L’installation d’égouts dans la rue médiévale.

Introduction.

Les Romains étaient grands constructeurs d’égouts, et lorsqu’ils bâtissaient une ville, ils pensaient d’abord à Canalisation égout  (Eauze - Gers) l’établissement de ces services souterrains. Quand les barbares devinrent possesseurs des villes gallo-romaines, ils ne songèrent pas à entretenir les égouts antiques, qui bientôt s’engorgèrent ou furent perdus; les
villes renfermaient alors de véritables cloaques, les eaux croupies pénétraient le sol, les rues étaient infectes et la peste décimait périodiquement les populations. On commença par faire des tranchées au milieu des voies principales, des ruisseaux profonds, encaissés, que l’on recouvrait de dalles ou que l’on laissait à l’air libre. Les orages se chargeaient de curer ces profonds caniveaux encombrés de détritus de toutes sortes.

 

L’installation d’égouts dans la rue médiévale.

Les mentions de « conduits » de merderons ou « medereaux » sont rares avant le XIIIème siècle. Paris n’a eu son premier véritable collecteur Tracé du grand égout de Paris. qu’en 1356 et on s’était contenté, pendant des générations, de la Seine, des rivières, des fossés et des canalisations sommaires, à ciel ouvert, appelées « ponceaux » et guidées par la déclivité. Le ruisseau de Ménilmontant est connu, dans l’histoire de la capitale, sous le nom de « Grand Egout » et, avec ses dérivations, ses « affluents » comme l’écoulement du Pont-Perrin, il a contribué à incommoder plusieurs quartiers… et l’hôtel Saint-Pol propriété et résidence favorite du roi ! Les archives de Troyes révèlent en 1222 que, quarante ans auparavant, on avait fait passer les eaux de la seine à travers la ville pour servir de dépotoir, en même temps que les canaux « traversins ».

Peut-être a-t-on continué, dans quelques villes, bâties sur des sites antiques, à utiliser les installations créées par les Gallo-Romains (Chartres) ? Cette hypothèse, retenue par C. Enlart, a souvent été négligée ou même rejetée sans vérification (à Carhaix). Il est certain cependant que l’abandon, pendant des siècles, des travaux d’édilité, le manque de ressources et le fractionnement des pouvoirs ne favorisaient guère l’entretien d’un réseau qui accusait son âge.

Peu à peu, des magistrats, conscients des risques d’épidémies, se sont décidés à mettre en place des canalisations, d’abord pour l’usage de palais, de couvents, de boucheries, ensuite pour assainir des quartiers entiers. Plusieurs systèmes fonctionnent séparément ou ensemble. La plupart du temps, on s’est contenté de prolonger les rigoles à ciel ouvert, au milieu de la rue ou en bordure des maisons, comme dans le quartier des Boucheries à Troyes. L’écoulement s’y faisait lentement et, à la nuisance odoriférante et visuelle, s’ajoutaient toujours les dangers de la pollution hydrique. Beaucoup de « merdereaux » ou de « merdrons » signalés dans les textes, à Troyes (dès 1208), à Amiens (1224), à Sens (1246), à Beauvais (1251), à Soissons (1305), au Mans (1356)… ne sont en fait que ces aménagements sommaires pleins de fange. Ils se déversent dans les canaux ou dans les douves qui jouent le rôle de grands collecteurs, la Renelle à Rouen, le Merdançon à Beauvais, l’Albanne à Chambéry. Il peut exister également des « fossés à fiens » spécialement conçus pour drainer un secteur entier, près des Augustins à Reims, des « putels » à Saint-Omer.

Les installations couvertes de dalles ou souterraines peuvent être considérées comme un progrès sensible, encore est-il que dans plusieurs cas les égouts débutent par une section à ciel ouvert au sommet d’une colline et s’achèvent en galerie profonde au pied.

Documents concernant les égouts de la ville de Rennes.

Plan de Rennes aux XIV° et XV° siècles. Le système des égouts peut être partiellement reconstitué par des textes, par des devis, par des indications contenues dans des comptes municipaux. Les archives de Rennes, les registres des comptables ou miseurs, et le livre-rentier de 1455, permettent de telles découvertes. En voici des extraits.

« Comme par avant cest jour sur la clamour faicte en ceste court (de justice) de plusours des abitans de la rue des Porches et aultres demourans près de la rue où souloit estre la porte Baudraerie et de la rue de la Parcheminerie disans que, comme ainxi soit que au derrière des mesons où sont demourans Mestre P. Broce, Eonnet Lodeac, Jehan de Lessart, sises et estant près la rue de la Ferronnerie et de Trégetin, y avoit et passoit certain conduit et evacuation d’eaux, sur lequel conduit pluseurs desdits abitans avoint assiis tuaux de privées… lequel conduyct se évacue et se rend sur le pavé du carrfort des Porches et passe sur le pavé desdites rues de Porte Baudroière et de la Parcheminerie et par ce moien lévacuation desdites privées et retroiz se évacuent et passent par sur le pavé desdites rues et porte et peult porter grant infection esdites abitans et ailleurs en ceste ville de Rennes. Et avoint supplié sur ce leur estre faict provision. A la supplicacion desquels avoit esté dict que lon feroit voirs lesdits conduitz et evacuacions par Allain Evrart, André Bruslé et Jamet Bernard en présence d’aultres manouvriers et édiffieurs de cestedite ville et en feroint relation à la court et sur ce seroit fait provision convenable »… (juillet 1463).

