En route vers la Terre sainte au Moyen Âge

Dans les premiers siècles des pèlerinages, quand le pèlerin voulait aller en Terre sainte, il devait obtenir le consentement de ses proches et la permission de son évêque ? On s’enquérait de sa vie et de ses mœurs, on examinait si un vain désir de voir les contrées éloignées ne l’entraînait pas vers les lieux saints. Cette enquête était plus rigoureuse lorsqu’il s’agissait d’un religieux ? On voulait éviter que le pèlerinage ne fût un prétexte pour rentrer dans la vie du monde. Quand toutes ces informations avaient été prises, le pèlerin recevait de la main de l’évêque, à la messe paroissiale, le bourdon et la panetière.

Le pèlerin recevait aussi la bénédiction ? une sorte de passeport adressé à tous les monastères, aux prêtres, aux fidèles, leur recommandait le Bénédiction du bourdon et de la panetière du pèlerin, manuscrit de la bibliothèque de Lyon. pèlerin, qui devait partir sans retard, sous peine d’être traité de relaps et de parjure envers Dieu ? L’évêque seul qui avait lié pouvait délier dans des cas rares et d’une extrême gravité.

Au jour indiqué pour le départ, les parents, les amis, les âmes pieuses, accompagnaient le pèlerin à une certaine distance de la ville ? Là, il recevait la bénédiction et se mettait en marche. Durant sa route, le pèlerin était exempt de tout péage ? Il trouvait l’hospitalité dans les châteaux sur sa route, et c’était une sorte de félonie de la lui refuser ? Il devait être traité comme le chapelain et manger à sa table, à moins que, par humilité, il n’aimât mieux l’isolement et la retraite. Dans les villes, il s’adressait à l’évêque, qui l’accueillait, et dans les couvents, au prieur ou à l’abbé. On lit dans les Devoirs de Chevaliers, l’obligation, pour tous les hommes qui portaient les armes, de défendre le pèlerin, assimilé aux enfants et aux veuves ? S’il tombait malade, les hospices lui étaient ouverts, ainsi que l’infirmerie des monastères ? On prenait soin de lui comme d’un être privilégié.

Le pèlerin rencontre la Divine Grâce, Miniature du site de la bibliothèque nationale des Pays-Bas. Lorsque le pèlerin s’embarquait, les prix de leur passage étaient extrêmement modiques, et les statuts de certaines villes, telles que Marseille, par exemple, les dispensaient de toute rétribution quand ils s’embarquaient sur les navires de la cité. Il en était de même à leur retour. Arrivés à leur ville natale, on les recevait processionnellement ? Ils déposaient sur l’autel de la paroisse la palme de Jéricho.

 Toutes les classes de la société fournissaient des pèlerins : princes, prélats, chevaliers, prêtres, nobles et vilains. L’espoir de se sanctifier par le pèlerinage était général. En 1054, par exemple, Lutbert, 31e évêque de Cambrai, partit pour la Terre sainte, suivi de plus de 3 000 pèlerins des provinces de Picardie et de Flandre. Quelques années plus tard, 7 000 chrétiens parmi lesquels on comptait l’archevêque de Mayence, les évêques de Ratisbonne, de Bamberg, d’Utrecht partirent ensemble des bords du Rhin pour se rendre en Palestine. (cf Le grand pèlerinage allemand de 1064-1065.)

HR Duthillœul - Introduction au voyage de Jacques Le Saige - [1851]

Partir de sa propre initiative…

Un vœu prononcé dans un accès de dévotion ou dans un danger imminent, une vision, la lecture d’un passage de la Bible que l’on considérait comme un avertissement du ciel, tels étaient en général les motifs qui décidaient les pèlerins à entreprendre le voyage de Terre sainte.

Souvent les évêques et les abbés n’avaient d’autre but que d’aller chercher des reliques ? Car l’Orient eut, pendant longtemps, le privilège LLa Divine Grâce donne au pèlerin une besace (la foi) et un bâton (l'espérance),Miniature du site de la bibliothèque nationale des Pays-Bas. d’en fournir à toute l’Europe, et l’on sait que les reliques étaient pour les églises et les monastères une source féconde d’honneurs et de richesses.

