans à Noël, sur des états séparés, les comptes des revenus, et en particulier des viviers. Quelques années plus tard Charlemagne ordonne de choisir un de ses fermiers, sage et prudent, capable de s'occuper des viviers et de leurs poissons. On lit dans la vie d'Odon de Cluny que des moines signalent à Odon l'absence de poissons près de leur monastère. Le saint homme établit alors un vivier de la manière suivante : un petit torrent qui descend par la vallée située sous le monastère et qui ne trouve pas l'issue à cause des monts formant obstacle, est recueilli dans un lac et un vivier est ainsi crée. En 953 Louis IV, roi de France, confirme au monastère de Saint-Pierre-de-Rodas la donation d'une pêcherie qui comprend l'étang de Castillon avec ses trois îles.

Les textes beaucoup plus nombreux pour le bas Moyen âge, permettent de connaître de façon précise l'exploitation des étangs, notamment en Sologne. Le revenu des étangs s'avérant fructueux, bien des propriétaires du XV° siècle en créent à partir des marécages qui se sont développés lors de la guerre de Cent Ans : on relève dix-sept constructions d'étangs de 1450 à 1500. Leur étendue est évaluée par centaines ou par milliers d'empoissonnement. Les grands étangs peuvent contenir de quatre à huit milliers de "carpeau" ou poissons de l'année. Souvent près des étangs des réservoirs permettent de conserver le poisson qu'on vient de trier, lors de la pêche ; les "forcières" servent au frai et à la reproduction.

 De retour de la pêche à l'étang

Le principal intérêt des étangs est de fournir du poisson. La pêche a lieu parfois tous les ans, mais aussi tous les deux ou trois ans. L'étangs de Chambord n'est vidé que tous les quatre ans à la toussaint. La valeur de l'étang dépend non seulement du volume d'eau, mais aussi de la qualité et de la nature du sol qui en constitue le fond. De temps en temps, les étangs sont laissés à sec pendant deux ou trois ans ; on y cultive alors des avoines ; les insectes et les végétaux se rencontrent ensuite en grande abondance et permettent d'engraisser les poissons, lorsque l'eau est revenue.

Tout seigneur de terre ou censitaire peut "nourrir poisson en garenne" sur ses terres, sous réserve d'avoir la libre disposition de la rivière destinée à alimenter l'étang. Celui-ci, la plupart du temps, est exploité directement par le seigneur ou par ses officiers. Mais, lorsqu'un seigneur n'a pas assez d'argent pour faire agrandir ou construire un étang, il le donne à rente perpétuelle à un cultivateur qui prend en charge les travaux. Et l'on constate que les seigneurs de fief ne sont pas seuls à posséder le droit d'établir des " garennes " à poisson et que des cultivateurs partagent quelquefois la propriété du fonds et les revenus. Pêcher dans ces réserves est un délit, dont le châtiment est corporel.

La pêche a lieu également en mer. Lorsque Charles le Chauve interdit de troubler les moines de Psalmodi au sujet de la pêche, il s'agit de piscacione maris aut fluminis. Le hareng constitue la base de la pêche en mer. Mais celle-ci étant pratiquée par des professionnels pour qui elle ne constitue certes pas un loisir.

Commentaires (1)

1. Marie 20/03/2011

Bonjour, je suis très intéressée par cet article sur les pêcheries du haut Moyen-Age. je travaille actuellement sur deux villas carolingiennes des Ardennes belges. En 1000 et en 1250, on signale pour chacune d'elle l'existence d'une pêcherie et d'une vanne. Je souhaite émettre l'hypothèse que ces pêcheries pourraient remonter aux alentours de 800 et être liées à l'exploitation des villas.
Votre article est donc très pertinent pour mon propos. Pourriez-vous me fournir une bibliographie svp? Merci d'avance
Marie

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