La Jérusalem musulmane (638-1099).

Jérusalem est conquise par les Byzantins en 629. Sous leur férule depuis 324, la ville a échappé à leur contrôle pendant quinze ans après la conquête perse de 614.

 Divisé par des intrigues internes et saigné à blanc suite à la lutte contre les Perses, l’empire byzantin ne peut offrir de résistance à la cavalerie qui, enflammée par une foi nouvelle, traverse le désert d’Arabie. Suite aux enseignements de Mahomet, les Musulmans décident de reconquérir Jérusalem. Lorsqu’il meurt en 632, ses armées sont déjà en route pour la Palestine.

 En décembre 634, les troupes musulmanes campent autour de Bethléem, et coupent Bethléem de Jérusalem, empêchant ainsi les Chrétiens de se rendre sur le lieu de naissance du Christ pour célébrer la liturgie de la veille de Noël.

 Dans son sermon de veille de Noël à Jérusalem, le patriarche Sophronius exprime à la fois ses regrets sur l’impossibilité de se rendre à Bethléem et ses craintes à l’égard de ces “Sarrazins” porteurs d’une religion nouvelle.

 Le 20 août 636, la bataille de Yarmuk sonne le glas de la Palestine.

 Jérusalem est sans doute prise en 638, sans effusion de sang. Appelée Aelia dans les récits musulmans de l’époque, la ville n’est pas pour eux un point stratégique dans l’avance des armées. Il n’existe pas de récits de témoins directs. Un récit de cette prise est donné par deux historiens contemporains, Baladhuri et Ya’qubi, et repris ensuite par l’historien musulman Tabari, mort en 923.

 Voici le récit de Ya’qubi: "Omar vint dans la région de Damas, puis il arriva à la Ville Sainte, la prit sans bataille et envoya aux habitants le message suivant: 'Au nom de Dieu, charitable et miséricordieux. Voici un écrit d’Omar ibn al-Khattab aux habitants de la Ville Sainte. Il vous garantit que votre vie, vos biens et vos églises ne seront jamais pris ni détruits, aussi longtemps que votre attitude ne sera pas à blâmer.' Ceci fut confirmé par des témoins."

Vue générale de Jérusalem. A l'arrière-plan à droite, la coupole du Rocher (élevée en 691)  L’invasion musulmane favorise le retour des Juifs et met fin aux tourments que leur infligent les Chrétiens. Omar garantit bien la liberté individuelle et religieuse aux Chrétiens et aux Juifs.

 Les Juifs ont amorcé leur retour dans la ville pendant le court règne perse, à la fin de la période byzantine. Après 638, les interdits les frappant sont abolis. Ils sont officiellement autorisés à se réinstaller à Jérusalem pour la première fois depuis 135, et à vivre à nouveau à l’intérieur de la ville.

 Le calife Omar demande aux Juifs où ils veulent s’installer. Ils décident d’avoir leur quartier au sud de la ville, à côté du site du Temple et près des piscines de Siloam, qu’ils peuvent utiliser pour leur bain rituel. La communauté juive construit des synagogues et des centres d’étude. En 661, il existe une synagogue située sur le Mont du Temple. Les Juifs ont toute liberté et bénéficient de l’aide des Musulmans. Ils projettent de reconstruire le Temple de Salomon à l’endroit appelé le Saint des Saints.

Omar proclame la colline du Temple lieu de prière. Dans la tradition de l’Islam, Jérusalem est la ville où Mahomet, dans sa vision nocturne, est transporté sur son légendaire coursier. Et son ascension au Ciel aurait eu lieu à partir du site du Temple juif. Jérusalem est également reconnue comme Ville Sainte par l'Islam, puisque consacrée par les deux religions prenant racine dans la Bible - le Judaïsme et le Christianisme - considérées par les Musulmans comme précédant l’Islam.

Cependant la Ville Sainte n’est qu’une ville de province, dans un royaume dont les capitales sont successivement Damas, Bagdad, Le Caire ou Constantinople. Trois dynasties se succèdent: le dynastie ommeyade, la dynastie abbasside et la dynastie fatimide.

