L'épilation au Moyen âge.

L'épilation consiste à supprimer, temporairement ou définitivement, les poils portés par un homme ou une femme. Elle peut concerner toutes les parties du corps, des plus visibles (visage, jambes, bras, etc.) jusqu'aux plus intimes. Les raisons invoquées vont des critères de beauté aux soucis de confort, d'hygiène ou de décence.

Bien que certaines personnes considèrent la pratique de l'épilation comme un phénomène de mode relativement récent, il n'en est rien. Depuis la nuit des temps, toutes les civilisations ont en effet tenté d'éloigner le poil, symbole d'animalité et d'impureté, en essayant de le domestiquer ou de le supprimer. Les premières traces d'outils créés par l'homme ayant pu servir à l'épilation, comme des pinces à épiler rudimentaires, ont été ainsi retrouvées dans des sépultures datant de la préhistoire. Mais c'est à partir du 3ème millénaire avant J-C que semble s'être développé une véritable culture de l'épilation, notamment sous l'influence des croyances religieuses de l'époque.

Les choses changent à partir des croisades, aux 12e et 13e siècles. Les chevaliers francs rencontrent en Orient des femmes épilées et rapportent des usages empruntés aux populations conquises : les bains en étuve et l’épilation, essentiellement du front, des aisselles et parfois du pubis. Outre l’épilation à l’orientale, l’usage de la cire chaude commence à se répandre : on utilise des cires naturelles à base de gommes végétales ou de cire d’abeille.

La mode est au front apparent chez les damoiselles du moyen âge. Les femmes se devaient de le dégager totalement pour mettre le regard en valeur. La technique d'épilation employée est à base de sulfure naturel d'arsenic et de chaux vive. Sur le crâne dénudé, les femmes pouvaient appliquer d'autres substances telles que du sang de chauve-souris, technique déjà utilisée sous l'Empire Romain ou encore du sang de grenouilles ou de la cendre mouillée dans du vinaigre. Ces applications devaient empêchées la repousse du poil.

Et comme en Europe la mode du front agrandi et dégagé s’installe, les femmes s’épilent – ou se rasent – aussi bien les sourcils que les cheveux sur le devant du crâne.

 L'acomoclitisme, fétichisme sexuel des pubis glabres.

Les premières traces de l'acomoclitisme se trouvent chez les Égyptiens (même si les premières pinces a épiler se trouvent dans des tombes préhistoriques). Le pharaon Ramsès II imposait l'épilation intégrale à son harem. Les prêtres et prêtresses étaient également fréquemment épilés en signe de pureté.

Il est très difficile de déterminer laquelle, de l'attirance sexuelle ou de la pratique, est née en premier.

Dans le monde gréco-romain, l'épilation était d'usage et considérée comme allant de soi. Dans la religion judaïque, l'épilation intime est parfois pratiquée dans certaines régions. Dans l'islam, le rasage du pubis est recommandé et fait partie de la fitra.

Le Moyen âge réactualise l’âge d’or du bain de l’Antiquité : aux thermes succèdent les étuves qui seront très fréquentées à Paris. Ces dernières, et les pratiques de l’eau plus généralement, sont rapportées d’Orient par les croisés. C’est dans ce renouveau hygiénique que des manuels de toilette commencent à paraître, destinés souvent à l’hygiène intime des femmes. Dans les étuves, les barbiers-étuvistes proposent de faire « le poil proprement » (Beaupré et Guerrand, 1997 : 50), ils pratiquent l’épilation du pubis,
héritée elle encore de Palestine via les croisades. Déjà, se dessine l’ambiguïté des poils pubiens dont le but est pour les Occidentaux de « cacher les parties honteuses », alors que « les femmes d’Italie et du Levant l’arrachent comme une chose malpropre et messéante » (manuel de 1699, cité par Beaupré et Guerrand, 1997 : 50). La pratique de l’épilation intime avait cours au Moyen âge et jusque dans la seconde moitié du 16e siècle, en témoignent les écrits d’un aventurier de cette époque, Verville (cité par Beaupré et Guerrand, 1997 : 51). Il raconte que la femme d’un avocat parisien, partie aux étuves avec trop peu d’écus, en revient avec seulement la moitié du pubis épilée. Notons les termes que l’auteur emploie (c’est nous qui soulignons certains d’entre eux) :

« Et advint que comme elle fut retournée et couchée avec son mari, ainsi qu’il la mignotait et prenait son jouet, il n’y trouvait du poil que d’un seul côté. ‘’Ho, ma mie, comment ? On ne t’a pas bien servi. Ton cas est entre deux âges, il n’y a de la barbe que d’un côté’’. ‘’Mon amie, dit-elle, on ne m’a fait de la besogne que pour mon argent.’’ Cette remontrance fut occasion qu’elle eut le lendemain un demi-écu pour se faire rajeunir l’autre côté » (Verville, Moyen de parvenir, non daté).

En Europe, l’épilation, courante à certaines époques du Moyen Âge, est devenue plus rare à la suite principalement de deux événements :

 Catherine de Médicis aurait exigé, dans les derniers jours de sa vie, que les femmes de sa cour cessent de s'épiler.

 À la découverte des Indiens d'Amérique, les colons découvrirent ces individus presque imberbes, qu'ils considéraient comme des sauvages. Les colons se devaient de différencier leur civilisation et auraient alors choisi d'être plus poilus que les Indiens.

 L’épilation masculine et les choix possibles

 Depuis des siècles et des millénaires, l’homme a toujours mené un combat contre une de ses natures : la pilosité. En effet, à l’époque de Jules César déjà, certains hommes de la haute classe romaine s’amusaient à prendre soin de leurs jambes en s’épilant à l’aide de résine, de coquille de noix incandescente ou de sang de chauve-souris. Au Moyen-âge, malgré que l’épilation fût mal vue et que l’homme viril était représenté par une image bien fournie en poils, l’histoire de l’épilation continuait son petit bonhomme de chemin grâce à la découverte de la cire traditionnelle en Afrique du Nord, qui est actuellement encore une des matières les plus utilisées pour lutter contre les poils.

 


Les photos des pinces et une reconstitution de l’association Orchis d’après des pinces trouvées dans des tombes datant de l’époque mérovingienne.

http://association-orchis.over-blog.com/categorie-10125650.html

Bibliographie.

Jean Da Silva, Du velu au lisse : histoire et esthétique de l'épilation intime, Paris, Complexe, 2009.

 




Commentaires (1)

1. laurie 11/10/2012

Souvent je me demandais comment faisaient les femmes au moyen-âge et même avant pour se raser..maintenant je le sais...Merci beaucoup..

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