Le sel au Moyen âge

 

Propriétaires et exploitants du sel

Jusqu’au XIIIe siècle, les exploitations de sel appartiennent à des propriétés domaniales, le plus souvent des monastères, mais aussi parfois
des seigneuries laïques. Au Moyen Âge, la production de sel de sources salées se caractérise par l’existence d’un grand nombre de propriétaires de poêles à sel, en concurrence les uns avec les autres. L’exploitation est concédée à des exploitants qui paient un « cens » aux propriétaires, c’est-à-dire un droit de concession. Ce droit s’accompagne parfois de fourniture en bois, indispensable pour cuire le sel. À partir du XIIIe siècle, le sel devient un enjeu de monopole fiscal pour les monarques détenteurs de l’autorité publique, mais les droits liés à son exploitation comme à son commerce sont émiettés parmi une multitude de détenteurs. La notion de propriété est alors diluée dans un système complexe de rentes et de revenus partagés entre individus appartenant à plusieurs couches sociales. Dès lors, pour cette période, il s’avère souvent difficile de répondre à la question : qui est propriétaire de quoi ?

Les routes du sel : les transports par bateau

Au Moyen Âge, les transports terrestres se développent considérablement grâce aux améliorations techniques apportées aux attelages. Des caravanes de sel traversent ainsi toute l’Europe. Le transport par voie fluviale est aussi très développé ; la vallée du Rhône, notamment, joue un rôle essentiel dans la commercialisation des sels du Midi vers le nord. Depuis l’instauration de la gabelle, le trafic du sel est partout hautement surveillé, du fait du développement de la contrebande, ou faux-saunage. Le transport du sel par le Rhône est appelé tirage du sel, car les embarcations à fond plat sont tirées à l’aide de la force humaine ou de celle d’animaux de trait. Certains bateaux peuvent transporter jusqu’à 100 tonnes de sel. Des entrepôts sont situés en bordure du Rhône, comme celui de Pont-Saint-Esprit, une ville située à la croisée des chemins du Languedoc et de la Provence. Le transport maritime du sel se développe quant à lui de façon importante à partir de la fin du Moyen Âge, en rapport avec l’essor des grandes pêches du hareng et de la morue. Les bateaux relient par cabotage les ports de la Méditerranée et de la péninsule Ibérique à ceux du nord de l’Europe, sur les rives de la mer du Nord et de la Baltique.

L’amélioration des techniques d’extraction

À partir du Moyen Âge, la technique d’extraction de l’eau des puits salés s’améliore. L’eau est sortie du puits à l’aide d’une fourche à Poêle à sel balancier, la fourca, dotée de bras inégaux et d’une tige de bois terminée par un crochet auquel on attache un seau. Un mouvement de bascule permet d’atteindre l’eau et de remonter le seau rempli. Mais cette technique fort ancienne est peu productive. L’ensemble de ce système technique, appelé galgo ou griau ou encore cigogne, est abandonné dans les salines lorraines au début du XVe siècle et en Franche-Comté dans la première moitié du XVe siècle. Le système est amélioré, surtout grâce à la multiplication des engrenages qui permettent de démultiplier les forces et les distances. C’est désormais une roue faisant tourner une chaîne sans fin équipée de godets qui extrait l’eau des puits. On appelle ce dispositif patenôtre à Salins (Jura), paternoster à Reichenhall (Allemagne). Mais c’est encore à la force humaine que l’on recourt pour actionner l’ensemble. Sortie du puits, l’eau salée est ensuite dirigée vers les bâtiments de fabrication du sel par des conduites de bois ou des canaux. Là se trouvent les poêles à sel posées sur des foyers, qui servent à évaporer la saumure que l’on appelle la muire.

Sel, pharmacopée et croyances

Dans l’Antiquité, les médecins prescrivaient fréquemment des remèdes à base de sel qu’ils associaient à d’autres substances comme la graisse, l’huile, le miel, le vin ou le vinaigre. Au Moyen Âge, le sel entre toujours très largement dans cette vaste pharmacopée héritée de l’Antiquité et fait partie de nombreux remèdes. On utilise pour soigner, non pas un sel brut, mais un sel blanc et raffiné que l’on réduit encore en poudre très fine afin de le dissoudre dans des solutions. Avec le sel posé en emplâtres ou appliqué en onguents, on guérit les piqûres et les brûlures. Au Moyen Âge, les croyances liées peu ou prou à la religion font partie de la vie quotidienne. Le sel est associé un peu partout en Europe au rite chrétien comme à la lutte contre les démons et le mauvais sort, et c’est un moyen de mettre en fuite les diables et leurs messagères, les sorcières, ou encore d’éloigner les fantômes. Il entre par conséquent dans de nombreuses pratiques cultuelles officielles mais aussi magiques liées aux superstitions.

La gabelle du sel

Radeur : officier des gabelles, dont la fonction consistait à mesurer le sel. en le rasant sur le minot. Le terme de « gabelle » (emprunté à l’italien gabella, lui même issu de l’arabe) s’applique initialement au
Moyen Âge à toutes sortes d’impôts, mais, à partir de Louis-Philippe, il désigne exclusivement l’impôt sur le sel. Cette taxe, à l’origine féodale, a été instituée en premier lieu par Charles d’Anjou, comte de Provence, en 1259. Au cours du XIVe siècle, la gabelle est progressivement généralisée par le monarque à l’ensemble du royaume, faisant obligation aux sujets d’acheter une quantité imposée de sel aux greniers du roi. La gabelle est un impôt complexe du fait de la diversité de ses modes de perception, de ses applications et de ses exemptions. Le roi ne produit pas de sel, mais exerce un contrôle sur la vente, qui est du ressort des fermiers généraux et des gabelous ou gabeleurs. Le principe de la Ferme générale est unifié sous Colbert en 1664, et l’impôt, centralisé. Le projet d’étendre la gabelle tout au long de sa mise en place, depuis les provinces du nord de la France jusqu’à celles du Sud-ouest, a provoqué à plusieurs reprises des révoltes populaires. Avec la gabelle, un commerce juteux de contrebande se développe, assuré par les « faux-sauniers », mais c’est un commerce risqué car sévèrement puni, par la prison, la mort ou la condamnation aux galères.

L’exploitation du sel gemme en Chine

Dans l’histoire de la Chine, le développement des techniques minières est précoce : l’exploitation des gisements de sel y remonterait à l’Antiquité. Au Moyen Âge, il semble qu’on utilise en Chine les mêmes techniques qu’en Occident : de l’eau est envoyée dans la mine pour dissoudre le sel, puis la saumure ainsi obtenue est remontée en surface et passée dans des chaudières. On aurait dès l’an 1080 creusé selon ce procédé un puits atteignant 300 mètres de profondeur. Grâce à la grande disponibilité de la ressource du bambou utilisé pour la construction, les Chinois pouvaient fabriquer de très longs tuyaux en les assemblant entre eux par emboîtement. C’est par ces tuyaux que les mineurs envoyaient l’eau dissoudre le sel dans les profondeurs des puits miniers.

Source : inrap

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