Les sorcières

Pendant des siècles, la femme incarna le maléfice. Les procès de sorcières, véritable cri de haine contre les femmes, sont l'aboutissement de longs siècles de misogynie cléricale. Fille d'Eve, la femme est responsable de l'expulsion du jardin d'Eden en connivence avec le serpent, et elle ne peut s'empêcher de jeter des sorts. Castratrice, elle peut faire croire que le membre viril a été enlevé du corps de l'homme par le nouement de l'aiguillette ! Accusées de magie noire, de sorcellerie et d'envoûtements, les femmes « hérétiques» brûlèrent  par milliers sur les bûchers de l'inquisition. En 1275 fut brûlée la première sorcière condamnée par un tribunal ecclésiastique.

 

Au Moyen âge, la mise à mort des "sorcières" rencontrait un franc succès de foule.
On vendait autour du bûcher des boissons, de la nourriture ou des souvenirs
aux milliers de spectateurs qui se pressaient pour voir mourir en direct et dans les plus atroces souffrances
des femmes totalement innocentes de tout crime. 

 

Que reproche-t-on aux sorcières ?

De pratiquer le maléficium, d'avoir établi un pacte avec le diable, d'être sous son pouvoir et d'entretenir des relations sexuelles bestiales avec lui.

Surtout de pratiquer l'inceste, de dévorer des enfants nouveau-nés et de faire de leur chair, de leur sang ou de leurs os des breuvages dont se repaît leur secte.

A quelques nuances près, il a été reproché les mêmes choses dans l'antiquité aux premiers chrétiens, puis aux hérétiques pendant les XIe. XIIe. XIIIe et XIVe siècles.

un dépouillement scrupuleux des documents nous démontre que ni hérétiques, ni sorcières n'étaient structurées en secte et que rien ne permet de croire les pratiques qui leur ont été prêtées.

Les textes, sur lesquels se sont appuyés les chercheurs, sont, soit des faux, ou des amalgames de sources diverses, soit ces mêmes chercheurs se sont laissés abuser par leur propre conviction, ou ont donné des interprétations comme, celle des pratiques liées au culte de la Nature qui ne peuvent se justifier.

Le maleficium avant 1300

« C'était quand survenait un désastre imprévisible et incompréhensible que les gens en cherchaient l'explication dans le maleficium. »

Deux temps apparaissent dans cette dynamique de relation entre l’être humain et sa divinité : quand un malheur le frappe, dont il ne connaît ni la source ni la raison, les forces du Chaos menacent d’envahir le monde réel. Exorciser la menace constitue donc un réflexe naturel que tous les humains du genre sapiens sapiens ont eu dès l’origine. Dans le polythéisme, il suffit de trouver un dieu qui soit de mauvaise humeur et l’affaire est faite… Cela n’empêchera jamais les sacrifices ni le rejet du « contraire de soi ». Cependant le principe d’ordre et de cohérence et respecté.

Dans le monothéisme, Dieu source et aboutissement de toute chose ne peut être à l’origine du mal. Satan lui-même voit son autonomie relativisée par la mission que Dieu lui a confié.

Peut-on alors cherché le mal en soi ? Certes ! A travers la confession, on perçoit que le clergé avait déjà fait face à cette idée. Mais cette reconnaissance intérieure a forcément des limites car elle met en danger la puissance du dogme lui-même. Un vrai croyant ne peut-être malfaisant. Il devient alors plus « logique » de rechercher la source du mal au dehors de soi, parmi les êtres qui occupent les limites de la communauté deviennent alors des proies faciles pour la projection. La communauté, celle des fidèles n’est constitués que des créatures de Dieu, les autres occupent les limites. Cela va jusqu’à une traduction géographique : ghetto, quartiers réservés, système de castes, etc.

Le pacte avec le Diable

C’est pourquoi on reprochera aux sorciers d'honorer d'autres puissances que celle de Dieu. Il fallait cela pour expliquer la menace du Chaos. Dans la figure du sorcier se constelle la menace suprême : le renversement d’une cosmogonie.

