1987 : Macbeth, film-opéra de claude d'Anna

Mélodrame en quatre actes
Livret de Francesco Maria Piave, d’après Shakespeare

Macbeth : Leo Nucci
Lady Macbeth : Shirley Verrett
Macduff : Philippe Volter, sur la voix de Veriano Luchetti
Banco : Johan Leysen, sur la voix de Samuel Ramey
Malcolm : Antonio Barasorda
Dama : Anna Caterina Antonacci
Fleanzio : Nicolas Sansier
Médecin : Sergio Fontana
Un serviteur : Grégoire Baldari, sur la voix de Gianfranco Casarini
Un sicaire : Alain Pascal Housiaux, sur la voix de Gastone Sarti
Un héraut : Giuseppe Moresi
Première apparition : Natale de Carolis
Deuxième apparition : Barbara Briscik
Troisième apparition : Marco Fanti

Un film de Claude d’Anna
Orchestre du Théâtre communal de Bologne
Direction : Riccardo Chailly

Filmé en 1987 en Belgique – Enregistré en 1987 à Bologne



Lady Nucci


Qui se souvient de ce Macbeth, film de Claude d’Anna sorti sur les écrans en 1987 et présenté, hors compétition au Festival de Cannes cette année-là ? Lorsqu’on parle de films d’opéra, on évoque le Don Giovanni de Losey (1978), les ratages, coupures à l’appui, de Zeffirelli (Traviata en 1982 et Otello en 1986), ou le Carmen très médiatisé de Rosi (1983) mais très peu ce film qui pouvait s’appuyer sur un exceptionnel duo formé de Shirley Verrett et Leo Nucci. Il sort, pour la première fois, en DVD et c’est un événement !– mais pourquoi diable avoir remplacé l’affiche du film, qui était réussie, par une photo façon spectacle filmé plus anodine ?

Le duo, sur lequel nous reviendrons, n’est pas le seul argument de ce film. Claude d’Anna, réalisateur français à la filmographie plutôt réduite au sein de laquelle on note quand même une adaptation de Salomé, est resté fidèle au livret et à l’esprit de la pièce de Shakespeare. On est au XIème siècle et au Moyen Age en Ecosse, on ne rigole pas. Il pleut, il fait froid. Le château de Godefroy de Bouillon dans les Ardennes belges sert de décor au drame et en donne le ton : tout est ruisselant, sombre, sale, et les rats, comme les sorcières, l’envahissent peu à peu. Certaines scènes sont saisissantes, comme le prélude d’ouverture où les corps en décomposition de soldats trucidés jonchent la route de Macbeth ; la scène des apparitions au troisième acte, tourné sur un lac souterrain, est également très réussie ; les sorcières, façon guerre du feu, sont omniprésentes et jouent le troisième rôle principal, aux côtés du couple royal. Les scènes de foule, notamment en plein air au IV. ou les scènes plus mouvementées comme l’assassinat de Banco, sont également bien tournées. La direction d’acteurs exploite à fond les talents d’acteurs de Shirley Verrett de Leo Nucci. Claude d’Anna le dit dans le très intéressant making-off  de 45 minutes: pour lui, Nucci est un impuissant que sa femme contrôle par le sexe (ce qui ne doit pas être simple dans ces conditions, on en conviendra) et pousse au crime. Leur relation est donc extrêmement physique et d’Anna pousse les acteurs à se dépasser (il faut voir la tête du bon Leo lorsque le réalisateur explique à Shirley Verrett qu’elle doit prendre de manière suggestive l’épée pour donner du courage à son époux…).

Naturellement, ce film n’échappe pas à certaines faiblesses propres à ce genre bâtard et notamment souffre de certains temps morts, pendant les airs, et notamment le « Pietà, rispetto, amore ». La synchronisation des voix et des acteurs ne pose pas plus de difficultés que pour d’autres films (Verrett et Nucci ont joué sur la bande son enregistrée peu avant et réussissent bien cet exercice ingrat)… sauf pour Banco et Macduff. La bande son profite de la présence de Samuel Ramey et de Veriano Luchetti, mais à l’écran, on voit deux acteurs qui tentent de mimer comme ils peuvent… le ridicule n’est pas loin surtout lorsqu’on connaît le charisme de Ramey et de Luchetti qui auraient été parfait. La production a sans doute fait ce qu’elle pouvait compte tenu des agendas des uns et des autres, mais c’est là un point faible indéniable.

Côté son, justement, la tigresse américaine et le lion d’Emilie Romagne forment un couple idéal (la bande son du film est sortie en CD, chez Decca en 1987 mais ce CD ne paraît plus disponible actuellement et une réédition serait bienvenue). La Verrett, à 56 ans, est au sommet de son art, avec ce timbre si particulier et si riche qui convient bien à la Lady qu’elle a maintes fois incarnée sur scène... Leo Nucci, à l’inverse, n’avait pas encore fait ses débuts dans le rôle qu’il incarnera peu après, notamment à Marseille en 1989 (notamment avec Ghena Dimitrova en Lady) et qu’il conserve toujours à son répertoire (en avril 2008, il l’incarnera à la Scala). Son Macbeth est encore juvénile, mais angoissé, en proie au doute, puis à la culpabilité. Vocalement, le rôle lui va à merveille et Leo y déploie une ligne verdienne que peu lui disputent et même de magnifiques passages en demi-teintes, par exemple dans le duo avec Banco au I.

La distribution est complétée par Ramey, somptueux, et Luchetti donc, mais aussi par Barasorda, le tout sous la direction de Chailly, à la tête de son orchestre de Bologne. L’ensemble est clair et limpide. Sans doute, Chailly livrerait-il aujourd’hui une lecture plus nerveuse de l’œuvre. Mais la bande son de ce film tient toute sa place dans la discographie très abondante.

Alors, les quatre étoiles pour ce film ? Parfaitement justifiées, vous en conviendrez, pour le motif suivant  : à la sortie en salle, il y a vingt ans donc, on avait beaucoup aimé ce film. En le revisionnant pour la première fois, la déception aurait dû être là car les ans magnifient les souvenirs et le retour sur terre est souvent douloureux… Mais non, grâce à Lady Nucci et à Leo Macbeth, ce film reste un must. A quelques semaines de Noël, merci à la Deutsche Grammophon !


Jean-Philippe THIELLAY




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