1988 ; Les hauts de Hurlevent de Kiji Yashida

Au Moyen Âge, durant l’ère Kamakura. La famille Yamabe vit sur les flancs d’un volcan pour y honorer le dieu du feu. Elle est scindée en deux branches : l’une occupe la Demeure de l’Est, l’autre, celle de l’Ouest. Un jour, le chef de la branche de l’Est ramène de la capitale un jeune orphelin au visage étrange. Parce qu’il ressemble à un démon, le chef le prénomme Onimaru1, et décide de l’élever comme son fils cadet…

Les hauts de Hurlevents

Kiji Yoshida fait preuve de précision et de maîtrise dans la mise en scène de ce film réalisé en 1988. Plus qu’une simple adaptation cinématographique d’un classique de la littérature, Les Hauts de Hurlevent est une œuvre ambitieuse qui puise son inspiration dans un texte critique de George Bataille. De ce roman unique d’Emily Brontë, l’écrivain français établit que « l’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort. » Guidé par cette réflexion, Kiju Yoshida filme son interprétation des Hauts de Hurlevent en mettant en avant sa vision du sexe comme cœur de la vie.

Aidé d’un budget confortable, le cinéaste nous propulse tout d’abord dans un Japon féodal envoutant et mystérieux. Loin de la lande originale du roman d’Emilie Brontë, Kiju Yoshida transpose l’intrigue sur les flancs embrumés et poussiéreux d’un volcan pour accentuer l’isolement et le dépouillement des demeures où vont se nouer le drame. À la croisée des genres, le film mêle ainsi cette atmosphère fantastique au Chanbara2 puisque quelques affrontements sanglants (pour ne pas dire gore) surgissent inopinément.

Réécriture oblige, le cinéaste modifie également les noms des protagonistes pour les adapter à cet univers. Heathcliff et Catherine Earnshaw deviennent ainsi Onimaru et Kinu. Onimaru signifiant démon complet en japonais, le personnage central de l’intrigue, incarné par le ténébreux Yusaku Matsuda, montre à lui seul le travail d’interprétation auquel s’est livré le cinéaste. Dès le départ qualifié de « démon », le personnage n’attirera aucunement la sympathie ou l’empathie des spectateurs.

Onimaru le démon

Érotisme et transgression vont ainsi s’articuler et s’entrelacer autour de ce personnage violent des Hauts de Hurlevent. Une scène clef va d’ailleurs sceller le drame qui va plonger les personnages dans le chaos. Forcée d’épouser l’héritier de la demeure de l’Ouest, Kinu décide de se donner à Onimaru. Dans une magnifique séquence érotique où Kiju Yoshida démontre toute la précision de sa direction d’acteurs, Yûko Tanaka qui joue le rôle de Kinu, enlace progressivement Onimaru pour tenir au final le cœur de ce dernier dans la paume de sa main. L’envoûtement est ainsi symboliquement scellé : il sera le point de départ de la folie destructrice d’Onimaru dans la suite de l’intrigue.

À cette scène clef se succède une autre séquence importante qui renvoie directement à la préface de Kiju Yoshida dans le DVD. Peu après le départ précipité d’Onimaru, Kinu explique à une servante, dans un dialogue qui se transforme en étrange monologue, que ce dernier et elle ne font plus qu’un3. Deux personnages en un : une vision singulière de l’amour et du sexe qui se vérifie par la suite puisque Onimaru sera amené à profaner la sépulture de cette dernière pour la conserver éternellement à ses côtés.

Rituels

Superbe film sur l’amour fusionnel, sur la passion comme force aliénante et destructrice, Les Hauts de Hurlevent est à découvrir dans un master restauré où l’image 1.85 restitue avec merveille la photographie de Junichirô Hayashi. Le menu fait par contre dans la sobriété, chose assez rare chez l’éditeur Carlotta Films.

Visuel du DVD Les hauts de Hurlevents

Kiju Yoshida. Le Retour de la nouvelle vague japonaise : Adieu clarté d’été/Femmes en mirroir - Aveux, théories, actrices - Les Hauts de Hurlevent - Promesse - Purgatoire Eroica/Coup d’état.
Japon, 1968 à 2002, couleurs et N&B, nouveaux masters restaurés, formats 1.37 - 1,85 et 2.35 respectés - 16/9 comp 4/3, versions originales - sous-titres français. Édités par Carlotta Films.
Éditions DVD + fourreau testées sur Samsung HT-A100 et Samsung Full HD LE40F71B.
Crédits photographiques : Carlotta Films.

  1. Oni : démon, ogre. Maru : cercle, rond.[]
  2. Terme qui qualifie les films de sabre au Japon. Harakiri de Masaki Kobayashi en est un superbe exemple.[]
  3. Kinu va vite donner naissance à la fille de Onimaru. Cette dernière sera élevée par l’héritier de la demeure de l’Ouest.[]
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