La peste dans une ville de l’inde méridionale. 1342, après le mois de juillet - (?)

Defrémery (C.) et Sanguinetti (Dr B. R.), Voyages d’Ibn Batoutah (1), texte arabe, accompagné d’une traduction, t. 4, Paris, Impr. Impériale, 1858, pp. 200-202. Réédité en 1968 chez Anthropos. Préface et notes de Vincent Monteil.

Orientation bibliographique.

Janssens (Herman F.), Ibn Batouta « Le voyageur de l’Islam » (1304-1369). Collection Lebègue, 1948.

  Ibn Batouta A mon arrivée à Moutrah (2), j’y trouvai une maladie contagieuse, dont on mourrait en peu de temps. Ceux qui en étaient atteints succombaient dès le second ou le troisième jour. Si le trépas était retardé, ce n’était que jusqu’au quatrième jour. Quand je sortais, je ne voyais que malades et morts. J’achetai en cette ville une jeune esclave, sur l’assurance qu’on me donna qu’elle était saine ; mais elle mourut le lendemain. Un certain jour une femme, dont le mari avait été au nombre des vizirs du sultan Ahçan Châh, vint me trouver, avec son fils âgé de huit ans, et qui était un enfant plein d’esprit, de finesse et d’intelligence. Elle se plaignit de son indigence, et je lui donnai, ainsi qu’à son fils, une somme d’argent. Tous deux étaient sains et bien constitués ; mais dès le lendemain la mère revint, demandant pour son fils un linceul, car il était mort subitement. Je voyais dans la salle d’audience du sultan, au moment de sa mort, des centaines de servantes qui avaient été amenées afin de broyer le riz destiné à préparer de la nourriture pour d’autres personnes que le souverain ; je voyais, dis-je, ces femmes qui, étant malades, s’étaient jetées par terre, exposées à l’ardeur du soleil.

Lorsque Ghiyâth eddîn entra dans Moutrah, il trouva sa mère, sa femme et son fils en proie à la maladie. Il resta dans la ville durant trois jours, puis il se transporta près d’un fleuve situé à une parasange de distance, et sur la rive duquel il y a un temple appartenant aux infidèles. J’aillai le trouver un jeudi, et il ordonna de me loger près du kâdhi. Quand des tentes eurent été dressées pour moi, je vis des gens qui se hâtaient et dont les uns se poussaient sur les autres ; l’un disait, « Le sultan est mort » ; l’autre assurait que c’était son fils qui avait succombé. Nous recherchâmes la vérité, et nous connûmes que le fils était mort. Le sultan n’avait pas d’autre fils ; aussi ce trépas fut une des causes qui augmentèrent la maladie dont il était atteint. Le jeudi suivant la mère du souverain mourut.

Notes.

(1)Ibn Battûta, né le 24 février 1304 à Tanger(Maroc) et décédé entre 1368 et 1377 (ses dernières années restant obscures) fut l'un des plus grands explorateurs de tous les temps. Ce voyageur termina sa vie au Maroc comme juge appartenant à l'école malikite.

Ibn Battûta, le « Marco Polo » de l'islam, parcourut 120 000 km en 28 ans de voyages, de Tombouctou à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) et de Tanger à Pékin. Ses récits sont plus précis et moins fabulateurs que ceux de Marco Polo, mais contiennent plusieurs passages qui relèvent clairement de la pure imagination, notamment ceux décrivant des êtres surnaturels.

 

(2) Sans doute faut-il identifier Moutrah avec Madurai, ville de l’Inde méridionale. Ibn Batouta y parvient à une date imprécise, mais postérieure à juillet 1342. Son parcours indien se prolongera jusqu’en 1351.

 

 

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