« Thomas d'Acquin soutient que toute tentative de communiquer avec un démon (idée de pacte), que ce soit explicitement ou tacitement, n'est pas simplement un péché, mais revient à apostasier la foi chrétienne. Il en est ainsi parce que, dans chacune de ces tentatives, le culte qui devrait être rendu à Dieu seul est en partie détourné au profit de ses créatures, et, qui plus est, d'un ange déchu et rebelle. »

Rien n’est plus terrifiant pour l’être humain que de voir sombrer les piliers de sa représentation du monde. Pire que la mort personnelle, c’est un anéantissement du monde habité dont il s’agit.

La Sorcière

La femme demeurera longtemps la figure de projection privilégiée. Déjà sous Ovide, les striges, oiseaux extraordinaires, et maléfiques, en lesquels certaines femmes pouvaient se transformer.

La sorcière est capable de transformation magiques : reste de notre animalité craintive, ni bête, ni femme.  On projettera les mêmes images sur les hérétiques. Parfois ce sera un animal qui les supportera, tel le chat, longtemps symbole de Satan.

Le corpus juridique germanique (VIe), s'était fait de la sorcière l'idée d'une femme sinistre et cannibale, dévoreuse d’enfant.

Le cannibalisme est une charge commune retenue contre les chrétiens, hérétiques et les sorcières. Ce sera aussi une accusation retenue contre les juifs durant les vagues d’antisémitisme des XVe et XVIe siècles.

La constante de ces accusation à l’égard d’êtres qui se tiennent aux limites de la communauté laisse supposer qu’il s’agit d’une résurgence de figures archaïques.

Dans de nombreux rites païens on s'attribuait les valeurs guerrières de l'ennemi en mangeant ses viscères symbolisant ses différentes vertus.

 

La gloutonnerie cannibale des figures diaboliques n’est pas sans similitudes avec la représentation moderne des trous noirs, les monstres avaleurs de lumière. Dans le discours même de la science, d’une cosmogonie supposée être indemne de toute souillure religieuse, nous retrouvons le monstre avaleur. C’est aussi la science qui peut nous donner une explication cohérente, liée à la notion de représentation du monde. L’image qui nous est donnée des trous noirs est celle de monde dont les « vertus » réelles sont inconnues. On connaît seulement leur pouvoir colossal de condensation et leur capacité à attirer vers eux toute forme de matière et donc de vie. De même absorbe-t-il la lumière, tout au moins celle que nous connaissons.

Il s’agit d’une image devant laquelle notre savoir est impuissant. Tout juste nous est-il possible de rapporter des images semblables.

Ainsi, la dialectique entre le conscience humaine et la réalité opère-t-elle à travers un jeu de projection et d’introjection. On projette sur l’autre des vertus personnelles ou bien on introjecte celle d’un objet externe, souvent d’un modèle mais on a vu qu’il pouvait tout aussi bien s’agir des vertus d’un ennemi.

Ainsi dit-on que le sexe de la femme et plus particulièrement de la mère menacerait le sujet d’engloutissement. Ce qui serait générateur des plus formidables angoisses. Par la bouche ou par le sexe, l’anéantissement serait le même. Façon d’expliquer une cosmogonie avec les figures d’une autre…

Charlemagne, en 789: « Si quelqu'un, trompé par le Diable, croit, comme il est courant chez les païens, que quiconque, homme ou femme, est une strige et mange les hommes, et si, pour cette raison, il fait périr cette personne par le feu ou en mange la chair, ou la donne manger à d'autres, il sera exécuté. »

« Il en ressort qu'à la fin du VIIIe, les Saxons, qui étaient encore en grande partie païens, non seulement croyaient aux striges cannibales, mais avaient eux mêmes coutume de les manger, sans doute de façon à neutraliser une fois pour toutes leur pouvoir surnaturel de destruction. »