Parmi les hommes qu’une piété sincère entraînait en Palestine, plusieurs y allaient dans l’espoir d’y trouver la mort ? Quelques-uns pourtant, perdant l’espoir en chemin, se hâtaient de revenir dans leur pays ? D’autres, sur le point de souffrir le martyre qu’ils avaient toujours ambitionné, saisis d’une terreur subite, cherchaient à se dérober au danger. Saint Uldaric, après s’être baigné dans le Jourdain, n’avait pas encore eu le temps de revêtir ses habits, lorsqu’il vit accourir, à grands cris, une troupe menaçante de Sarrasins. « Le serviteur du Christ, dit l’hagiographe, désirait dans son c?ur la palme du martyre ? Cependant, la fragilité humaine l’emportant, il s’enfuit à toutes jambes avec ses compagnons. »

Mais, on doit le dire, la plupart des pèlerins, quelles que fussent leur misère et leurs privations, savaient supporter gaiement et sans se La Divine Grâce donne au pèlerin une armure (les vertus), Miniature du site de la bibliothèque nationale des Pays-Bas. plaindre ? Et si l’on veut avoir une idée du religieux délire qui transportait quelques-uns d’entre eux, on n’a qu’à lire dans Raoul Glaber le récit de la mort du Bourguignon Liébaut qui, succombant sous son émotion, expira peu d’heures après avoir visité le mont des Oliviers.

Parfois c’étaient des motifs bien frivoles qui animaient les pèlerins. Tantôt des moines se disaient l’un à l’autre : « Allons, partons, car il est écrit : Nul n’est prophète en son pays. » Tantôt, comme le rapporte Jacques de Vitry, des hommes d’un esprit inquiet et changeant, n’ayant d’autre mobile que la vanité, n’hésitaient pas à acheter, au prix des plus grandes fatigues, le plaisir de parcourir des terres inconnues, et de voir par eux-mêmes les merveilles si vantées des contrées de l’Orient.

 Des raisons plus sérieuses contribuaient encore à accroître l’affluence des Européens en Palestine. La foire annuelle, qui avait été établie à Jérusalem sous les descendants d’Omar, y attirait une multitude de voyageurs et de négociants, et nul doute que parmi eux on ne vît figurer en grand nombre les habitants des côtes de la Méditerranée, appelés à la fois dans cette ville par de pieux désirs et par des intérêts commerciaux.

… Ou partir sous l’injonction de l’Eglise.

Pénitence imposée au pêcheur, manuscrit du XIV° siècle. Les pèlerinages n’étaient pas tous volontaires. Ils étaient souvent imposés par l’Église, en expiation de quelque forfait. Il y en avait de deux espèces. Les uns (majores) étaient ceux de Jérusalem, de Rome et de Saint-Jacques de Compostelle ? Les autres (minores) étaient les pèlerinages accomplis dans l’intérieur de la France.

L’exil en Terre sainte était, dans quelques localités, aggravé par une pénitence singulière. Quand un homme avait tué par le fer l’un de ses proches parents, et s’était confessé de son crime, l’évêque, avec la matière du glaive qui avait servi au meurtre, faisait forger des chaînes, que l’on attachait au cou, à la ceinture et aux bras du coupable ? Puis on chassait hors du pays le malheureux qui, pour obtenir son pardon, devait, sans quitter ses fers, visiter successivement Jérusalem, Rome ou d’autres lieux consacrés.

Vers 855, un seigneur franc, nommé Frotmond, ayant, avec l’aide de ses frères, assassiné deux personnes de sa famille, fut condamné, ainsi La Divine Grâce présente le pèlerin à la mémoire,Miniature du site de la bibliothèque nationale des Pays-Bas. que ses complices, à être chargé de chaînes et à errer dans le monde entier. Pendant sept ans, il parcourut l’Europe, l’Asie, une partie de l’Afrique, visita trois fois Rome et deux fois Jérusalem, et finit par revenir expirer au monastère de Redon, près de Rennes.

L’autorité ecclésiastique imposa souvent des pèlerinages à Jérusalem dans un but politique, pour éloigner les perturbateurs du repos public, ou les seigneurs turbulents qui étaient sans cesse en querelle avec leurs évêques. C’était la peine dont on frappait les infracteurs de la trêve de Dieu ? Et certes, le lieu d’exil était bien choisi ? Car on ne revenait guère de cette contrée lointaine qui, suivant l’expression d’un chroniqueur anglais, avait le privilège de dévorer ses habitants ? Et si l’exilé parvenait à survivre aux fatigues et aux dangers d’un premier voyage, il succombait ordinairement dans un second, ou mourait épuisé en remettant le pied sur la terre natale.

 

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