La lèpre au Moyen âge.

Définition

La lèpre est une maladie chronique provoquée par le bacille Mycobactérium leprae.

Elle se multiplie très lentement et la période d’incubation de la maladie est d’environs 5 ans.

Elle est transmise par des gouttelettes d’origine buccale ou nasale, lors de contacts fréquents avec un sujet infecté et non traité La lèpre n’est pas très contagieuse contrairement à ce que l'on a cru pendant longtemps, face à la peur qu'elle suscitait.

Origine.

Que savait-on jusqu'à présent des origines et de l'évolution de la lèpre? Les textes anciens témoignent de la présence de la lèpre en Chine, en Inde et en Egypte environ 600 ans avant J-C. et des squelettes portant les traces de la maladie ont été découverts en Egypte. On pensait que la lèpre avait pour origine le sous-continent indien et qu'elle avait été introduite en Europe par des soldats grecs au retour de la campagne d'Alexandre le Grand en Inde.

D'Inde, la maladie aurait aussi progressé vers la Chine, puis le Japon, touchant plus récemment, au XIXème siècle, certaines îles du Pacifique comme la Nouvelle-Calédonie. On savait jusqu'ici peu de choses sur la situation en Afrique sub-saharienne, sinon que la lèpre y était déjà présente avant l'ère coloniale.

Les résultats obtenus par les chercheurs de l'Institut Pasteur permettent actuellement d'envisager deux scénarios plausibles sur l'origine géographique de la lèpre dans le monde : elle pourrait effectivement être originaire d'Asie, mais il semble cependant plus probable que son point de départ se situe en Afrique de l'Est. " En tout état de cause, il est maintenant clairement établi que la pandémie résulte de la dissémination d'une souche unique qui ne s'est guère modifiée au cours des siècles ", dit le Pr. Cole.

Pour la première fois, cette étude apporte la preuve d'un schéma d'évolution générale de M. leprae et amène à deux conclusions Lépreux - gravure du XIII° siècle vraisemblables concernant la dissémination globale de la lèpre, qui diffèrent des rapports historiques et les enrichissent.

Tout d'abord, et de façon inattendue, la maladie aurait plutôt été introduite en Afrique de l'Ouest par des explorateurs, des commerçants ou des colons porteurs de l'infection provenant d'Afrique du Nord ou d'Europe, plutôt que par des migrants originaires d'Afrique de l'Est. Ces derniers se sont probablement installés à l'Ouest et au Sud de l'Afrique il y a 50 000 ans, avant l'arrivée des hommes dans les régions eurasiennes, et il semble improbable, d'après l'analyse réalisée, que ces premiers humains aient apporté la lèpre en Afrique de l'Ouest. D'Afrique de l'Ouest, la lèpre a ensuite été introduite par le commerce des esclaves au XVIIIème siècle dans les îles Caraïbes, au Brésil et vraisemblablement dans les autres régions d'Amérique du Sud, des isolats au même profil que ceux d'Afrique de l'Ouest ayant été découverts dans ces régions.

Rappel sur l'histoire naturelle de la lèpre

Saint simon rencontre Privatus, seigneur de Dol, sa femme atteinte de la lèpre et leur fille possédée Si les causes premières ne posent pas trop de problèmes aux savants médiévaux (déséquilibre des humeurs), l'étiologie de la maladie se fait plus complexe avec le temps. Les causes secondaires sont en général moins nettes, elles sont sujettes à de multiples controverses. On distingue l'infection avant la naissance (contamination par la semence de parents atteints ; problème de la conception menstruelle ; contamination vénérienne des lépreux) et après celle-ci (contamination par inhalation d'émanations malignes), mais d'autres invoquent aussi des causes diététiques (et recommandent donc d'éviter les aliments mélancoliques tels le lion, l'âne, l'ours ; les abus d'ail et de poivre aussi, etc.).

La description clinique de la lèpre s'affine entre la XIe et le XIIIe siècle, ainsi les symptômes neurologiques sont intégrés, on arrive à une meilleure approximation des quatre formes de la lèpre, mais les progrès réalisés sont insuffisants et souvent erronés tant la répétition des bons auteurs prime sur l'observation originale. Cependant la description clinique atteint au XIIIe un optimum pas dépassé avant longtemps.

Les diagnostiques de la lèpre, toujours tardifs, ne sont jamais fiables au moyen âge, en la matière l'incertitude et la prudence prévalent tellement il faut être certains de son pronostique, mais les risques d'erreurs sont possibles. Dans la pratique, au moins jusqu'au XIIIe, se sont les ladres eux-mêmes qui rendent ces diagnostiques, les diagnostiques médicaux-chirurgicaux s'imposant pendant la période de reflux de la lèpre. Les jurys qui ont à se prononcer sur ces diagnostiques sont en général composé de deux personnes, qui délibèrent, prennent des avis extérieurs avant de donner leur décision. Il semble qu'ils suivent les prescriptions universitaires. Avant que les médecins ne s'imposent on ne sait pas selon quels critères opéraient les ladres (peut être tradition empirique transmise par les grandes léproseries et irréductible à la seule symptomatologie savante).

