Le voyage du pèlerin au Moyen âge.

Vagabonds et bandits.

L'attaque des pèlerins Il y avait une classe de pèlerins sur lesquels il était possible d’exercer quelque surveillance. C’étaient ceux auxquels le pèlerinage avait été imposé canoniquement. Dès le septième siècle ils devaient, pour recevoir l’hospitalité sur leur route, être munis d’un passeport. Plus tard, un capitulaire rappela que les conciles d’Antioche et de Chalcédoine avaient défendu d’accueillir et d’ordonner prêtres les clercs fugitifs et les pèlerins qui ne seraient point porteurs, soit de lettres de recommandation, soit d’une permission de leur évêque ou de leur abbé.

Tout en essayant de réprimer le vagabondage, on cherchait aussi à protéger les véritables pèlerins. « Que personne, dit la loi des Bavarois, n’ose inquiéter les étrangers ou leur faire du tort, parce que les uns voyagent pour Dieu, les autres pour leur nécessité, et cependant une même paix leur est nécessaire à tous. » Un capitulaire de Pépin affranchissait les pèlerins de tout péage.

Mais cette protection dut être rarement très efficace. Les routes, qui sous la ferme administration de Charlemagne, avaient pu offrir quelque sécurité, devinrent après lui moins sûres que jamais ? Et l’on sait trop, pour qu’il soit besoin d’insister là-dessus, quels furent pendant plusieurs siècles les brigandages des seigneurs. Bornons-nous à dire que, suivant Guibert de Nogent, le célèbre Thomas de Marle s’enrichit dès sa jeunesse en pillant les pèlerins qui allaient à Jérusalem ou en revenaient. Les pèlerins des Gaules qui traversaient l’Italie furent longtemps exposés à des dangers de même nature. Pendant une partie du dixième siècle, les Sarrasins qui occupaient les passages des Alpes, pillèrent et tuèrent les voyageurs. Au commencement du siècle suivant, sous le pape Benoît VIII, « la route de Jérusalem, dit Adhémar de Chabanais, fut fermée pendant trois ans. Car, en haine des Normands, tous les pèlerins qui tombaient entre les mains des Grecs étaient chargés de liens et envoyés à Constantinople, où on les jetait en prison.

Des hospices pour les pèlerins.

Les pèlerins, qui semblent jusqu’à l’époque des croisades n’avoir eu aucun costume particulier, partaient souvent sans argent et sans Chambre dans une auberge
provisions ? Aussi les dangers et les obstacles de toutes sortes qu’ils rencontraient sur leur route, les fatigues auxquelles ils étaient exposés, avaient nécessité de bonne heure la fondation d’établissements destinés à leur offrir le gîte et la nourriture.

Un hospice était annexé à tous les monastères un peu importants, auxquels les donations étaient faites uniquement dans ce but ? Et il leur fut maintes fois prescrit expressément par les conciles et les capitulaires d’accueillir avec charité les voyageurs et les pèlerins. « Les prêtres doivent savoir, dit un capitulaire, que les décimes et les offrandes qu’ils reçoivent des fidèles sont la solde des pauvres, des étrangers et des pèlerins, et qu’ils doivent en user, non comme de leur bien propre, mais comme d’un dépôt qu’on leur aurait confié. »

 Les hospices étaient ordinairement placés, soit en dehors des villes, pour que le voyageur attardé pût y trouver un asile, soit sur le bord des fleuves, aux endroits où il n’existait pas de communication d’une rive à l’autre, soit dans les montagnes aux passages les plus fréquentés. Au huitième siècle, Adrien Ier recommandait vivement à la générosité de Charlemagne ceux qui étaient situés dans la chaîne des Alpes. Au siècle suivant, celui du Mont-Cenis fut fondé par Louis le Débonnaire, qui le dota de riche revenus, et Louis II, envoyant des députés en Italie, ordonna par un capitulaire daté de 855, la restauration de tous les hospices bâtis dans les montagnes ou ailleurs.

Les hospices des Alpes, jusqu’au neuvième siècle, furent surtout d’un grand secours aux pèlerins qui venaient de la Gaule, et se dirigeaient vers quelque port d’Italie, où ils s’embarquaient ensuite pour l’Orient. Mais après cette époque, grâce à la conversion des Hongrois, la route de terre jusqu’à Constantinople fut suivie de préférence. On trouva alors des hospices presque jusqu’à la capitale de l’empire grec.

Sous les murs de la Cité sainte.

Les pèlerins assez heureux pour arriver jusqu’à Jérusalem, devaient payer une pièce d’or avant d’y entrer ? Aussi des milliers de malheureux que les infidèles avaient complètement dépouillés, venaient expirer de faim et de misère sous les murs de la cité sainte, dont les habitants ne L'arrivée du pèlerin suffisaient pas à ensevelir les morts. Les pèlerins qui avaient pu acquitté le tribut se logeaient chez les chrétiens, soit dans l’hôpital des Amalfitains, soit même chez les infidèles, comme le fit Robert l’Ancien, comte de Flandre. « Sur mille pèlerins, dit Guillaume de Tyr, un seul à peine pouvait suffire à ses besoins ? Car ils avaient perdu en route leurs provisions de voyage, et n’avaient sauvé que leurs corps à travers des périls et des fatigues sans nombre. »

 Les pèlerins n’étaient point encore en sûreté dans l’enceinte même de Jérusalem. « L’on craignait sans cesse, dit le même historien, qu’en se promenant sans précaution, ils ne fussent frappés, souffletés outragés ou même mis à mort en secret. » Ces dangers engagèrent de bonne heure les pèlerins à se rendre en troupes assez nombreuses pour se protéger mutuellement.

Pèlerinages en Terre sainte avant les Croisades, Bibliothèque de l’École des Chartes – 1839

Une palme de Jéricho.

Après avoir visité les Lieux saints de Palestine, le pèlerin s’embarquait dans un port des villes maritimes de la côte de Syrie, quelquefois sur un navire de l’ordre de Saint-Lazare, spécialement destiné à cet usage ? Il portait la branche de palmier à la main comme l’insigne le plus glorieux de son pèlerinage ? Et lorsque la prière n’occupait pas ses moments, il racontait ce qu’il avait vu dans ses stations aux lieux saints. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que les statuts de Marseille obligeaient les juifs à écouter ces saintes conversations. Les pèlerins débarquaient habituellement en Italie, passaient par Rome, traversaient les Alpes et descendaient dans leur ville natale ? Là, on venait le recevoir en procession, et il déposait sur l’autel de sa paroisse la palme de Jéricho : Palmas testes peregrinationis suæ a Jericho tulerat altari superponi rogavit.

M. Michaud - Histoire de la première Croisade - 1825

 

Commentaires (1)

1. lili 19/02/2011

coucou

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