Les enseignes de la rue médiévale.

L’art de l’enseigne est un héritage du haut Moyen âge, quand le commerce florissant des villages, exigeait qu’échoppes ou boutiques se différencient de sa voisine, par un symbole imagé attrayant. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque la plupart des gens sont illettrés. L’imagerie permettait de retrouver, facilement le poissonnier, le ferronnier, l’aubergiste etc... Pour l’étranger qui arrivait dans la ville. On repère les maisons par leur enseigne de fer forgé ou de bois peint. Les enseignes peuvent être d’ordre religieux, astral, botanique, animal, fantastique… les tavernes préféreront les armes (l’Écu de France, Arquebuse…).

A partir du XIIIème siècle, avec l’extension et le peuplement des villes, la nécessité se fait sentir de distinguer les maisons les unes des autres. A défaut de numéros, une invention moderne, malgré de timides essais à Paris au XVème siècle, sur les maisons du Pont Notre-Dame, les enseignes peuvent servir de repère, signaler en même temps une profession à l’attention du passant, renseigner l’illettré, constituer, lorsque le thème est d’inspiration religieuse, un témoignage de piété et assurer une protection avant de devenir, plusieurs siècles après, de remarquables témoignages d’une culture populaire.

Ces motifs décoratifs, très simples au départ, peints ou sculptés sur les façades, se sont diversifiés avec le temps au point de devenir de très beaux spécimens de ferronnerie et de métal peint suspendus à des potences, elles-mêmes finement ouvragées.

On peut reconstituer les enseignes d’une ville par deux séries de textes. Le mieux est de posséder, comme à Rennes, des documents fiscaux Pontifical de Sens - Bibliothèque nationale de France. qui utilisent précisément ces particularités extérieures pour situer les maisons imposables les unes par rapport aux autres. Dans la rue Saint-Georges, très bien décrite dans un « rentier » de la première moitié du XVIème siècle, on découvre du côté de l’église Saint-Germain : la Maison Rouge de François Guedouyn, le logis du « Four d’Alençon », la maison du « Feu de Bretaigne » de Perrine Jaby, l’auberge « où pend l’enseigne de la Teste Noire » de Bertrand Haloches, la maison « à l’enseigne des clefs » de la veuve Godier, celle de « la Herpe » de maître Pierre Julienne, le logis de Raoul Busnel « à l’enseigne du feu de France »… Des rues de Rennes empruntent d’ailleurs leur nom à une enseigne originale : la rue du Griffon dans la cité signalée dès 1357, la rue de la Cigne en souvenir de la maison d’Alain le Mareschal citée en 1454. A défaut d’une succession d’informations précises, le chercheur a toujours la solution d’examiner les noms des auberges et des hôtelleries. La matière est riche et l’imagination féconde.

 

Plusieurs groupes d’enseignes, peintes ou sculptées, se dégagent d’une série de publications sur l’hôtellerie médiévale à Aix-en-Provence, Chartres, Montpellier, Paris, Reims, Toulouse et dans les villes du Nord.