« As-tu cru ce que de nombreuses femmes, retournant à Satan, croient et affirment être vrai, (...) que dans le silence de la nuit tranquille, quand tu t'es mise au lit, et que ton mari repose sur ton sein, tu es capable, tandis que tu es encore dans ton propre corps, de sortir à travers les portes et de voyager à travers les espaces du monde, en même temps que d'autres qui sont pareillement trompées, et que, sans armes visibles, vous tuez des gens qui ont été baptisés et rachetés par le sang du Christ, et ensemble, faites cuire et dévorez leur chair; et que là où  était le cœur, vous mettez de la paille ou du bois ou quelque chose de la sorte; et après avoir mangé ces gens, vous les ramenez à la vie et leur accordez une brève période à vivre ? Si tu as cru cela, tu feras pénitence au pain et à l'eau pendant cinquante jours, et de même chacune des sept années suivantes. »

Il est clair ici que ce qui est attribuée à Satan et aux femmes (parce que crédules, sottes, sans jugement, sans intelligence pour se laisser influencer par de telles croyances) c'est le domaine du fantasme, de l'irrationnel, de l'invisible et de l'inconscient. Il y a là un mystère que nous ne sommes pas encore prêts de percer. Le fait que ce mystère prenne la femme pour principal agent demeure un autre mystère que n’explique ni le sexe des dieux ni l’attribution de pouvoirs sociaux aux masculins. Il semblerait que ce soit plutôt le contraire. C’est parce que l’homme a projeté sur la femme des figures terrifiantes liées au Chaos qu’il s’est arrogé le pouvoir de maintenir l’ordre social. Et il fallait qu’il y eut dans cette mystification un formidable pouvoir pour que les femmes elles-mêmes acceptent le joug ainsi dressé.

Vers 906, à  propos de ces croyances dans des pouvoirs surnaturels liés à Satan et dont les sorcières sont les victimes, voici les recommandations que l'on peut trouver dans un canon destiné aux prêtres :

 « Ils leur faut, du haut de la chaire, prévenir leurs fidèles que tout cela est une illusion, inspirée non par l'esprit de Dieu, mais par celui de Satan. Car Satan sait tromper les sottes en leur montrant, pendant leur sommeil, toutes sortes de choses et de gens. Mais à quel rêveur n'est-il pas arrivé de sortir de lui-même, au point de croire voir des choses qu'il ne voyait jamais quand il était éveillé ? Et qui serait assez stupide pour penser que ce qui ne s'est passé que dans l'esprit s'est aussi passé dans la chair ?

Chacun doit être amené à comprendre que pareille chose est un signe de ce que l'on a perdu la vraie foi et que l'on appartient, non pas à Dieu, mais au diable. »

Pouvoir de l'imaginaire

Jusqu'au XIIIe siècle, l'Eglise nie l'existence des sorcières nocturnes, et les dames nocturnes sont réputées appartenir au monde des rêves.

Les peines encourues étaient légères car c'était tomber dans les erreurs des païens et les pièges du Diable que de se laisser aller à de telles croyances.

Au XIIIe siècle le ton change : deux femmes furent jugées par l'inquisition  « non pas parce qu'elles se figuraient avoir accompagné Diane, mais parce qu'elles l'avaient en effet accompagnée. Une d'elle reconnut avoir eu des relations sexuelles avec le Diable Toutes deux furent exécutées. »

« Mais une époque devait venir où l'attitude de l'élite instruite serait très différente. Au XIVe et XVe siècles, certains lettrés se mirent à reprendre à leur compte les deux fantasmes des « sottes » et des « ignorantes » pour en faire un fantasme unique, où des masses organisées de sorcières volaient la nuit et se livraient à des orgies cannibales sous la conduite des démons. Et cela contribua effectivement à déclencher la grande chasse aux sorcières. »

L'hystérie une petite fille des sorcières ? "

Naissance de l'hystérie ?

Le plus surprenant est que certaines femmes adhérent entièrement aux idées de sorcières qui volent, tuent et mangent les enfants. Elles témoignent même en ce sens. Mais quelle signification donner à ce corps qui s'envole ?

Désir d'échapper à leur destin de femmes, confiné uniquement dans la procréation ? 

Désir inconscient d'affirmer la puissance de leur esprit en prenant le risque d’être anéantie ?

La plupart des historiens notent qu’au XIIe siècle quelque chose se produit qui échappe au contrôle de la conscience, mettant l’Europe en feu.