Au total même les clercs ayant une culture médicale réagissent en chrétiens face à la lèpre durant la période 1050-1350. Toutes les maladies ont des connotations symbolico-religieuses. Elles éprouvent les corps pour le salut des âmes or la lèpre, maladie réputée incurable, est le signe par excellence du péché. Dès que le diagnostique est posé, le lépreux est écarté de la société, "hors du miracle, leur espoir n'est pas dans la guérison du corps, mais dans le salut de l'âme ". Ces problèmes de représentation, l'image de la lèpre, sont examinés dans la deuxième partie. Les idées médiévales et les textes médicaux sur la lèpre viennent d'abord des Ecritures et des Pères (occidentaux surtout : Ambroise, Jérôme, Augustin, Isidore de Séville) mais d'autres thèmes vont modifier cette représentation telles la légende de Constantin, l'histoire de Job, de Lazare…ainsi, si au départ la lèpre est l'allégorie du péché, sa signification se charge d'autres sens contradictoires : rappel des souffrances du christ, appel à la conversion. Aux XI et XIIe siècle devient de plus en plus un thème de réflexion théologique, de prédication, de représentation iconographique, on voit fleurir les personnages de lépreux dans les textes profanes aussi bien que sacrés. Au XIV et XV si l'intérêt demeure, le motif littéraire s'émousse. A noter aussi, l'apparition en 1321 d'un thème nouveau qui provoque "une bouffée de férocité " : le fantasme du complot des lépreux qui empoisonnent les puits… Pendant le XI et le XII, la maladrerie devient un élément ordinaire autour des villes ou des grosses bourgades, alors qu'auparavant on en comptait peu. La période est donc marquée par une multiplication des léproseries et l'apparition d'un type nouveau de léproseries : les fraternités de lépreux. L'auteur place ce mouvement dans le contexte plus large de la montée de l'assistance mais tient à bien distinguer les léproseries des hôpitaux ou des asiles. Les lépreux sont Saint Martin embrassant un lèpreux condamnés à rester des mois voire des années dans leur maladrerie, alors que les autres malades ou les pauvres ne font que passer dans les hôpitaux. Cette prolifération attestée (dans le courant du XIIe) se fait sous une forme anarchique. Pour schématiser, la fondation d'une léproserie a lieu quand une personne morale (chapitre, ville…) donne à un groupe de lépreux préexistant, un emplacement où s'installer ou encore quand on dote un groupe de malades de moines chargés de leur prodiguer les soins spirituels. Beriac souligne la fréquente et relative inconsistance institutionnelle des léproseries qui expliquerait en partie leur instabilité. Les œuvres de miséricorde à l'égard des lépreux traduisent les liens et les solidarités sociales entre frères chrétiens plus vivement vécus que par le passé à la fois en raison de la poussée de l'endémie et de l'insuffisance des structures familiales et seigneuriales à assurer la prise en charge des malades. L'apparition d'aspirations communautaires dans les milieux d'exclus, la formation de société en marge de la société apparaît comme le reflet et le complément des transformations de cette période centrale du moyen âge, les lépreux servent de repoussoir identificateur à une société en pleine mutation. Au XIIIe, les maladreries sont devenues assez puissantes pour la constitution de leur temporel se fassent plus par achats que par donation.

La ségrégation des lépreux :

A l'époque de floraison des léproseries, on ne conserve pas de texte juridique organisant l'exclusion des lépreux. La ségrégation est d'abord Lépreux sonnant sa cloche pour avertir les passants - Manuscrit latin du XIV° siècle une pratique de fait. Pendant longtemps les seules mesures de polices sanitaires contre ce fléau se limitent à : résidence à l'écart des agglomérations (mais les lépreux ont tout loisir de s'approcher des villes, pour y venir mendier par exemple) ; empêcher la procréation des
malades (la stricte continence est recommandée, des sanctions sévères punissent la luxure, mais les léproseries sont mixtes) ; limitation au maximum des contacts directs(ségrégation entre malades et personnels sains dans les maladreries) ou indirects (par la vaisselle, la nourriture, l'eau…) avec les malades. Il semble donc qu'en dépit de réglementations variables, la mise à l'écart des malades se fait de façon de plus en plus vétilleuse et la réglementation de plus en plus minutieuse au fil du XIIIe. Les précautions préconisées contre la lèpre dépassent le discours médical (cf. les contacts indirects, ou sur la question de la transmission sexuelle et de l'hérédité de la lèpre)et témoignent d'une adhésion forte à des notions sur lesquelles la médecine n'insiste pas tant. Mais dans la réalité, ce luxe de précautions ne devait pas être aussi bien respecté dans les maladreries pauvres ou rurales, ni dans les simples bordes avec quelques malades. A noter enfin que même au moment de leur optimum, les maladreries ne furent jamais un réseau efficace de réclusion des lépreux, l'errance et la mendicité étaient le lot de beaucoup…

