Les débuts de la pêche en mer

Au début du Moyen Âge, à la différence d'aujourd'hui, la plupart des poissons consommés en Angleterre étaient pêchés en eau douce. L'analyse conjuguée de plus de cent sites archéologiques révèle que l'essor de la pêche en mer a eu lieu vers l'an mil [1].

La pêche européenne est en crise. Conséquence de prises trop importantes, les stocks de poissons ont fortement diminué, et cette activité ancestrale est menacée. Mais lesquels, parmi nos ancêtres, ont-ils commencé à pêcher en mer de façon intensive ? Les prises de poissons ne font l'objet de statistiques systématiques que depuis une centaine d'années. On sait par ailleurs, grâce à des textes, que la pêche à la morue était pratiquée à grande échelle, en Europe, dès le XIVe siècle. Mais, jusqu'à présent, on ignorait l'ampleur de l'exploitation des ressources maritimes pour les périodes plus anciennes.

Pour le savoir, James Barrett, de l'université d'York, en Angleterre, et ses collègues, se sont intéressés aux ordures de leurs ancêtres. Ils ont rassemblé les résultats des études réalisées sur 127 sites anglais contenant des restes de poissons et datés du VIIe au XVIIe siècle. Conclusion : carpes, brochets, lottes et autres poissons d'eau douce, de même que saumons, anguilles ou truites, dont la vie se partage entre mer et fleuves, constituent l'essentiel des espèces de poissons consommées du VIIe au Xe siècle. Mais en un siècle, de 950 à 1050 environ, le changement est radical : les poissons de mer, tels que la morue et le hareng, supplantent toutes les autres espèces.

Cette date est une surprise. « Nous attendions plutôt une baisse du pourcentage des poissons d'eau douce au profit des poissons de mer à partir du XIVe siècle, lorsque débuta la pêche à la morue en Islande ou, un siècle plus tard, lorsqu'elle s'étendit au large de Terre-Neuve », explique J. Barrett. En outre, ce bouleversement dans le mode d'approvisionnement ne peut pas être imputé à une forte augmentation du stock de poissons de mer disponible. En effet, le réchauffement climatique dont jouit l'Europe au début du deuxième millénaire entraîne justement une baisse de la population de morues et de harengs en mer du Nord et en mer Baltique.

Comment expliquer, alors, ce recours à la mer ? Par un accroissement des besoins alimentaires d'abord. Le tournant du premier millénaire est en effet marqué en Europe par une forte croissance démographique, principalement dans les villes. La pratique du jeûne imposée par l'église catholique limite en outre la consommation de viande, en autorisant celle du poisson.

Toutefois, J. Barrett met en cause aussi le déclin du stock de poissons d'eau douce, dû à l'envasement des cours d'eau lié à la mise en culture des terres et à la prolifération des moulins à eau, dont les écluses bloquaient la migration des poissons. Une crise écologique, déjà ?

Caroline Lécharny

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