Les échoppes médiévales.

Drapiers Tout au long de la journée, artisans et boutiquiers travaillent derrière la fenêtre de leur « ouvroir » ou de leur « boticque » sous les yeux des passants. Des règlements corporatifs en font d’ailleurs une stricte obligation pour faciliter les opérations de contrôle et permettre aux futurs clients de constater, de visu, la qualité de l’œuvre. Les statuts des tailleurs parisiens, consignés dans le Livre des métiers du prévôt royal Etienne Boileau, sous le règne de saint Louis, précisent que le maître ne peut faire un habit « Qu’à la vue du peuple », impératif qu’on retrouve aussi chez les lormiers (éperonniers), les orfèvres…

Les échoppes sont généralement bordées de larges bancs de pierre ou de bois, appelés « bansches » dans les villes du
Midi, de tréteaux, de dressoirs à usage commercial où sont exposés à la vente, mais aussi à la tentation et à la poussière, les produits de consommation courante, vivres, tissus, épices, objets décoratifs. A Rodez, le vantail inférieur des fenêtres ou « taulié » s’abaisse pour servir de table et de comptoir, tandis que la partie supérieure se relève comme une fenêtre à tabatière, système qu’on retrouve également ailleurs (Paris, Toulouse, Troyes). Les rares habitations médiévales authentiques montrent quelquefois ces étals.

Échoppe de mercier A défaut de témoignage directs, on peut se reporter à des miniatures qui montrent, par la même occasion, les marchandises exposées sur ces avancées pittoresques et la clientèle qui les achète. Les boulangers, les charcutiers, les drapiers, les changeurs, les couteliers, les potiers (de terre ou d’étain), les marchands de vin ou d’autres boissons (« l’ypocras ») sont les plus communément représentés avec, au-dessus des arcades de leurs présentoirs, des enseignes, des écriteaux, exceptionnellement un éclairage comme chez les bouchers de Montpellier.

Certaines professions n’hésitent pas à entreposer sur la voie publique des matières premières, des outils, des baquets ou « calquiers » à l’usage des tanneurs (Arles, Briançon), des claies ou des « pelains » pour sécher les peaux et les toiles (Vannes) et même à y pratiquer plusieurs opérations. Les bouchers, les teinturiers, les ciergiers, les mégissiers sont coutumiers du fait. Les auberges de Douai possèdent toutes, côté rue, « un buffet où on vendoit vin » et « où seoit le patron ». Mêmes les simples particuliers se servent constamment de la chaussée. Il n’est pas rare, au moment des vendanges, de voir s’installer sur le pas des portes des pressoirs volants que chacun peut louer à tour de rôle pour écraser le raisin de son clos (Amiens).

Saint-Vincent-de-Barrès A force de s’étendre, les étalages finissent par nuire à la circulation et méconnaître les règles élémentaires d’hygiène. On se soucie beaucoup de ce problème dans les villes du Midi, à Toulouse où les « bancs » obstruent trop souvent les rues malgré les mesures prises par les capitouls, à Nîmes où des commissaires sont désignés en 1270 pour mettre fin à semblables abus, à Narbonne en 1291… Les marchands de fruits et légumes, les poissonniers et poissonnières sont les premiers visés par les interdits. Un statut des « ortolans » (jardiniers) toulousains, du 20 février 1465, oblige les gens du métier à enlever impérativement, dans les quatre jours, tout ce qu’ils ont accumulé dans les rues. Ailleurs, d’autres règlements définissent la largeur maximum des étals et de leurs auvents : guère plus de deux palmes dans les rues animées de Nîmes, deux à trois pieds pour les « ostrevents, hors des maisons » à Douai. Mais le problème reste entier et les ordonnances pour désencombrer les voies publiques doivent être continuellement répétées. Terminons sur ce court extrait du Livre du Châtelet en date du 13 juin 1320 :

« De voieries et des estaulx mis parmy les rues dont il n’y a si petite poraière (marchande de poireaux) ne si petit mercier ne aultres quelconques qui mette son estal ou auvent sur rue qu’il ne reçoive prouffit et (ain) si en sont les rues si empeschées que pour le grant prouffit que le prévost des marchans en prent, que les gens ni les chevaulx ne pevent aller parmy les maistres rues ».

Sources et bibliographie :

Jean-Pierre Leguay, La rue au Moyen âge, Ouest France université, 1984.

Bibolet (Fr.), Les métiers à Troyes aux XIVème et XVème siècles, Bulletin Philologique et historique, tome II, Paris 1975.

Gouron (A.), La réglementation des métiers en Languedoc, Paris 1958.

 


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