« Les Benandanti comme ils le déclarèrent eux-mêmes à plusieurs reprises faisaient ces expériences en état de catalepsie : tout au long de la période concernée, ils gardaient le lit, immobiles et frappés de stupeur. C'étaient leurs esprits, disaient-ils, qui sortaient se battre ; en vérité, si l'esprit ne réussissait pas à revenir promptement, le corps mourait. »

S’agit-il d’une flambée de l'inconscient face aux dogmes devenus trop rigides ? On se posera la même question avec la poussée de l’antisémitisme dans l’Europe des années 30. On a donné des raisons économiques, sociales, politiques. Aucune hypothèse ne peut totalement expliquer le phénomène. Outre qu’il n’a jamais été tenu compte de la réponse à la question suivante : pourquoi les images chargées d’affects peuvent-elles vivre dans l’ombre, de manière ophidienne durant des siècles et soudain exploser en un gigantesque événement religieux ?

Tant que nous n’aurons pas répondu à ces questions, nous ne pourrons pas nous permettre de donner un avis sur la flambée actuelle de l’Islamisme… ni être totalement serein face aux événements des Balkans, du Rwanda, etc.

Il survient donc un moment où l’image affect s’agglutine à d’autres et se propage grâce à la ferveur de quelques illuminés.

« Au cours du XVe siècle, inquisiteurs et magistrats laïcs commencèrent à combiner ces diverses imaginations avec le stéréotype d'une secte adoratrice du diable, orgiaque et infanticide.

Quelques inquisiteurs atypiques, (...) avaient fourni ce qui paraissait être une confirmation du stéréotype; ils avaient pu le faire grâce à la procédure inquisitoriale, et, en particulier, à l'emploi de la torture. De leur côté, l’évêque Ledrede de Kilkenny et le juge suisse Pierre de Greyerz avaient introduit le maleficium dans le tableau, en même temps que des traits empruntés à la magie rituelle - et la torture, ici encore, avait joué son rôle. Le vol nocturne vint désormais s'y ajouter. Aux siècles précédents, les gens instruits avaient rejetés ce fantasme, mais c'était désormais une autre affaire : ce fut précisément parce que la notion de voyages nocturnes à des fins de cannibalisme, non seulement cadrait avec le stéréotype existant, mais le rendait bien plus crédible, qu'elle exerça une forte séduction sur ceux dont la tâche était de traquer et de juger les hérétiques. Il fallait que les histoires que quelques accusés avaient racontés spontanément fussent confirmées par les autres et on utilisa de nouveau la torture pour s'en assurer.

Et cela finit par devenir un lieu commun, admis par la plus grande partie de la société, qu'il y avait des hérétiques qui, outre qu'ils perpétraient les horreurs qui leur étaient traditionnellement attribués, volaient la nuit vers leurs assemblées. »

L’imaginaire, comme force capable de consteller des images variées et complexes, auparavant isolées, doit être considéré comme une dimension à prendre en compte. Il serait faux de voir dans les persécutions les conséquences unique de guerres civiles, de facteurs religieux, politiques, économiques ou sociaux. Tout s’enchaîne ! Et il n’existe pas véritablement de facteur isolé.

XIe et XIIe siècles : répression des hérésies et des minorités

La Grande Chasse aux Sorcières se prépare au cours des XIe et XIIe siècles, car la répression des minorités se développe. Les minorités juives, les homosexuelles et les sectes sont persécutées pour hérésie par les pouvoirs religieux. Ces persécutions installent un climat de terreur. L’explication en est double : d’abord, les hérésies se multiplient à l’aube du second millénaire et une forte tendance à la persécution apparaît. Cette évolution implique certains changements de comportement qui seront favorables à la Chasse.

L’apparition du concept de soupçon, ainsi que la disparition progressive de la présomption d’innocence préparent la Grande Chasse. Les accusés doivent ainsi prouver leur innocence et les accusateurs n’ont plus à prouver leur culpabilité.

L’Église cherche à protéger sa doctrine en combattant toute déviance. Pourtant, les hérésies se développent de façon inquiétante dans la seconde moitié du XIe siècle avec les hérétiques dualistes (Manichéens, Cathares, Albigeois) dont la doctrine dérive en une cosmologie originale et les Vaudois, une secte évangéliste. Au départ, l’Église se borne à excommunier les hérétiques, mais par la suite elle cherche à les réprimer par des bûchers.