Vie et mort des lépreux :

La séparation :

Une fois reconnu officiellement lépreux, le malade doit quitter la société, sa famille(même si depuis Alexandre III et Grégoire IX les lépreux peuvent rester marié, bien que séparés physiquement de leur conjoint), ses amis, son village et commencer la dernière phase de sa vie au milieu de ses semblables. Cette séparation est l'objet d'une cérémonie (messe puis procession pour accompagner le ladre à sa nouvelle demeure). Entrer en ladrerie est un "déchirement humain et comme au seuil de la mort, il fallait de surcroît régler ses affaires ".

La vie dans les léproseries :

Les léproseries se distinguent des hôpitaux par leur aspect (enclos, clocher, grosses bâtisses, et surtout chapelle articulée au logement des malades), par leur régime interne et par leur direction immédiate ou supérieure. Bien sûr les usages varient selon les régions, et beaucoup
Deux lépreux demandant l'aumône d'après un manuscrit de Vincent de Beauvais - XII° siècle d'établissements ont connu plusieurs types d'organisation. Elles connaissent des évolutions communes, notamment la tendance voulue par les ecclésiastiques à contraindre les ladres à la même discipline conventuelle que les soignants (les haitiés), c'est à dire silence, chasteté, respect de la clôture, mais les ladres ne prononcent pas de vœux (une promesse d'obéissance en tient lieu). Une vie très austère en somme où ceux qui dérogent aux règles peuvent évincer. Les ladres avaient ils le choix ou une certaine liberté ? Le libre choix devait être rare tant la sécurité matérielle, la certitude d'être assisté dans l'invalidité, les pressions familiales et sociales sur eux devaient être fortes. L'entrée dans un couvent de lépreux ou dans une fraternité (moins contraignante) "devait être une carte forcée, avec la maladie pour seule vocation religieuse. Cependant les ladres restent des laïques même vivant en communauté (à une époque où les communautés non rattachées à un ordre approuvé sont suspectes). Cet idéal de vie est menacé de l'intérieur quand (à partir de 1300) l'emprise de la collectivité se desserre et que les provendes individuelles réduisent l'égalitarisme des malades et le contraste entre fraternités de lépreux et les autres types de léproseries.

Donc même avec des insuffisances, les léproseries furent un effort pour prendre en charge les malades (matériellement et spirituellement) et non plus seulement les rejeter (comme prescrit dans le Levitique). L'assistance aux ladres s'est banalisé en même temps que l'image de la lèpre évolue, mais c'est une mutation incomplète puisque de nombreux malades ne vivaient que d'aumône.

 

En conclusion : à partir de la fin du XIIIe la lèpre reflue (lentement avec parfois des reprises), les institutions d'assistance entrent en crise voire en décadence (léproseries et hôpitaux deviennent souvent des bénéfices ecclésiastiques).

 

Françoise Bériac est professeur d'histoire médiévale à l'université Michel de Montaigne-Bordeaux III.

 

Commentaires (3)

1. lartdesmets (site web) 07/11/2012

Bonsoir Sophie,
Toutes mes excuses pour ma réponse tardive, j'espère répondre à ta question, en effet, les textes anciens témoignent de la présence de la lèpre en Chine, en Inde et en Egypte environ 600 ans avant J-C. et des squelettes portant les traces de la maladie ont été découverts en Egypte. On pensait que la lèpre avait pour origine le sous-continent indien et qu'elle avait été introduite en Europe par des soldats grecs au retour de la campagne d'Alexandre le Grand en Inde.
Médiévalement,
Claude Larcy

2. Ulisse12 (site web) 02/11/2012

Elle a ete decouverte ou en Asie ou en Afrique ?

3. anty (site web) 15/06/2010

très intéressants vos renseignements sur la lèpre mais cela nous intéresserait plus si vous abordiez sous l'angle de l'evotion de la lèpre dans la littérature aussi bien françaisa qu'africaine. je pense qu'il y a bien un théme commun abordé dans les deux genres et l'historiographie sur l'origine de cela nous serait plutôt bénéfique merçi encore

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