  • Beaucoup se rattachent à l’iconographie religieuse, représentent la Vierge, des saints et des saintes, les apôtres avec leurs symboles, Thomas III de Saluces - le chevalier errant - Bibliothèque nationale de France. des personnages bibliques. Il n’y a pas de grandes villes sans établissements placés sous la protection de saint Jacques (plusieurs à Toulouse) de saint Georges, de saint Jean-Baptiste, de l’archange saint Michel terrassant le dragon, saint Aubert à Cambrai… Point d’agglomérations non plus sans les inévitables hôtelleries de l’Ange, de l’Angel, de l’Ange Gardien, des Deux-Anges, des Rois-Mages, du Pèlerin, des Croix, de l’Ave-Maria, du Paradis annonciateur déjà d’une bonne chair, à l’occasion du Moine-Blanc (Thérouanne), des « Chappelets » (Paris ».
  • Les lieux d’hébergement et les débits de boisson médiévaux affectionnent aussi les astres (les auberges de la Lune, du Croissant, de la Belle Etoile, du Soleil levant ou couchant), les plantes et les arbres (le Chêne, la Pomme, la Pomme de Pin, la Rose) et surtout une incroyable panoplie d’animaux familiers ou exotiques, réels ou fantastiques. Après les hôtelleries du Singe quelquefois vert, de l’Eléphant, du Lion sous diverses couleurs, du Griffon, de la Licorne, du Cheval ailé, viennent celles du Cheval-Blanc (ou de l’Ecurie), du Cerf simple ou volant, de l’Aigle doré ou noir, du Faucon, du Héron, du Cygne ou « Signe », de la Colombe, du Corbeau ou Corbaut (Reims), de l’Oie sauvage, de l’Ours, du Loup, du Renard, du Paon qui donne toujours une magnifique enseigne, éventuellement du « Cat » pour le Chat dans les villes du Nord. Les évocations gastronomiques sont annoncées par des panneaux à « l’ymaige » de la « Crevisse » à Reims, du Porcelet, du Chapon, du Mouton blanc, de l’Agnelet, du Saumon ou plus prosaïquement de la Chair salée (Toulouse)…

 

L’hôtellerie fait bon ménage avec les armes (l’Ecu de France, de Bretagne, de Bourgogne, l’Epée, le Heaume, l’Arbalestre, bientôt le Canon et « l’Arquebuse »), avec le Miroir, la Cloche d’or, la Couronne, les parures (les Trois Chapeaux) et les Croix d’or, de fer, d’airain… On peut bien sûr s’interroger si la présence d’un Ecu de Bretagne, loin du duché, signale l’origine du propriétaire ou est destinée à attirer les membres d’une communauté émigrée, si un Ecu de France ou une Fleur de Lys traduit des sentiments francophiles dans une province marginale (Bretagne, Flandre, Béarn, Gascogne…).



 

  • Les enseignes contribuent aussi, comme les noms de rues, à souligner l’importance d’un site, d’un monument, à annoncer la mer, un port, à mettre l’accent sur les particularités d’une maison, d’où les auberges de la Tour, du Chastel, du Châtelet (à Paris), du Grand-Pont, de la Cathédrale, de la Nef, de la Maison Rouge ou de la Maison des Piliers (Poitiers) ou tout simplement de l’Entre-Deux-Portes (Toulouse).
  • Finalement la diversité est de mise. Si l’histoire légendaire a laissé quelques traces avec des hôtelleries de Charlemagne ou des « Quatre Fils Emond » à Reims, si l’imagination de nos aïeux a donné quelques Sirène, Homme Sauvage ou au Bon Sauvage, le sens de la plaisanterie, des jeux de mots ou des associations faciles a produit la sempiternelle Truie qui file, le Chat qui pêche, le Trou-Perrette, la Mère Dieu Grosse, la maison des Chiche-Faces (Chartres), une profusion de Barbe d’Or, de Têtes Noires, Pelées (Paris), des Trousse-Vache…

Quant aux maisons individuelles, elles adoptent en plus des « images » à signification religieuse, des évocations de plantes et d’animaux, beaucoup de symboles professionnels : ciseaux, pots d’étain, couteaux, tranchoirs, balances… D’autres panonceaux annoncent, par une image héraldique, la condition sociale du locataire ou de son représentant s’il s’agit d’un officier au service d’un seigneur.

Les enseignes sont finalement très riches de significations. Elles suggèrent une clientèle dominante, une origine ethnique, des goûts particuliers, des progrés culinaires (l’écrevisse), la prépondérance de certaines professions.

Toutes les enseignes n’ont pas la qualité, l’originalité de celles qui viennent d’être décrites. Ne perdons pas de vue aussi que nombre d’entre elles, mal accrochées, rouillées, aux grincements sinistres, inquiétaient le passant et finissaient par agacer le voisinage.

Commentaires (2)

1. Gomas (site web) 26/03/2012

Je voudrais des autres enseignes du moyen-age

2. andreé GUILLAUME 16/01/2011

N'y a-t-il pas un autre terme que "enseigne" ??
Merci.

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