« Comme par avent cestz heures par certaine ordonnance et delibéracion faicte en presence de pluseurs des bourgeoys de ceste ville de Rennes il ait esté dit et ordonné à Jehan Tourault miseur et répareur de cestedicte ville faire faire et construire sur les deniers de la reperacion dicelle ung conduyt pour évacuer les eaux passantes par le conduyt de Trégetin, à avoir cours et se évacuer en la ripvière de Villaigne et celui conduyct estre fait par terre en le héritaige et herbregement appartenant à Jehan de la Haye, seigneur de la Haye, nommée Cartaige, dès l’endroit du devant de la maison dudit de la Haye, au travers d’un porche, en allant jucques en landroit d’un aultre conduyt jougnant les vieulx murs de la vieille closture de ceste dite ville pour icelx conduiz estre menez et soy évacuer en la ripvière de Villaigne. Et soit ainsi que en obbeissant à ladite ordonnance ledit Jehan Tourault, miseur, ait fait encommanczer ledit conduyt et partie d’iceluy ja fait et à ce qu’il a voullu iceluy fere parachever, ledit Jehan de la Haie se soit oppousé par la court de céans et avoit donné impeschement audit Tourault tant par voye de fait, plegement, arreste que aultrement sur le parachèvement dudit euvre et avoit dit et disoit que iceluy Tourault ne povoit ledit conduyt fere ne aucun ediffice en son héritaige»… (Aoùt 1464).

Ces deux chapitres de comptes municipaux montrent la nécessité absolue de tels travaux et les difficultés que rencontrent les édiles auprès de certains de leurs administrés. Des canalisations existent déjà dans la vieille Cité au début du siècle, autour de la cathédrale et des halles. Le tuyau de Trégetin, à l’origine d’un procès déjà évoqué un pied et demi de côté (0,40 m). D’autres aménagements ont lieu dans le faubourg oriental de la Ville Neuve entre 1435 et 1450, notamment entre la porte Saint-Georges et la Vilaine. Plusieurs tronçons existent aussi dans le quartier méridional, depuis la Parcheminerie jusqu’à l’église de Toussaints, avec des embranchements en direction de la Porte du Champ-Dolent et de la rue Vasselot. Dans le meilleur des cas, les canalisations carrées ont 3 à 4 pieds de côté (1 à 1,30 m) ; les murs sont en simple maçonnerie, le fond dallé et la partie supérieure voûtée de belles pierres des carrières de schiste d’Orgères. Les travaux ont été financés par les « deniers communs » provenant d’impôts municipaux et par l’argent de particuliers soucieux d’assainir les lieux où ils vivent et où ils travaillent (les bouchers du quartier du Bourg à Dijon).

Conclusion.

Le sous-sol urbain recèle parfois des canalisations anciennes (Chartres). On en a retrouvé quelques-unes, au siècle dernier, à Paris en face du Louvre et près de l’hôtel de la Trémoille avec de grosses dalles servant de parois latérales et de toit. On dit que la ville de Riom conserve des égouts anciens, peut-être même antérieurs au XIVème siècle, et dont la direction ne correspond pas toujours à celle des rues actuelles. De vieux égouts ont été découverts à Vannes lors de travaux de terrassement.

 

 

 

Egout plus important légèrement voûté de 0,65 à 0,80 cm de large, de 0,65 cm à 1,20 m de hauteur avec le radier dallé. Egout constitué d’un radier dallé deux piédroits en pierre et d’une dalle de couverture généralement d’une section de 40 cm x 40 cm et quelquefois de 40 x 50, 50 x 80, 50 x 50 cm. Drain que l’on trouve sous certaines voies et particulièrement dans les propriétés privées. Constitué de pierres sèches de 15 à 20 cm de section.

Divers types de vieux égouts découverts dans les anciens quartiers de Vannes lors des travaux de terrassement.

Il existe enfin, dans les quartiers aisés, abritant des hôtels d’un certain « standing », un réseau de canalisations privées rejoignant le caniveau central ou une rivière, à l’image, mais en plus simple, du collecteur qui dessert la cuisine et les latrines du palais des papes à Avignon. Un maçon refait en 1320 le « conduit » d’une maison de Provins jusqu’à sa sortie dans un ruisseau voisin ; d’autres cas signalés, au hasard d’un texte, à Nantes, à Saint-Pol-de-Léon, à Paris. Les couvents de Frères mendiants ont souvent mis en place des systèmes d’assainissement presque continus, à Provins, à Reims, à Rouen, à Sens (A. Guillerme).

Bibliographie et sources :

Jean-Pierre Leguay, La rue au Moyen âge, Ouest France Université, 1984.

Jean-Pierre Leguay, Un réseau urbain au Moyen âge, les villes du duché de Bretagne aux XIV° et XV° siècles, Paris, 1981, page 358.

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