La sorcellerie des XIe et XIIe siècles

Le maleficium ou sorcellerie de premier type existe en fait depuis l’Antiquité. Il s’agit d’une magie populaire qui coexiste avec des pratiques plus évoluées comme la nécromancie. Elle semble avoir des caractéristiques communes partout. Cette magie populaire permet de connaître le futur, changer le temps, rendre impuissant, amoureux ou haineux, faire tomber malade hommes ou animaux et tuer à distance. Dans le monde romain, elle est urbaine, mais en Allemagne et en Scandinavie elle reste rurale.

La sorcellerie est déjà largement condamnée avant l’introduction du Christianisme dans l’Empire romain. Celui-ci ne fait qu’accentuer les mesures prises contre les maleficieurs. Le Christianisme transforme aussi progressivement la sorcellerie. Les formules se christianisent; on fait appel aux Saints et à la Vierge pour faciliter les opérations magiques. (Claude Lecouteux, “Le livre des grimoires”)

L’Enfer et le Diable se transforment

Une nouvelle sorcière dite du second type, diabolique, apparaît. Avant que ne s’affirme son caractère de servante du Diable, il faut que ce dernier cesse de n’être que tentateur et devienne conspirateur.

La croyance populaire accorde au Diable une certaine réalité même si les élites le considèrent en général comme un symbole. Aux XIe et XIIe siècles, avec l’angoisse que suscite la multiplication des hérésies, le Diable cesse d’être un symbole et devient tangible.

Le Diable acquiert de nouvelles caractéristiques. Certaines empruntées à la mythologie et aux divinités antiques, complètent celles admises par la population. D’autres font très clairement référence au Christianisme comme ses ailes d’ange déchu, sa couleur noire, symbole du mal ou sa personnalité. Il cesse d’être simplement un tentateur peu fréquentable, libidineux et noceur pour devenir l'incarnation du Mal.

Si jusqu'alors le Diable a pu être à peu près contenu en Enfer, dès le XIe siècle ses sorties sont plus remarquées. Les artistes, notamment ceux qui décorent les églises, représentent le Diable sous des formes diverses. Des écrivains et des prédicateurs en parlent et prétendent l’avoir rencontré. Cependant, cela ne provoque pas encore de très grandes psychoses. Le mal reste contenu.

Fabrication du mythe de la sorcière diabolique et du Sabbat

On peut situer la fabrication du « portrait-robot » de la sorcière du second type vers 1400. Les sorcières qui pratiquent le maléfice de façon marginale deviennent ainsi des envoyées du Diable.

Le portrait-robot est principalement une accumulation d’éléments : le premier est le portrait de la sorcière de premier type dérivée du jeteur de sort antique, le second est le nécromant qui entretient un rapport avec les esprits, le troisième est typiquement le pactionnaire (signant un pacte avec le Diable), enfin on y ajoute la femme volante (strige) de l'Antiquité. Une fois achevé, le portrait reste assez constant.

Le Sabbat, lui, a du mal à s’imposer comme une réalité. D'abord, l’Église émet de sérieux doutes quant à sa réalisation. Bien que beaucoup en parlent, peu y croient au départ. L’Occident finit par y croire sous l’effet de la peur.

L’image que l’on se fait du sabbat est, comme le portrait-robot de la sorcière, le résultat d’une accumulation. Étonnamment, elle est le fait de la classe instruite. Le sabbat est vu comme le rassemblement de sorcières autour du Diable toujours présent au moins symboliquement, de danses de sorcières nues autour d’un feu, de banquet parfois de chair humaine.

Cette mise en place de l’iconographie est très importante, c’est à ce moment que se met en place la “dramaturgie des procès” d’après Guy Bechtel.

Le rôle de l’Église

Contrairement à l’image qu’en ont donnée les historiens du XIXe siècle, le Moyen Âge n’a pas persécuté massivement les sorcières. Cela est en partie dû à la position de l’Église qui a affiché un scepticisme marqué quant à leurs pouvoirs. L'Église a joué un rôle modérateur.

