Le miroir au Moyen âge

Il ne paraît pas qu'on se soit servi, pendant l'antiquité, de miroirs autres que ceux fabriqués en métal poli. L'étamage des glaces est une invention qui ne date que du XVIe siècle. Cependant, au XIIIe siècle, on eut l'idée de fixer des feuilles d'étain derrière des plaques de verre, et l'on obtint ainsi une réflexion des objets plus claire que celle donnée par le métal poli, mais on ne se servait pas encore de l'amalgame du mercure et de l'étain. La feuille d'étain était collée sur la surface du verre au moyen d'une colle transparente. Vincent de Beauvais parle de miroirs étamés et les considère comme préférables aux autres. On persista néanmoins à fabriquer des miroirs de métal jusqu'au XVIe siècle ; et le métal préféré était l'acier. Ces objets étaient généralement de petite dimension, et ce qu'on appelait un grand miroir ne dépassait pas le diamètre d'une assiette. Garnis d'orfèvrerie, d'émaux, parfois même de pierres précieuses et de perles, les miroirs pouvaient se tenir à la main, ou être posés sur un meuble. Quant aux miroirs de poche, ou qu'on portait avec soi, nous les rangeons parmi les objets de toilette. Ceux-ci sont de beaucoup les plus riches par la matière et le travail. Cependant les inventaires des XIVe et XVe siècle mentionnent des miroirs non portatifs, qui, par leur composition et le travail de main d'oeuvre, devaient être des objets de prix.

    «Une damoiselle, en façon d'une serainne, d'argent doré, qui tient un mirouer de cristail en sa main, pesant marc et demye, prisé xiij francs ».

    « Ung miroir garny d'argent doré et y a devant ung esmail de Nostre-Dame et de son fils, assis devant une raye de soleil et de l'autre costé a le couronnement Nostre-Dame assis sur un pié et la puignie [Poignée] de cristal et y a de petites perles autour du myroir, pesant iii marcs

 
 
 

Valves de boîte à miroir : scènes courtoises
Valve de miroir :
le Dieu d'amour

Paris, première moitié du XIVe
siècle
Ivoire
Diam. 0,13 m
Cl. 401

Les miroirs se présentent au Moyen Âge comme de petites boîtes formées de deux couvercles ou valves s'emboîtant l'un dans l'autre. En les dévissant, on trouve à l'intérieur le miroir. L'extérieur est toujours décoré au moins sur une face. Cette valve de miroir met en scène le Dieu d'Amour trônant sur un arbre minuscule et dardant ses flèches sur les amants. L'utilisation de l'ivoire pour des objets à usage profane connut un très grand succès au XIVe siècle. Coffrets, manches de couteaux, tablettes à écrire et valves de miroir en sont les exemples les plus répandus.


Le miroir au Moyen Âge  

Les époux Arnolfini par Jan Van Eyck en 1434 : vue d'ensemble et détail du miroir   Les époux Arnolfini par Jan Van Eyck en 1434 : vue d'ensemble et détail du miroir
Les époux Arnolfini par Jan Van Eyck en 1434 : vue d'ensemble et détail du miroir

Au Moyen Âge, la vision du miroir a changé. Il est à la fois instrument diabolique et miroir divin. Objet de nombreuses superstitions, le miroir en peinture n'a pas uniquement une fonction de mise en abyme, il n'est qu'objet symbolique.

Ce n'est qu'en 1435 qu'apparaît la notion de Miroir comme « Emblème de la peinture ». En effet, Leon Battista AlbertiDe Pictura, fait de Narcisse l'inventeur de la peinture. « C'est pourquoi j'ai l'habitude de dire à mes amis que l'inventeur de la peinture, selon la formule des poètes, a dû être ce Narcisse qui fut changé en fleur, car s'il est vrai que la peinture est la fleur de tout les Arts, alors la fable de Narcisse convient parfaitement à la peinture. Elle est autre chose que l'art d'embrasser ainsi la surface de l'eau ». C'est ainsi, par le reflet dans l'eau clair de Narcisse, que le Miroir devient, selon Alberti, l'emblème de la peinture. Alberti voit donc la peinture comme une fenêtre ouverte sur le monde, qui donne à voir la réalité.

C'est également à cette époque qu'apparaissent les premiers tableaux utilisant des miroirs bombés, comme notamment en 1434 avec Les Époux Arnolfini de Jan Van Eyck ou même Le Miroir de saint Eloi de Pétrus Christus en 1449. La représentation du miroir en peinture, en cette fin de Moyen Âge (ou début de la Renaissance italienne), commence donc à créer une mise en abyme de l'image.


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