1348 – La peste à Damas.

Traduit de l’arabe par Wiet (G.), La grande peste noire en Syrie et en Egypte, dans Etudes d’orientalisme dédiées à la mémoire de Levi-Provençal, t I, pp. 367-384, Paris, Maisonneuve et Larose, 1962, pp. 381-383.

La grande mosquée des Omeyyades de Damas La population de Damas avait appris que l’épidémie s’étendait sur le littoral et en divers points de la province, ce qui laissait présager et craindre une menace sur Damas, et quelques habitants de la ville avaient été victimes de cette maladie. Au matin de la journée du 9 (7 juin), la foule se rassembla devant le mihrãb des compagnons du Prophète, et se répartit la récitation de la sourate de Noé, dont la lecture fut faite 3363 fois, selon les conseils d’un homme à qui le Prophète était apparu en songe et avait suggéré cette prière. Durant ce mois, la mortalité s’accrut parmi la population de Damas, jusqu’à dépasser une moyenne journalière de cent personnes. A peine la maladie avait-elle frappé un membre d’une famille que celle-ci était presque anéantie. Toutefois par rapport au chiffre total de la population, le pourcentage était mince. N’empêche que pendant ces journées, il y eut des morts très nombreuses, surtout parmi les femmes, car elles étaient énormément vulnérables, plus que les hommes. Dans la nuit de vendredi 6 rabï’ II (4 juillet), le prédicateur récita une formule coranique spéciale au cours de toutes les prières et invoqua Dieu pour la délivrance de la ville et sa mise à l’abri de cette calamité. Le peuple afficha son humilité, son esprit de mortification, son remords et son repentir. Toutefois la mortalité resta considérable au cours de ce mois, puisqu’elle fut supérieure à deux cents décès par jour, et continuait à progresser ; les intérêts publics en souffraient. On tardait à inhumer les morts, car la taxe sur les décès avait augmentée, ce qui fut une gêne insupportable, surtout pour les pauvres gens, car elle était exorbitante. Aussi le lieutenant-général du royaume ordonna-t-il l’abolition de l’impôt sur les civières, sur les laveurs et les porteurs des morts : ce décret fut rendu le lundi 16 rabï’ II (14 juillet). Des civières furent préparées dans la banlieue de la ville et la population fut ainsi soulagée. Pourtant les morts étaient de plus en plus nombreux.

Le lundi 23 du même mois (21 juillet), une proclamation faite en ville invita la population à un jeûne de trois jours ; elle était en outre priée de se rendre le quatrième jour, un vendredi, à la mosquée du Pied pour supplier humblement Dieu d’éloigner ce fléau. La plupart des Damasquins jeûnèrent, plusieurs passèrent la nuit dans la mosquée en se livrant à des actes de dévotion, conformément au rituel du mois de ramadan (décembre). Le matin du vendredi 27 (25 juillet), les habitants se précipitèrent à l’envi de « tout passage encaissé » : on voyait dans cette multitude des Juifs, des Chrétiens, des Samaritains, des vieillards, de vieilles femmes, de jeunes enfants, des pauvres, des émirs, des notables, des magistrats, qui défilèrent après la prière du matin ne cessant de psalmodier des prières jusqu’au jour : ce fut une cérémonie mémorable.

Le jeudi 10 gumãdã I (6 août), le prédicateur, à la suite de l’office de l’après-midi, récita la prière des funérailles sur seize morts à la fois : les assistants en furent consternés et effrayés. La mortalité atteignait alors une moyenne journalière de trois cents personnes aussi bien en ville que dans sa banlieue. On nota encore dans la Grande Mosquée de Damas une prière pour quinze morts en une seule fois, et un autre jour pour onze morts.

Le lundi 21 du même mois (17 août), le gouverneur ordonna de tuer les chiens de la ville : ces chiens étaient très nombreux dans les faubourgs, ils attaquaient les passants et leur interdisaient de circuler pendant la nuit. Ils souillaient les rues sur leur passage : on en souffrait beaucoup et il était difficile de s’en prémunir…

 

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