1927 : La passion de Jeanne d'Arc de Carl Thiedor Dreyer

Affiche américaine de La Passion de Jeanne d'Arc (1929).

La Passion de Jeanne d'Arc est un film réalisé par Carl Theodor Dreyer en 1927 et projeté pour la première fois à Copenhague le 21 avril 1928. Il s'agit d'un film muet mais qui avait été intialement conçu comme un film parlant, ce à quoi Dreyer dut renoncer pour des raisons liées à l'équipement technique du studio. D'où l'aspect déconcertant de ce film, qui adopte déjà les codes du parlant tout en restant un film muet.

La restauration de la version d'origine tient presque du miracle, puisque le premier négatif avait subi des coupures exigées par la censure, puis avait été perdu dans un incendie. Dreyer avait alors réussi à en reconstituer une seconde version à partir de chutes restantes, laquelle devait pourtant elle aussi disparaître dans un autre incendie. Il ne restait plus alors que des copies douteuses, et ce n'est qu'en 1981 que l'on retrouva dans un asile psychiatrique d'Oslo un double oublié du premier négatif, non censuré, à partir duquel il fut possible de reconstituer le film et les intertitres dans une version probablement identique à celle montée par le cinéaste pour la première de 1928.

Dreyer choisit ici de centrer son propos non pas sur les guerres menées par Jeanne d'Arc, ni même sur son exécution, mais sur le procès qui devait y aboutir. Dans ce cadre très resserré, il met en opposition ce qui se lit sur le visage de la pucelle d'Orléans avec les grimaces de ses accusateurs et bourreaux, opposition qui est encore accentuée par le réalisme dont fait preuve le réalisateur pour exposer sa chronique de cet événement. Il ne s'agit donc pas ici de rendre compte d'un destin grandiose, mais de montrer quelle peut être la force de la foi face à la pression des institutions. La passion de Jeanne fait évidemment écho à la Passion du Christ. Comme le Christ qui a dû affronter l'incompréhension, la haine et les outrages des Pharisiens, Jeanne doit affronter l'incompréhension, les humiliations et la haine de l'Église. Mais en montrant une femme souffrante et persécutée, Dreyer renvoie également aussi bien à la figure de la Vierge qu'aux premières martyres de l'Église. Jeanne est en état de grâce et désire y rester : comme plusieurs personnages de Dreyer, elle a fait le grand saut dans l'absurde et ne pourra être comprise que par ceux qui auront eux-mêmes réalisé une telle conversion. La scène finale de la mort de Jeanne apparaît comme une apothéose.

On relèvera l'apparition très remarquée d'Antonin Artaud dans le rôle de Jean Massieu.

Fiche technique

  • Réalisateur : Carl Theodor Dreyer
  • Scénario : Carl Theodor Dreyer et Joseph Delteil
  • Images : Rudolph Maté
  • Décors : Hermann Warm (qui fut décorateur sur Le Cabinet du docteur Caligari) et Jean Hugo
  • Costumes : Valentine Hugo
  • Production : Société Générale des Films (France)
  • Noir et Blanc
  • Dates de sortie :
    • Danemark : 21 avril 1928
    • France : 25 octobre 1928

Distribution

  • Renée Falconetti  : Jeanne
  • Eugène Silvain : Cauchon
  • Maurice Schutz: Nicolas Loyseleur
  • Michel Simon : un juge
  • Antonin Artaud : Jean Massieu
  • Camille Bardou

Référence 

  • Charles Tesson, « Jeanne d'Arc sauvée des flammes », Cahiers du Cinéma, n° 366, page x, décembre 1984.

 

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