La position de l’Église devient ambiguë avec le Canon Episcopi, qui dit que le vol de nuit, le sabbat et le fait de provoquer des tempêtes ne sont qu’illusions du Diable et que les personnes les subissant ne sont pas totalement innocentes. Il n’exclut donc pas l'existence du Diable et affirme qu’il trouble l’esprit de certaines femmes.

Au XIIIe siècle, le Concile de Latran IV (1215) durcit les positions de l'Église à l’égard de toutes les classes marginales et les hérésies. Les Juifs devront porter un insigne pour éviter qu’ils ne se mélangent aux chrétiens. Des mesures sont prises à l’encontre des prostituées, et les positions sévères à l’égard des homosexuels réaffirmées. Les hérésies sont réprimées avec plus de violence. La confession devient une obligation, le prêtre doit désormais tout savoir de la vie de ses fidèles.

L’Inquisition naissante consacre l’idée du complot diabolique. Toutes les formes d’hérésies sont inspirées par le Diable pour empêcher l’accomplissement du royaume de Dieu. Certains inquisiteurs assimilent hérésies et sorcellerie. La chasse se radicalise. L’Inquisition remplit la fonction de “police itinérante de la foi” (Guy Bechtel, « La Sorcière et l’Occident ») qui s’appuie sur les autorités civiles pour faire appliquer les peines décidées. L’Inquisition ne torture, ni ne tue sans discernement et souvent les peines sont légères allant de jours de jeûnes à des peines financières. L’Inquisition fit sans peine la différence entre le maléfice et la sorcellerie satanique, laissant la première aux tribunaux civils, se réservant la seconde.

De la montée de l’angoisse vers une déclaration de guerre au Diable

La guerre et les épidémies couplées aux conditions météorologiques défavorables assombrissent sensiblement le quotidien de la population des XIVe et XVe siècles. La pression turque à l’Est (prise de Constantinople, 1453) fait peur. De graves épidémies se déclarent comme le typhus ou la syphilis. On craint les « semeurs de peste ». Ce climat fait réapparaître l’angoisse que les prêches de certains prédicateurs et la parution de certains livres avivent encore. Le Diable est tenu pour responsable ; on lui déclare la guerre. La superstition et la méfiance montent d’un cran dans toutes les couches de la population. Les persécutions s’aggravent, à l’égard des Juifs notamment.

Cette guerre contre le démon est déclenchée vers 1480 par le climat d’angoisse, mais aussi par des livres et des prêches de prédicateurs qui affirment l’existence d’une contre-Église dirigée par le Diable qu’il faut combattre. L’Église perd complètement la modération qui caractérisait le Canon Episcopi.

Le début des procès de second type


Page de garde du “Malleus Maleficarum” de Sprengler et Institor (1487)

Les procès de sorcellerie de premier type se transforment progressivement en procès du second au fur et à mesure que l’idée du complot diabolique trouve un écho dans les aveux arrachés aux prévenus. D’abord, le portrait-robot n’est diffusé que dans le bassin lémanique, puis il remonte la vallée du Rhin. Les premiers procès de sorcellerie du second type apparaissent. On trouve des suspects qui correspondent au portrait-robot, on les fait avouer et ils sont exécutés. La Chasse s’accélère lorsque le portrait-robot est diffusé largement et lorsque la papauté laisse aux inquisiteurs le loisir d’agir librement.

Cette diffusion se fait par l’intermédiaire de deux livres, le “Formicarus” d’Hans Nider et le “Malleus Maleficarum” de Sprengler et Institor (1487). Si d’autres livres sont théoriques, le « Formicarus » donne aux juges le sentiment de l’urgence, car il consacre le modèle de sorcellerie diabolique. Le « Malleus » aussi appelé « Marteau des Sorcières » finit de rapprocher la sorcellerie au Diable et ajoute un guide de procédure destiné aux enquêteurs. En outre, les auteurs du « Malleus » obtiennent en 1484 du pape Innocent VIII une bulle donnant une impression d’urgence et de danger.

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