 La dynastie ommeyade (650-750)

Sous la dynastie omeyyade, Israël devient une province du vaste empire musulman. Jérusalem n’est ni capitale ni centre culturel. Abd al-Malik la mosquée al-Aksa
fait bâtir le Dôme du Rocher en 691 et 692. Son fils Al-Walid fait construire la mosquée al-Aksa entre 705 et 715. Le nombre d’habitants de Jérusalem, qui était de quatre-vingt mille pendant la période byzantine, décroît énormément. La capitale devient Emmaüs. Plus tard, à cause d’une épidémie de peste, Suliman, le deuxième fils d’Abd al-Malik, désigne Ramleh comme capitale provinciale et centre commercial.

 Sous le califat omeyyade, les conversions à l’Islam augmentent. Juifs et Chrétiens sont cependant tolérés, et la gestion de leurs affaires communautaires leur est laissée. La communauté chrétienne souffre de dissensions internes, dues aux conflits entre l’Eglise orientale et l’Eglise occidentale.

 La dynastie abbasside (750-969)

  Sous la dynastie abbasside, la capitale musulmane n’est plus Damas, mais Bagdad. L’influence de Jérusalem décroît encore. Le calife Haroun al-Rachid ne se rend jamais à Jérusalem, mais il encourage la venue des pèlerins. C’est lui qui donne à Charlemagne l’autorisation de fonder et d’entretenir des centres pour pèlerins occidentaux.

 La communauté juive de Jérusalem se renforce pour devenir rapidement la plus importante du pays. Le quartier juif s’étend au nord du rempart occidental, en incluant la zone située entre la Porte des Ordures au sud et la Porte de Damas au nord. Le centre spirituel juif se déplace de Tibériade à Jérusalem. Des références à la communauté religieuse juive de Jérusalem commencent à apparaître dans les documents vers 800.

 Un des premiers documents est le récit du rabin Ahima’as, un Italien venu en pèlerinage à Jérusalem: “A cette époque, il y avait un Juif nommé Rabbi Ahima’as qui monta trois fois avec ses offrandes à Jérusalem, la cité glorieuse. Chaque fois qu’il vint, il prit avec lui cent pièces d’or, ainsi qu’il en avait fait le voeu devant le Rocher du Salut, pour aider ceux qui se consacraient à l’étude de la Torah, et pour ceux qui pleuraient la Maison ruinée de sa Gloire.” 

 En 878, Jérusalem passe sous le contrôle du royaume d’Ahmed ibn-Touloun, installé au Caire.

 La dynastie fatimide (969-1071)

 A partir de 969, les califes fatimides gouvernent Jérusalem depuis l’Egypte. Sous la dynastie fatimide, le calife Al-Ariz, qui gouverne entre 976 et 996, laisse une grande liberté aux Chrétiens et aux Juifs.

 La Jérusalem du 10e siècle semble d’ailleurs dominée par les Juifs et les Chrétiens, comme le montre le récit du voyageur et géographe musulman al-Muqaddasi, lui-même natif de Jérusalem: “Dans cette province de Syrie aussi les fabricants de monnaie, teinturiers, banquiers et tanneurs sont juifs pour la plupart, alors qu’il est très commun que les physiciens et les scribes soient chrétiens.” 

 Il ajoute: “Bayt al-Maqdis (la Maison Sainte, ndlr) est connue aussi sous le nom d’Iliya (Aelia, ndlr) et d’al-Balat (le Palais, ndlr). Aucune ville de province n’est plus grande que Jérusalem, et de nombreuses capitales sont en fait plus petites... Les bâtiments de la Ville Sainte sont en pierre, et nulle part ailleurs vous ne trouverez de constructions plus belles et plus solides. Et nulle part ailleurs vous ne rencontrerez de gens plus chastes. La nourriture est excellente ici. Les marchés sont propres, la mosquée est parmi les plus grandes, et nulle part les lieux saints ne sont plus nombreux qu’ici... A Jérusalem on trouve toutes sortes d’hommes cultivés et de docteurs, et pour cette raison le coeur de chaque homme intelligent est tourné vers elle. Tout au long de l’année, ses rues ne sont jamais vides d’étrangers.”

