L'avortement au Moyen âge.

L'attitude qu'on a eue, dans l'Histoire, envers l'avortement dépend notamment du regard que l'on portait sur l'embryon : s'agissait-il déjà d'un être humain, oui ou non ? Selon que l'on plaçait les débuts de la vie humaine (et pour les Chrétiens, l'apparition de l'âme) à la conception ou à tel ou tel moment du développement embryonnaire, on acceptait ou condamnait l'acte comme crime.

 L'avortement est curieusement attesté au Moyen âge, même s'il reste très difficile à mettre en place. Il s'agit de provoquer des fausses couches. Les documents ecclésiastiques dénoncent l'utilisation à des fins abortives de graines de fougère ou de gingembre, des feuilles de saule, d'épidème, de rue, des mélanges d'aloès, du persil, du fenouil ou encore des bains de camomille. Les condamnations de l'avortement au Moyen Age sont toujours très sévères.

 Pourtant dès le début du moyen âge (aux IVème, Vème, VIème, VIIème siècles ), plusieurs synodes (assemblées d'Evêques) condamnent l'avortement comme crime, à l'instar de l'homicide, déclarant qu'il mérite donc la même sanction, c'est-à-dire la plupart du temps la peine de mort.

 Pendant tout le Moyen âge, les théologiens chrétiens ont débattu de l’âme du fœtus, c’est à dire de la date de l’animation; elle fut fixée d’abord à 40 jours pour les garçons et 80 jours pour les filles (XIIIème siècle), mais c’est sous Charles-Quint, en 1532, que la Constitutio Criminalis Carolina fixe la date d’animation du fœtus au milieu de la grossesse, soit dès que la mère perçoit les mouvements.

Tout au long de l’histoire, les Pères de l’Église, ses pasteurs, ses docteurs ont enseigné la même doctrine, sans que les diverses opinions sur le moment de l’infusion de l’âme spirituelle aient introduit un doute sur l’illégitimité de l’avortement. Certes, quand, au Moyen âge, l’opinion était générale que l’âme spirituelle n’était présente qu’après les premières semaines, on a fait une différence dans l’appréciation du péché et la gravité des sanctions pénales ; d’excellents auteurs ont admis, pour cette première période, des solutions casuistiques plus larges, qu’ils repoussaient pour les périodes suivantes. Mais on n’a jamais nié alors que l’avortement provoqué, même en ces premiers jours, fût objectivement une grave faute. Cette condamnation a, de fait, été unanime. Parmi tant de documents, il suffira d’en rappeler quelques-uns. Le premier Concile de Mayence, en 847, reprend les peines établies par les Conciles précédents contre l’avortement et décide que la plus rigoureuse pénitence sera imposée « aux femmes qui provoquent l’élimination du fruit conçu de leur sein ». Le décret de Gratien fait état de ces paroles du Pape Étienne V : « Celui-là est homicide qui fait périr par avortement ce qui était conçu. » Saint Thomas, docteur commun de l’Église, enseigne que l’avortement est un péché grave contraire à la loi naturelle.

Cependant, deux critères modifient les peines qu'encourent ceux et celles qui se livrent à une interruption volontaire de grossesse : le contexte de la conception et l'âge du fœtus. Le législateur distingue toujours nettement, en effet, la femme qui a agi dans le plus grand dénuement, pour laquelle la condamnation est plus légère, de la fornicatrice cherchant à celer son crime jugée plus sévèrement. Le législateur tient compte également du fait de l'animation du fœtus. On peut lire, par exemple, dans le pénitentiel de Bède (VII siècle) : " La mère qui tue l'enfant qu'elle porte dans son sein avant le quarantième jour après la conception jeûnera pendant un an, et après le quarantième jour, pendant trois ans." Mais cette distinction n'a d'importance que théorique car dans la pratique, il est clair que personne n'est capable à l'époque de déceler une grossesse si précocement, ce qui limite sensiblement l'efficacité des pratiques abortives.

Certaines femmes ne souhaitent pas concevoir. Les pénitentiels permettent de constater que des méthodes contraceptives ou abortives sont connues, éventuellement pratiquées. Au début du XIème siècle Burchard de Worms, reprenant une formule utilisée un siècle auparavant par Reginon de Prüm, signale que la conception ou la génération peuvent être prévenues par des boissons ou d’autres moyens. « Chaque fois, écrit-il, qu’une femme a empêché une conception, cette femme a commis un homicide ». Mais il ajoute que « cela fait une grande différence si c’est une pauvre femme qui a agi en raison de la difficulté qu’elle a pour se nourrir, ou si c’est quelqu’un qui agit pour dissimuler un crime de fornication ».

L’avortement s’obtient avant tout par des chocs ou des potions. Burchard de Worms enjoint de demander : « As-tu fait comme beaucoup de femmes : elles forniquent et, pour tuer leur enfant, elles se font avorter avec des maléfices et des herbes ». L’avortement pouvant se reproduire avant ou après l’animation du fœtus et la faute ne revêtant pas dans les deux cas le même caractère de gravité, Burchard demande des précisions sur sa date.

Des mesures sont prises qui ne se bornent pas aux sanctions religieuses. En août 1353, une ordonnance de Jean le Bon interdit aux apothicaires de vendre ou donner « aucune médecine venimeuse, périlleuse ou qui puisse faire avorter ».

 Reste alors l'infanticide. . . Il ne faut pas exagérer, comme on l'a souvent fait, cette pratique au Moyen Age. Le respect de la vie et l'amour très grand pour les enfants limitent considérablement ce type d'homicide. Cependant, comme à toutes les époques, hélas, des parents désœuvrés, pouvant à peine se nourrir, ont dû porter atteinte à la vie du nouveau-né. Des conciles condamnent les parents qui étouffent leurs enfants en couchant avec eux ou les mères qui ont permis que leurs nourrissons soient ébouillantés près du feu. Mais, dans ce cas, il s'agit souvent d'imprudence plus que d'acte volontaire.

Lorsqu'ils condamnent, les législateurs, là encore, font souvent la différence entre les femmes démunies pour lesquelles la peine est beaucoup moins lourde et les autres. Au Moyen Age, si l'infanticide existe, en aucun cas il n'est un phénomène massif et il est presque toujours lié au dénuement, à l'adultère et à la peur que le crime soit découvert. Il est clair que dans la majorité des cas, les pauvres femmes préfèrent tenter d'abandonner leur enfant, solution la plus chrétienne de se séparer d'une progéniture que l'on ne peut élever. L'Église légitime l'abandon pratiqué par les plus démunis et encourage vivement les parents qui ne peuvent faire autrement à se dessaisir d'un de leurs enfants en venant le déposer dans des lieux publics, en particulier aux portes des églises afin qu'ils soient trouvés plus sûrement et que l'Église s'en occupe elle-même.

 

Commentaires (2)

1. detheux 28/11/2011

c est cool on aprend des chose

2. Nariel (site web) 10/12/2010

Toujours très intéressant, ça me donne beaucoup de pistes pour l'écriture !

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