 L’accès des Juifs au Mont du Temple semble toutefois sujet à controverse. Selon Salman Ben Yeruham, écrivain karaïte des années 950, l’accès du Haram semble interdit aux Juifs. Mais, à partir de 970, les Fatimides autorisent les Juifs à prier dans un endroit déterminé du Mont.

 C’est la plus grande époque de Jérusalem sous la férule musulmane. La ville a trente mille habitants, une superficie d’un kilomètre carré et des remparts de quatre kilomètres de long.

La période de prospérité de Jérusalem se termine avec le successeur d’Al-Ariz, Al-Hakim, calife de 996 à 1021. Appelé le “calife fou”, il persécute sauvagement les Chrétiens et interdit les pèlerinages. En 1010, il ordonne la destruction de toutes les synagogues et de toutes les églises, y compris le Saint-Sépulcre. Après sa mort, les pèlerinages reprennent. On reconstruit le Saint-Sépulcre et nombre d’églises. Des groupes de pèlerins viennent régulièrement d’Europe.

Nasir Khusraw  Nasir-I Khusraw, un Perse venu visiter la ville en 1047, fait un beau portrait de Jérusalem avant l’arrivée des Croisés: “Ce fut le 5e jour du Ramadan de l’année 458 (1047 selon le calendrier chrétien, ndlr) que j’arrivai à la Ville Sainte... Jérusalem est une très grande ville, et lors de ma visite il y avait vingt mille personnes. Elle a des bazars hauts, bien construits, et propres. Toutes les rues sont pavées de dalles de pierre. Et, aux endroits où la pierre était plus haute, ils l’ont coupée pour la mettre à niveau, si bien que, dès que la pluie tombe, la place se trouve lavée et propre. Il existe de nombreux artisans dans la ville, et chaque corps de métier a son propre bazar.” 

 Les pèlerinages chrétiens sont nombreux. En 1065, douze mille pèlerins chrétiens arrivent d’Allemagne du Sud et de Hollande. Selon le rapport du rabbin Shlomo ben Yehuda, qui est à la tête de la Yeshivah de Jérusalem, on compte aussi des pèlerinags juifs. Les Juifs prient dans les synagogues du Mont des Oliviers, et se prosternent en formant un demi-cercle devant les remparts et les portes de la ville.

 Après avoir investi les régions montagneuses du pays, les Turcs séleucides s’emparent de la ville en 1071, et la gardent sous leur férule pendant vingt-huit ans. Ils pillent la Ville Sainte, persécutent les Chrétiens et les Juifs, et interdisent les pèlerinages. Cette occupation aggrave les dissensions avec les Chrétiens d’Europe.

 Dans sa ferveur religieuse, l’Europe donne son approbation enthousiaste au pape Urbain II quand, au Concile de Clermont de novembre 1095, il appelle à une croisade pour libérer les Lieux Saints. Dans son discours, il s’inquiète des rançons constantes dont les Chrétiens font l’objet. S’ils refusent de donner leur argent, ce sont leurs bagages et leurs vêtements qui sont fouillés de fond en comble, y compris les coutures des vêtements. Parfois les rançonneurs, pour plus de sécurité, vont jusqu’à fouiller les intestins pour voir si les pièces n’ont pas été avalées. 

 Dans ses écrits, Guillaume de Tyr décrit la situation des Chrétiens: la persécution par Al-Hakim, la destruction de l’église du Saint-Sépulcre, la demande puis l’autorisation de la reconstruire, les vexations continuelles infligées aux pèlerins venant dans la Ville Sainte. D’après lui, c’est cette dernière mesure qui est la cause essentielle des Croisades. 

 A l’époque précédant l’arrivée des Croisés, les Chrétiens sont formés de Grecs, d’Arméniens, de Coptes égyptiens, de Jacobites syriens et, de plus en plus, de Latins d’Europe.

 Les Fatimides reviennent au pouvoir en 1098, juste à temps pour défendre Jérusalem contre les troupes de la première Croisade.

La Jérusalem médiévale - Marie Lebert -

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